Avecques luy mes pensers et m. a
MURET
Avant qu'Amour.) Les Poëtes, comme Orphée, Hésiode, Ovide et autres disent, que devant que le ciel, le feu, l'aer, l'eau, et la terre fussent faits, les semences et les formes de toutes ces choses là estoyent meslées, et confondues en une lourde, obsciu-e, pesante, et immobile masse, qu'ils nomment Chaos.
De ceste masse, ainsi que dit Orphée, Amour sortit le premier, lequel par après sépara les parties du Chaos, assignante chacune d'icelles son lieu propre, et donnant à chacune chose sa forme. Ainsi dit nostre Auteur, que son esprit estoit morne et assoupi dans son corps, sans forme et sans mouvement aucun, au paravant qu'il fut amoureux : Et que ce fut Amour, qui premier demesla ceste confusion, et qui luy donna vie, et mouvement. Ce qu'il dit icy de l'Amour, quant à la séparation des parties du Chaos, il le dit en un autre lieu, de la Paix: parce qu'Amour, Paix, et Amitié, se prennent quelquefois l'un pour l'autre. D'où est que Cyre Théodore en un Dialogue Grec nommé l'Amitié bannie, dit de l'Amitié, cela mesme que nous disons icy de l'Amour. Du Chaos.) Chaos en Grec signifie confusion. Ocieux.) 11 prend Ocieux pource que les Latins disent, Iners. Ovide, [Met. I, 8.]
Necquicquam, nisijjondus iners, congestaque eodeni. Non bene junctarum discordia semina rerum.
Qui couvait la lumière.) Qui tenoit la lumière enclose. Ainsi mon tout.) C'est à dire, toutes les parties de mon esprit estoient meslées et confon-
[LIIi VARIANTES : 2. Commentaire.
Avant qu'Amour.) Les Poëtes,... mon cors. — // arrondit.) Il parle des affections tout ainsi que si elles étoient corporelles. Et de fait, quelques anciens ont pensé nos âmes estre composées de petits cors rondelets. La dispute en est dans Lucrèce au troisième livre. 1353. 1567. — Et de son branle....) c'est à dire principe des merveilles. 1553. 1567.
Avant qu'Amour.) Les Poëtes, Qui couvait la lumière) Qui tenoit la
lumière enclose et cachée. Il dit pour la conclusion, qu'Amour seul luv a donné pouvoir, vie, et mouvement. 1587. 1604.
LIlJ I. LIVRE DES AMOURS 103
dues. Dans le giron de ma lourde matière.) Dans mon corps. Et de son branle en ordre fit mouvoir Les pas suivis du globe de mon ame.) C'est à dire, et donna le premier mouvement à mon ame. On pourroit icy disputer, si l'ame a mouvement ou non, et si elle en a, quel il est. Car Platon tient, que l'ame est principe de mouvement, et qu'elle mesmes est un mouvement perpétuel. Aristote confesse bien, qu'aux choses animées elle est principe de mouvement, mais que toutefois elle ne se meut aucunement de soy mesmes, ains seulement par accident, et avecques le corps, comme le nautonnier avecques la navire. Quelques hommes de sçavoir seiforcent les accorder, disans le mot de mouvement se prendre autrement en l'un, et autrement en l'autre. Mais nous remettrons ces disputes au temps que nous aurons suffisant loisir pour parachever le livre des discours Philosophiques en langue vulgaire, ja par nous commencé. Maintenant revenons à nostre Autheur. 11 dit Le globe de son ame. Parce que combien que l'ame estant incorporelle, ne peut avoir figure, ne ronde, ne quarrée, ny autre : si est-ce toutefois, qu'elle a affinité avecques le rond. Car le mouvement du rond se retourne en soy-mesme : et si fait aussi le mouvement de l'ame, si mouvement le faut appeller. Pour entendre cecy, considérons, que l'œil void bien toutes autres choses, mais il ne peut pas voir soymesme. Par ainsi son mouvement, c'est à dire, son action, ne retourne pas en soy, ains s'estend seulement aux autres choses. Mais l'ame non seulement peut entendre la nature des autres choses, ains aussi sa nature mesme : qui est un grand argument pour l'immortalité. De là est, que sainct Denys au premier livre Des noms divins, dit le mouvemeut de l'ame estre circulier. Nostre Auteur dit, Les pas suivis. Pour ce cp.i'au mouvement d'un rond, toutes les parties s'entresuivent, comme tresbien demonstre Aristote au livre des questions Mechaniques, qui à ceste cause dit le cercle estre principe des merveilles. Ce Sonet précèdent ne se doit proprement appeller Sonet, mais un Lay. L'Auteur appelle les Sonets, qui ont plus de quatorze lignes, Lais, ou Virelais, vieux mots François.
Amours. 1552, 26; 1553, 62; 1567. 1, 34; 1571,-2, 81 ; 1578, 79; 1587, 1592, 58; 1604, 1610, 1629, 61.
[LUI] J'ay veu tomber (ô prompte inimitié) En sa verdeur mon espérance à terre.
Non de rocher, mais tendre comme verre, i Et mes désirs rompre par la moitié.
Dame où le ciel logea mon amitié, Et dont la main toute ma vie enserre.
Pour un flateur tu me fais trop de guerre, 8 Privant mon cœur de ta douce pitié.
Or s'il te plaist, fay moy languir en peine : Tant que la mort me dénerve et déveine, ! 1 Je seray tien. Et plus-tost le Chaos
Se troublera de sa noise ancienne, Quautre beauté, qu'autre amour que la tienne, 14 Sous autre joug me captive le dos.
MURET J ay veu tomber.) Il se plaint, que pour un faux rapport, sa dame estoit courroucée contre luy, l'asseurant toutefois que quelque forment qu'elle luv sçache donner, il n'aimera jamais autre qu'elle. Le commencement est pris de la fin d'un Sonet de Pétrarque, qui est telle,
[Amor, Fortuna, e la mia mente, schiva]
Lasso, non di diamante, ma d'un vetro Veggio di man cnder mi ogni speranza, 14 Et tutti miei pensier romper nel mezzo.
Dénerve et déveine.) Mots faits à l'imitation de Pétrarque. [LUI] VARIANTES : 1. Texte.
1. Par ne sçay quelle estrange i. 1352. lo.ï3. 1567. 1571,-2.