‹ Les amours de l'age d'orChapitre 6 sur 20 · Dom Calmet · texte numérisé non relu

Dom Calmet

2. En somme, le révérend dom Calmet ayant rapporté le chapitre de la Genèse^ dit : « Voilà tout ce que Moïse nous « apprend do ce premier père; mais les interprètes n'en sont « pas demeurés là. Ils ont formé mille questions sur son sujet. « Il est vrai qu'il n'y a aucune histoire qui fournisse lui plus « beau champ aux questions sérieuses et intéressantes. »

quatre d'humeur différente. Bramon tenait de la terre; il était d'un esprit sérieux et mélancolique. Dieu lui confia le livre des lois divines et l'envoya vers l'Orient : il y trouva une femme grave et pieuse comme lui, qui l'agréa pour époux et fut la mère d'un grand peuple. — Cuttery, second fils d'Adam, tenait du feu : il avait l'esprit martial et guerrier. Dieu lui donna une épée et l'envoya vers l'Occident. 11 y rencontra l'épouse qui lui était prédestinée; mais elle ne se rendit point sans combattre, car elle était forte et armée comme lui.

Le troisième fils d'Adam était Schudderi ; il tenait de l'eau. Son esprit était doux et liant. Dieu lui donna des balances et un sac, et, le destinant au commerce, l'envoya vers le Septentrion. En chemin, il ramassa des perles et des diamants, et c'est par là qu'il gagna le cœur de celle qui devait peupler le Nord avec lui.

Le quatrième fils d'Adam, Urise, tenait de l'air. 11 avait l'esprit ingénieux, subtil et porté aux arts. Dieu lui donna des instruments de mécanique et l'envoya au Midi. Il y bâtit un palais magnifique au bord de la mer. La femme qu'il cherchait vint admirer cette merveille; mais, pudique ou méfiante, elle se retira aussitôt qu'il descendit pour lui par-

1er. 11 la suivit et la persuada par de douces paroles.

Cette genèse indienne doit être charmante dans l'original. On y voit les quatre types du prêtre, du guerrier, du commerçant et de l'artiste nettement dessinés, et j'imagine que les quatre types de femmes sont le symbole des quatre principaux types de nations qui reçurent, de la famille du premier législateur, la civilisation descendue peutêtre des sommets bénis de l'Atlantide.

Le champ est donc ouvert à l'imagination, et il ne tient qu'à toi, lecteur, de rêver ton Éden et ton poëme. Cherchons-le ensemble.

Et d'abord, serons-nous préadamites? J'avoue que, pour mon compte, je me risquerai de bon cœurdans cette croyance de saint Clément d'Alexandrie, un des plus grands, des plus beaux, des plus charmants esprits qui aient honoré les lettres et la philosophie.

Tout le monde sait en quoi consiste Fhypothèse des préadamites. Selon eux, les Adams des diverses cosmogonies ne seraient ni le premier ni le dernier type de la race humaine. Plusieurs types analogues nous auraient devancés sur la terre. Plusieurs autres types seraient appelés à nous succéder. — En d'autres termes, avant que la terre fût un séjour

approprié à l'existence de l'homme organisé tel que nous le connaissons, ce théâtre de la vie ayant déjà subi des modifications successives, la sagesse divine, aidant la vertu naturelle des choses, y aurait fait éclore des êtres non pas identiques, mais analogues à l'homme de nos jours : c'est-à-dire des serviteurs intelligents de la pensée divine, des espèces d'hommes , rois de la création particulière dont ils étaient environnés, agents débonnaires ou terribles du progrès éternel, habitants nécessaires de cette station sur la route des cieux que nous appelons notre monde.

La science géologigue se croit fondée à donner un démenti formel à cette supposition. Son grand argument n'est pas l'impossibilité où l'homme serait de vivre dans les conditions antérieures à son existence actuelle , puisque avec un léger effort d'induction elle peut supposer des habitants dans lés autres astres oia les conditions de la vie sont très-différentes, et que, pour admettre des hommes antérieurs à nous, il faut faire un effort d'imagination beaucoup moindre. Supposez , par exemple, une modification nullement monstrueuse, peu apparente peut-être, dans les organes respiratoires, dans le système nerveux, dans la nature

des tissus, dans la qualité du sang. Mais la science est positive, ce qui la rend très-bornée, aussi bornée que le témoignage des sens , devant les questions philosophiques. Elle veut, elle doit (il faut lui tenir compte de ses devoirs) retrouver des preuves matérielles, palpables, de tout ce qu'elle avance. La preuve par le fait lui manquerait donc jusqu'ici pour accepter l'hypothèse du préadamisme, la preuve par le vestige. Elle trouve, dans les couches superposées de l'écorce du globe, les ossements fossiles des animaux dont les traces ont disparu. Elle n'y retrouve pas ceux de l'homme, ni d'aucun être qui semble avoir pu occuper sa place et remplir sa mission dans les âges antérieurs à son apparition sur la terre ^

Serons-nous donc arrêtés par l'absence de la preuve par le squelette, quand la terre entière nous raconte la preuve par l'esprit? quand toutes les traditions nous parlent de nos ancêtres mystérieux et nous transmettent leurs révélations, leurs influences, leurs noms et leurs figures symboliques?

Ne pourrions-nous pas dire que la science géo-

i. On trouve cependant des crânes fossiles de Peaux- Rouges et de nègres éthiopiens.

logique est encore dans l'enfance, puisque nous voyons ses plus grands révélateurs avouer leurs incertitudes et n'obtenir de véritables progrès que par la voie de l'induction? Sait-elle dans quelles profondeurs du globe, des révolutions dont elle ignore le détail exact et rigoureux ont pu faire pénétrer la dépouille des races humaines antérieures? Ne découvre-t-elle pas tous les jours des empreintes dont elle n'a pas encore pu reconstruire la cause organique, ou n'en découvrirat-elle plus?

Et d'ailleurs, a-t-elle saisi, prévu et reconstruit, dans des calculs sans appel , les causes de dissolution de certaines poussières à des moments donnés de la tourmente atmosphérique, ou de la fusion minéralogique? Quand, du sein des profondeurs inconnues de Tabîme sont sorties, à l'état de pâte, les chaînes de granit et de calcaire qui ont élevé jusqu'aux nuages, jusqu'au séjour des neiges leurs incroyables mélanges d'agrégats et de combinaisons diverses, que n'ont-elles pas broyé, dissous, englouti, anéanti ou transformé, ces opérations chimiques et physiques de la création successive?

Nous ne posons pas de bornes à la science dans l'avenir. Nous croyons qu'elle viendra, par un ad-

mirable accord de preuves, expliquer un jour les prétendues rêveries que nous regardons comme les mythes profonds de l'origine de l'être intelligent. Jusque-là, nous n'avons pas le droit de mépriser les fables que les esprits les plus sérieux ont tant méditées, et que l'on ne peut aborder sans vertige, sans terreur ou sans ivresse, à moins que, comme au siècle dernier, on ne prenne le parti d'en rire, ce qui est plus facile que concluant.

Le récit que nous allons offrir au public n'a pas la prétention d'être autre chose qu'une œuvre de notre imagination. Ce n'est pas à nous qu'il aurait bonne grâce à demander autre chose. Cependant l'imagination a sa limite dans un certain cercle d'inductions admissibles, et l'on peut même dire qu'elle ne se sent à l'aise dans le roman que quand elle a pu bâtir d'avance un mur protecteur entre elle et la folie. C'est à cette seule condition que le lecteur, personnage éminemment raisonnable, puisqu'il représente le bon sens général, veut bien consentir à la suivre.

Il est bien entendu qu'en présentant, à travers notre fiction personnelle, un certain ordre de faits, nous ne prétendons pas le faire admettre sous la forme où il nous est apparu ; mais nous rappelle-

rons au lecteur quelques-unes des formes que lui donne l'antiquité.

Une des plus frappantes, parce qu'elle répond, pour ainsi dire, à un besoin de la raison, est la notion traditionnelle de la race anitlunaire, appelée ainsi parce que , selon ceux qui prenaient la lettre des croyances, elle avait précédé l'apparition de la lune dans les cieux-, parce que, suivant ceux qui s'attachaient à l'esprit, elle avait occupé la terre à l'époque où sa surface n'était qu'une vaste forêt impénétrable au rayon des astres. Cette race, née du chêne, mère ou aïeule de celle qui était me du rocher, a porté les noms de géants, de fils de dieu ou des dieux, de demi-dieux, de titans, d'anges, de démons, de gnomes, de fées, d'éons, de dews, d'égrégores, de dives, etc. Comme il nous faut prendre un de ces noms pour la désigner, acceptons le dernier comme le moins fantastique de tous, et comme indiquant une origine commune à tous les êtres intelligents émanés du sein de Dieu.

Dans toutes les théogonies, cette race, ou plutôt ces races, car on en supposait plusieurs successivement créées et disparues, ont laissé l'impression d'une puissance terrible, surnaturelle, finissant dans la rage des combats, sous l'implacable main,

non des faibles mortels, mais des dieux vengeurs. Selon les poètes antiques, qui tous furent des théologues, ces races étaient nées de divers éléments. Les unes étaient fillesdu Feu, les autres de l'Air, etc. Il était de la nature de l'imagination humaine, toujours si logique dans ses aberrations et si pénétrante dans son ignorance, de reconstruire un monde intellectuel organisé, présidant à toutes les phases de la création terrestre ; et si l'on peut supposer que les formes données à ces intelligences furent des rêveries poétiques, il est cependant impossible de nier quoi que ce soit d'un passé où nul n'a pu pénétrer que par les yeux de l'esprit.

Laissons donc à Dieu seul la claire vision du secret des siècles comme de celui de l'éternité. Nous ne serons ni impies, ni insensés, ni adonnés à la magie, en établissant simplement quelques inductions tirées du principe même de la raison dans la foi.

Dieu , présidant à toutes les créations de l'univers infini, ne dut jamais en abandonner aucune aux simples évolutions de la matière. La matière, privée du soufile de la vie spirituelle, n'existe en aucun temps, en aucun lieu. Pierres et ossements sont encore des dépôts de vie organique qui n'at-

tendent que ies combinaisons nécessaires (l'hymen divin) pour servir de sanctuaires ou de foyers à l'éclosion d'une vie nouvelle. Là oi^i la vie est inerte, elle n'a pas cessé d'être. Elle sommeille, ou elle attend; et que la vie repose ou s'arrête, qu'elle s'agite mécaniquement ou qu'elle ait conscience de sa volonté, qu'elle rêve ou qu'elle pense, qu'elle engendre ou qu'elle aime, toujours l'amour divin plane sur elle, la résout, la remanie, la protège et la perpétue.

Mais si l'amour divin préside sans cesse à ces évolutions de la substance, il est difficile de concevoir que, dans une création déjà formée, déjà plantureuse, déjà occupée par la vie organique, le type supérieur, le type qui pense et agit librement, soit longtemps absent. L'apparition tardive de l'homme sur la terre riche, belle et parée d'animaux et de plantes, ne s'expliquerait que par une occupation d'hommes antérieurs ressemblant à l'iiomme par les traits essentiels du corps et de l'âme, mais appartenant cependant à une organisation dont la force vitale se puiserait dans une autre atmosphère, dans un autre genre d'alimentation, d'habitudes et de besoins. C'est probablement ce que pensait saint Clément d'Alexandrie ; c'est ce que pensèrent

beaucoup de savants rabbins. Enfin , c'est une croyance générale qui, raisonnée, devint une opinion chez quelques Orientaux. Quand on leur demandait si Dieu créerait encore des hommes nouveaux avant la fin du monde , ils répondaient : « Voulez-vous donc que le royaume de Dieu reste vide, et sa puissance oisivel Dieu est créateur dans toute son éternité. »

L'erreur des poëtes théogoniques de l'antiquité fut, dira-t-on, de supposer le règne de la vie humaine contemporain des cataclysmes de la création , durant lesquels aucune vie organique ne pouvait subsister ici-bas. Ils ne furent pas si insensés, ils placèrent ces êtres dans le chaos des éléments et en firent des dieux.

Ils n'en firent pourtant pas de purs esprits ' ; ils

1. Le mythe des Hébreux, que nous avons soudé au christianisme, ne fait pas non phis de ces géants, enfants de Dieu, des essences éthérées, puisqu'il les unit aux filles des hommes. Nous ne faisons cette remarque que pour les personnes qui prennent le mot de géant à la lettre dans les livres sacrés. Il est fort contestable que ce mot ait le sens matériel qu'on lui a longtemps attribué. L'apparition de ces géants dans la Bible est postérieure à la création de l'homme; elle arrive, par voie de génération, entre l'ange et la femme; elle constitue une légende tout à fait en dehors de notre sujetc

leur supposèrent une vie organique, corporelle, et par conséquent des passions. Leur imagination se prêta donc à une supposition que la raison moderne, éclairée par le progrès des sciences, ne peut pas rejeter : c'est que les diverses combinaisons de la substance des mondes doivent produire, dans ces mondes qui peuplent le ciel, des combinaisons variées d'organismes et une foule d'êtres appropriés à la foule des milieux qu'elles occupent.

De cette hypothèse à celle des habitants célestes du feu, du vent et des eaux, à la fable des Cyclopes, des Tritons et des fils d'Éole, il n'y a qu'un pas. Seulement l'imagination se charge d'habiller à sa guise la conséquence du principe admis par la raison. Nul astronome ne peut allirmer que l'atmosphère embrasée du soleil soit un empêchement absolu à l'existence d'êtres organisés vivant sur la face du soleil ; seulement ils nous disent que cette organisation ne peut être semblable à la nôtre, et nous n'en doutons pas.

Pourquoi donc notre planète en fusion n'auraitelle pas eu, comme les autres astres brillants ou transparents de l'Éther, ses hommes, ses animaux, ses anges ou ses démons, puisque la langue hu-

maine n'a pas d'autres noms à donner aux Uraniens inconnus de la patrie universelle? Pourquoi la loi du progrès, que nous avons admise relativement à notre monde, nous ferait-elle conclure que s'il y a eu des hommes avant nous, ils devaient nous être inférieurs? Dans l'ensemble des choses, nos progrès ne sont que relatifs, et il n'est pas prouvé que nos âmes, en changeant d'habitat, ne seront pas momentanément châtiées de leurs égarements par quelques pas en arrière sur Téchelle des êtres.

Je n'admets pas que nous retournions dans le corps des animaux, mais j'admets que nous pouvons, par notre faute, descendre dans la hiérarchie des mondes, et subir notre'expiation dans le chaos douloureux de quelque création en travail. La formation ignée de notre globe a pu être un séjour de tumulte et d'angoisses pour d'autres Uraniens déchus et frappés d'une peine temporaire.. (Je n'en conçois pas d'éternelle dans les desseins de la Providence.)

Quant à notre destinée ici-bas, il y a longtemps qu'on l'a comparée à un purgatoire, et il est fort possible qu'elle ne soit pas autre chose.

Il est pourtant possible encore, car tout est pos-

sible, que l'âge du feu, que nous avons appelé l'âge de Pluton, ait été fort brillant au moral comme au physique, et que ces minéraux qui sont peut-être en partie le résidu calciné des dépouilles et des monuments des générations évanouies aient été les organes et les effets d'une vie splendide, donnée en récompense à des âmes heureuses. Si le soleil est un monde en fusion, cette terrible idée d'une éternelle combustion nous a-t-elle empêchés d'y élancer nos désirs et nos rêves? Les anciennes théogonies n'en ont-elles pas fait le séjour de légions séraphiques, et Mil ton n'y a-t-il pas placé un ange fidèle et resplendissant, chargé d'entretenir la fournaise céleste?

Nous n'irons pas si loin dans nos hypothèses; nous arracherons le voile qui couvre la face de ces anges ou démons antérieurs à l'homme sur la terre, hommes eux-mêmes, selon nous, et, fidèle à notre plan, nous ne leur donnerons aucun aspect trop fantastique.

Nous ne ferons donc apparaître ni les Titans à cent bras, ni les hommes au corps d'airain enflammé de l'île de Crète, ni les gorgones d'Hésiode, ni les monstres à plusieurs têtes ou à têtes d'animaux des musulmans, ni même les archanges ailés

du mysticisme. Nous nous tiendrons dans de plus humbles données, prenant l'époque où la dernière race ancienne et la race humaine nouvelle purent se donner la main, l'une prenant possession de la terre et de la vie, l'autre abdiquant ces deux royautés pour Tempire céleste.

Nous serons donc préadamite? Oui, et même sans hérésie, parce que nous supposerons qu'Adam n'est pas le premier homme, mais seulement un des premiers hommes. L'isolerons-nous dans le paradis terrestre? Oui,. par accident et momentanément, parce que le sentiment de Tâme humaine dans la solitude est une des faces de sa puissance ou de sa faiblesse. Supposerons-nous, avec certains vieux chrétiens, qu'il avait reçu la science infuse sous forme de livres tombés du ciel? Non, car en lui accordant le don complet de la parole, nous faisons déjà beaucoup pour le conserver dans l'état de parfaite innocence.

Et où placerons-nous son Atlantide, son bosquet primitif, son jardin de l'Éden ou des Hespérides? Absolument où vous voudrez ; car on a écrit beaucoup de volumes pour promener le berceau de notre race du pôle nord au centre de l'Afrique, de la mer Blanche à la Méditerranée, des rives de la

mer Caspienne à celles de l'Irlande, des cimes du Caucase à celles de la Sardaigne, etc.

Or, comme ce n'est ni d'un Esquimau ni d'un Cafre que nous recherchons la trace dans ce premier âge ; comme c'est à un homme blanc, ou tout au plus doré par un bienfaisant soleil, que nous voulons nous intéresser, il nous faut admettre que cet homme, semblable à nous, est né sous une latitude où nous pourrions naître et nous développer sans souffrance, par conséquent dans une atmosphère souple, pure et tempérée. Ce peut être aussi bien en Sardaigne, comme le veulent quelques-uns, que sur les flancs des montagnes de l'Himalaya. Ce peut être aussi dans les prairies éternelles de la Lombardie, ou sur les croupes de l'Apennin, ou encore sous les ombrages du Latium. Qu'importe? Comme nous admettons plusieurs berceaux différents et plusieurs groupes épars, que chacun de nous cherche dans ces souvenirs d'avant la naissance et dans ces souvenirs de la vie présente qui semblent s'enchaîner les uns aux autres par je ne sais quel incompréhensible mirage. 11 nous est arrivé à tous d'être saisis, à la vue de certaines personnes, de certaines demeures et de certains paysages, d'une vague réminiscence impossible à expli-

quer, comme si un abîme de ténèbres nous séparait du moment où nous sommes et de celui où nous avons déjà été dans des circonstances analogues. Deux amis, deux époux qui parcourent ensemble un lieu enchanté, se demandent et se persuadent aisément qu'ils Tont déjà vu et déjà parcouru ensemble, qu'ils se sont déjà aimés en ce lieu, dans un temps que leur mémoire ne peut préciser, mais dont elle leur retrace les images fugitives et les délicieuses émotions. Oui, nous avons tous cru reconnaître, quelque part ou auprès de quelqu'un, notre paradis terrestre et l'objet de notre premier amour.

Ce fut donc dans un beau climat, sous un beau ciel, que le fier et doux enfant se trouva seul, un matin, au premier sourire de Taube nouvelle. 11 avait dix ou douze ans, et il n'était pas nu, car il avait une mère qui garantissait sa peau délicate de la morsure des abeilles ou du déchirement des ronces. Sans doute il arrivait de quelque pays un peu plus froid que celui où sa course venait de l'emporter, car il avait le corps protégé par des peaux soyeuses de chevreaux blancs comme la neige. Quel nom lui donnerons-nous? Alorus, Adam, Kaioumaratz, Protogonos ou cent autres? Pour ne

pas choquer les personnes qui prennent la Genèse de Moïse au pied de la lettre, appelons ce bel enfant du doux nom d'Evenor, qui fut révélé à Platon, puisque aussi bien nous voici dans une Atlantide quelconque.

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