‹ Les Amours de P. de Ronsard VandomoisChapitre 6 sur 446 · COELO MUSA BEAT · texte numérisé non relu

COELO MUSA BEAT

Comme un torrent, qui s'enfle et renouvelle Par le degout des hauts sommets chenus. Froissant et ponts et rivages cognus, Se fait (hautain) une trace nouvelle :

Tes vers, Ronsard, qui par source immortelle Du double mont sont en face venus, Courent (hardis) par sentiers incognus De mesme audace, et de carrière telle.

Heureuses sont tes Nymphes vagabondes.

Gastine saincte, et heureuses tes ondes 0 petit Loir, honneur du Vandomois!

Icy le Luth, (jui n'aguere sur Loire Souloit respondre au mouvoir de mes doigts. Sacre le pris de sa plus grande gloire.

lAN ANTOINE DE BAIF 15S2.

Heureux sojs tu, Ronsard divin poète, Heureuse soit ta Muse, soit heureuse Ta docte main doctement langoureuse, Heureux le jour où ton ame est subjette.

Heureux soit l'acte. Heureuse la sagette, (^ui darde en toy sa pointe doulcereuse, Pleureuse soit la cordelle amoureuse.

Qui dans ton cuœur heureusement la jette,

Puis que premier tu prens la hardiesse D'aller suivant une nouvelle adresse.

Hors du chemin frayé de l'ignorance.

Or reçoy donc la couronne de gloyre :

Et cein le Myrte en signe de victoire Sur les amantz qui chantent par la France.

Quand deus unis suivent une entreprise, Moindre est l'ennui, le courage plus grand : Et toujours mieus le proffit aparant D'un fait empris, l'un devant l'autre avise.

Mais quand un seul (sans qu'un autre autorise De son conseil l'œuvre qu'il entreprend) Prend un avis, l'œuvre et la fin qu'il prend, A chef par lui bien plus tard se voit mise.

Ceci disoit, celle nuit qu'épiant Le camp vainqueur du Troien endormi Tydide Grec sacompagna d'Ulysse.

Ainsi, Ronsard, de Muret t'alliant, Fausse le Camp du Vulgaire ennemi, Quoy qu'une nuit ton chemin obscurcisse.

LE CONTE D'ALSINOIS

Sur la couronne de Myrthe de Ronsard.

Mignardement au champ Idalien De ses beaulx doigtz Venus entortillonne Ce mol chappeau, qu'oysive elle façonne. Puis de son Geste elle en fait le lien :

De just rosat, voire Acidalien Vient arrouser ceste saincte couronne, Puis de Ronsard le chef elle environne, Ne l'enviant le prince Delien.

Vêla le prix ''dit elle en le baisante Qu'as mérité comme le mieux disant Et comme seul ou premier de nostre âge.

Courage donq : à la postérité Chante l'honneur de ma divinité :

Venus encor' te garde davantage.

Sonet de M[ellin] de S[ainct] G[elaysJ En faveur de P. de Ronsard.

[lo53] D'un seul malheur se peut lamenter celle, En qui tout l'heur des astres est compris, C'est, ô Ronsard, que tu ne fus espris, Premier que moi de sa vive estincelle.

Son nom connu par ta vene immortelle.

Qui les vieux passe, et les nouveaus espris. Apres mille ans seroit en plus grand pris. Et la rendroit le tans toujours plus belle.

Peusse-je aumoins mettre en toi de ma flame, Ou toi en moi de ton entendement, Tant qu'il souffist à louer telle dame.

Car estants tels, nous faillons grandement : Toi, de pouvoir un autre suject prendre. Moi, d'oser tant sans forces entreprendre.

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