SCÈNE VIII
LE CAPITAINE, LE CAPORAL, Les Hannetons.
i.e capitaine, marchant à grands pas.
Ali! je suis vexé!... horriblement vexé !...
caporal?...
le caporal, s'approchant. Capitaine?...
LE CAPITAINE. Fais reposer ces braves gens ! je les autorise à cueillir quelques fleurs de lilas pour leur nourriture.
LE caporal, aux Hannetons. Allez!
Les Hannetons sortent par le food-
LE capitaine. Caporal ?...
LE caporal. Capitaine ?...
lk capitaine. Tu vois en moi un hanneton bien mortifié !
LE caporal. Et pourquoi ?
LE Capitaine. Je te trouve assez hardi de m’interroger! Mais nous avons servi ensemble. . . et je crois pouvoir le donner ma confiance... Tu es trop bêle pour en abuser ?
LE CATORAL. Soyez sans inquiétude !
LE capitaine. Écoute donc I Tu sais que notre illustre monarque possède un sérail assez bien garni, mais dont il est fatigué. Tu sais aussi qu’une beauté nouvelle parut il y a peu de temps à la cour.
LE caporal. Oui, la Giroflée.
le capitaine. C’est moi qui l'avais découverte à la fenêtre d’une blanchisseuse. Elle me parut drOlette... je l'enlevai, et je la présentai au roi, dont elle devint la favorite. Mais hélas! celte coquine de fleur nous donna bientôt du fil à retordre ; un beau matin die eut la hardiesse de souffleter sa majesté.
le caporal. Qu’esl-ce qu’il lui avait donc fait?
LE capitaine. Je crois qu’il ne lui avait rien fait ! mais la gifïle était donnée, grand scandale! Pourtant le roi, toujours amoureux, n’osa pas renvoyer l’insolente. 11 prit patience et reçut de nouvelles calottes !... Mais enfin hier, il me fit appeler : Hanneton, me dit-il , vole, vole, vole!.,. Va me cherclier une fleur nouvelle ! quelque chose de friand, de coquet , de jeune surtout... et songe que si tu me ramènes une autre giroflée, je te condamne au dernier supplice !
LE CAPORAL. Au dernier supplice!
LE CAPlTAtNE. Oui... à être piqué vif sur un bouchon.
le caporal. Ah ! diable!
le capitaine. Cette perspective n 'ayant rien de réjouissant , je me mis en quête, et à la tombée de la nuit, en voletant partout, je dé-
LES AMOURS D’UNE ROSE
cuorris là... dans ce l)osr|iict, le délicieux bouton de rose que tu viens de voir. Vite, Je vais avertir sa majesté, qui (tour faciliter l'entrevue me charge d'inviter la reine et sa suite & une grande fête! J'arrive... on accepte la proposition... et voilà que la petite niaise refuse de venir!... Le rftî sera ftirieu* ! Et il me semble que Je sens déjà l'épingle foule qui me traverse l'épine dorsale. Conçois-tu que je sois vexé ?
le caporal. Comment faire?
le capitaine. Voilà! comment faire? Je ne trouve pas une idée ! c’est à donner son corps anx poules I... Alt! je suis un hanneton bien contrarié I
LE caporal, regardant an fond, à droite.
Que voto-je !... La prince Azor !...
LE capitaine, étonné. Le prince, ici I