SCÈNE PREMIÈRE
LE ROI DES PAPILLONS. CROT’STIGNAC, Quatre Papillons, Ses Pages, Deux Hannetons de ses gardes, au fond.
Au lever du rideau, le Roi est assis au milieu du ihéAtre, sur un siège de feuillage; sou perruquier le coiffe; un dea pages porte le plat à barbe ; uti autre lient une botte où sont les essences ; les deux Hannetons, nrmes de hallebardes, le promènent au fond.
le roi. Ah fa, perruquier, mon ami, tâche de m'accommoder gentiment. Ce soir je donne une fête , et je prétends être trèsbeau.
LE perruquier, gasconnant. Sandis, sire, dépuis que j’ai l'honneur dé friser votré ma-
jesté, jé né crois pas qu'elle ait à sc plaindre dé mes talons.
LE roi. C’est-à-dire qne l'antre jour tu m’avais coiffé à i'oiseau-royaL.. j’avais l'air d’un capricorne.... M’as-tu mis du fard?
LE perruquier. Oni,sire... deux couches.
le roi. Ça ne peut pas nuire.... (S* promenant avec fatuité.) Sais-tu, Crousiignac, que pour un insecte de mou âge, je ne suis pas encore trop délabré ?
le perruquier, à part . Il a une affreuse patté d’oie !
LE roi. Mes ailes n’ont rien perdu de leurs brillantes couleurs. ..
LE PERRUQUIER, d part. Il sé lés fait teindré tous les matins !
le roi. F n fi n , je suis encore très-capable de subjuguer des cœurs.
LES AMOURS D’UNE ROSE
LE PERRUQUIER. Capé dé Dious ! il faudrail êlre bien difficile pour vous résister! (A pari.) Il est laid comme uné chénille!
LE roi , lui donnant une petite lape eur la joue. Flatteur!.... ( Pirouettant .1 Parole d'honneur, tu me fais plaisir en me disant ça!
LE perruquier. Est-ce qué votre majesté aurait des projets dé conquête ?
LE ROI. Chut!... [Le prenant d part.) Ecoute : un prince n'a (tas de secrets pour son perruquier Eh bien ! oui , aujour-
d'hui même on doit me présenter une fleur nouvelle.
le perruquier. Uné fleur nouvelle !
mais la favorite ?
le roi. La Giroflée?... ma foi, tant pis pour elle!... cette gaillarde-là a la tête trop prés du bonnet... Chaque jour les mouches du palais me bourdonnent quelque mauvais rapport sur son compte... Ce sont perpétuellement de nouvelles vivacités... Qu'elle giffle
mes sujets, passe encore mais me giffler,
moi, FoUicnotl l' r , roi des papillons, c’est trop fort ! Et quand je veux me fâcher, saistu ce qu’clle me fait ?... Voilà! (// fait un geste de gamin.) Sac à papier! il faut que ça finisse !
LE perruquier. Pourtant , sire , vous en étiez très-amoureux ?
le roi. Dans les commencements, c’est possible.
Am : Les Anguilles.
Sa franche gaiefé de griseue Aie plut d’aborJ... Elle polkait.
Elle fumait la cigarette,
C’était drille!... ça me changeait.
Plus d’une fuis ses gaudrioles M’ont fait rire jusqu’aux éclata. ..
Enfin j’aime assez ses paroles;
.Mais scs gestes ne me vont pas!
LE perruquier. Jé comprends.
LE roi. Et puis elle pervertit toute ma cour par son laisser-aller... à commencer par mon neveu.... le prince Azur... un papillon jadis timide comme une demoiselle... et qui maintenant s’émancipe à vue d’œil... Depuis deux jours oit est-il ? que fait-il ? sans doute il court là pretentaine...
le perruquier. Petit défaut de famille !
'I.E roi. N’importe! il faut couper le mal dans sa racine... et je déplante la Giroflée... Dés aujourd’hui, elle ira rejoindre dans mon harem les fleurs réformées... Mais à propos, je les avais fait prévenir que je les attendais ici... Je veux qu’elles paraissent ce soir à mon festival.
LE perruquier, regardant d droite. Sire, les voilà qui se rendent à vos ordres.
LE ROI. C’est bien ! qu’on me laisse !
Le Perruquier et les Pages sortent par la gauche ;
Ica Fcura du sérail arrivent par la droite.
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