I. Guirabaud, op. cil,, p. i68 et s
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des lettres retenues par un ruban scelle aux armes de Victor Hugo, avec sa fière devise : Ego Hugo, et le manteau de pair qui s'était ajouté en i845, sur champ d'azur, au chef d'or, aux merleltes de sable et au casque de chevalier dont il rehaussait si étrangement sa gloire. T.es lettres étaient des lettres d'amour, datées du mois de mai i844 et adressées par le poète à une femme du monde, qui, déclarant être encore sa maîtresse, invitait tranquillement Juliette à lui céder une place qu'elle occupait si mal. Interdite, la pauvre femme n'en pouvait croire ses yeux. Pourtant ils ne la trompaient pas. Ni l'écriture, ni le ton, ni la date des lettres ne pouvaient laisser un doute sur une liaison qui durait depuis sept ans. Ainsi trahie, menacée et frappée par le coup le plus imprévu, qui avait été porté avec un cynisme raffiné et cruel, Juliette erra dans les rues, « arrêtée à tous les carrefours par la foule de tendresses qu'elle y avait semées, folle de douleur et répandant son cœur avec ses larmes sur le pavé »\ Elle attendit vainement Victor Hugo
I Extrait d'une lettre publiée daus le Roman de Juliette et de Victor Hugo, par M. H.-W. Wack. Ce livre, malgré la préface dont l'avait honoré François Coppée, ne vaut que
el ne le vit que le lendemain. La trahison était flagrante; il ne la nia pas, mais il essaya de la mettre au compte d'un caprice des sens. Malheureusement la durée de la liaison excluait cette explication. Juliette, qui se croyait sacrifiée, et dont le cœur souffrait d'horrihles tortures, offrit de céder la place et de partir pour Brest auprès de cette sœur qui déjà, dans la crise de i834,hii avait donné asile. Victor Hugo réussit à la retenir par des S'ipplications et des serments dont une épreuve, qu'elle exigeait et qu'il acceptait, garantirait la sincérité. Il fut entendu entre eux qu'il continuerait à voir Madame Biard, d'ailleurs reçue chez lui*, pendant quelque
par riutérêt de quelques lettres inédites relatives au drame de i85r.
I. Madame Biard était admise dans l'intimité de la famille Hugo. L'accueil amical qu'elle y avait trouvé exaspéra Juliette Drouet, dont l'amour-propre et la jalousie avaient ainsi à se plaindre. Elle opposait à sa claustration et à ses visites, si rares et toujours furtives, place Royale, le privilège qu'avait eu sa rivale mariée de se rendre publiquement et fréquemment chez leur commun amant. Cette blessure se rouvrit à Bruxelles, en juillet iSSa, quand Juliette, traitée comme une étrangère, dut s'astreindre à conserver devant les fils du poète exilé un incognito douloureux. Sa lettre est à citer : elle montre comment, même indignée et irritée, elle finissait toujours par accepter les sacrifices que sa situation imposait à son dévouement.
« Il y a quelque chose de bien cruellement injuste et
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temps encore, sans avoir avec elle des relations d'une certaine nature, pour décider ensuite s'il la reprenait pour maîtresse ou s'il restait tout entier et pour toujours à Juliette.
L'épreuve dura près de quatre mois. Elle ménagea à Juliette des alternatives de joie et de douleur, de confiance et de détresse. D'abord transfigurée, le cœur plein de secrètes espérances, elle était reconnaissante à son amant du pardon (ju'elle avait jeté sur sa faute et elle se comparait à la Madeleine, dont •elle éprouvait « la vénérable compassion et la pieuse pitié » ! Puis, la jalousie, « la plus liu-
d'aflieusement dérisoiic pour moi à penser que ce sacrifice, ce respect qu'on impose à mon dévouement, à ma fidélité, à mon amour, on n'y songeait jias et on en faisait bon marché quand il s'agissait d'une autre femme dont la vertu consistait à n'en avoir aucune. Pour celle-là, le foyer de la famille était hospitalier; pour celle-là, la courtoisie protectrice et déférencieuse des fils était un devoir; pour celle-là, la femme légitime lui faisait un manteau de sa considération et l'acceptait comme une amie, comme une sœur et plus encore. Pour celle-là, l'indulgence, la sympathie, l'affection. Pour moi, l'application rigoureuse et sans pitié de toutes les peines contenues dans le code des préjugés, de l'hypocrisie et de l'immoralité. Honneur aux vices chômes des femmes du monde, infamie sur. les pauvres créatures coupables des crimes d'honnêteté, de dévouement et d'amour. C'est tout simple, il faut bien respecter la société dans ce qu'elle a de plus respectable et de plus cher... » Guimbaud, op. cit., ^-n^.
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miliaiite ef, la plus poignante » la reprenait au souvenir de eette femme « belle, jeune, spirituelle, accomplie », avec laquelle son amant l a\ail trompée, à son insu, pendant sept ans, pendant sept ans! Tantôt caressée par « l'inépuisable et ineffable bonté » du cher bienaimé, elle redevenait « la Juju raisonnable, confiante et heureuse du bon vieux temps » ; tantôt, prise dans une abominable étreinte, elle redoutait de ne pouvoir pas se soustraire à « l'enivrement du suicide » et à la « volupté désespérée de la mort ».
Tout lui était occasion tle douter ou de croire, d'exulter ou de souffrir. Un jour, elle vint à l'Assemblée Législative, dont Victor Hugo était membre; que se passa-t-il? Son attitude l'étonna. « Je suis revenue toute troublée de cette apparition inopinée à la porte de l'Assemlilée et de ton empressement à rentrer à l'intérieur sans prendre le temps de me rien dire et de me rien expliquer, et cela de l'air le plus emharrassé et le plus confus du monde, et comme un homme surpris désagréablement de ma rencontre. Ce que j'ai souffert depuis ce moment-là, ce que je souffre dans ce moment-ci, serait ta condamnation devant Dieu si tu étais capable d'une nouvelle trahison et
t'attirerait les plus grands malheurs, car ce serait plus qu'une trahison, maintenant, ce serait un sacrilège. Aussi, je ne veux pas le croire, je me refuse à cette demi-évidence, je nie ta pâleur, ton trouble, ta fuite! Hélas! que ne puis-je nier aussi ma souffrance, ma jalousie et mon désespoir ! Mon Dieu ! mon Dieu ! mais qu'est-ce que j'ai donc fait pour être frappée dans les endroits les plus sensibles de mon cœur' — »
Ce cœur agité passait, dans la même journée, de l'abattement au délire, du doute au bonheur partagé, de l'irritation menaçante à la gratitude enthousiaste. Victor Hugo trouvait dans son génie l'art de le transformer. Comment Juliette aurait-elle été insensible, le 28 juillet, après une longue et jalouse attente, à ses vers magnifiquement consolateurs?
Les i>eilles, la pensée et le chagrin rongeur Sur le front du poète ont laissé leur empreinte. P^ienspi'ès de lui, doux ange au cœur triste, et sans craint Penche-toi sur le noir songeur.
Mire-toi dans son âme oii, depuis que tu souffres, Goutte à goutte ont coulé tous les pleurs de tes jeux. Tu t'y retrouveras ! Ueau qui tombe des deux Fait des miroirs au fond des gouffî^es^ .