‹ Les Amours de P. de Ronsard VandomoisChapitre 8 sur 446 · GL[AUDE] GARNIER G. P · texte numérisé non relu

GL[AUDE] GARNIER G. P

Voicy les deus Amans qui renomment la France, De même qu'ils étoient en leurs plus jeunes ans : Voicy l'objet divin d'un si riche Printans Où les Dieus avoient mis leur plus chère influance.

» Mais quoy, rien n'ét durable, il faut que tout essance » Eprouve l'infortune et l'injure du Tans : Ils ont fini leur course, et leurs rays éclatans Ont vu tomber leur gloire au fons de l'oubliance.

Leur gloire, ha ! qu'ay-je dit, tant que les jours seront Et tant que par la nuit les Astres flamberont Elle aura par la Muze une éternelle vie.

» Le Tans met comme il veut les Empires à bas, 1) Ilion n'ét plus rien, sa grandeur est finie, » Mais le sçavoir d'Homère a veinqù le trépas.

PREFACE de Marc Antoine de Muret sur ses Commentaires.

A Monsieur Adam Fumée,

Conseiller du Roy en son Parlement à Paris.

La perversité de nostre siècle est si grande. Monseigneur, que ceux, qui pour le jourd'huy employent leurs esprits à porter au public quelque plaisir, ou quelque utilité, ne reçoivent communément pour toute recompense de leurs labeurs, que le mespris des uns, et l'envie des autres. Ce qui me venant en pensée, lors que premièrement je me mis à escrire ces Commentaires, à peu près me détourna de poursuivre mon entreprise. Car outre les autres exemples, qui me vcnoient au devant, singulièrement m'esmouvoit celuy de l.Autheur mesme. que j'entreprenois h commenter : lequel pour avoir premier

enrichy nostre langue des Grecques et Latines despouilles, quel autre grand loyer en a-il encores rapporté? N'avons nous veu l'indocte arrogance de quelques acrestez mignons s'esmouvoir tellement au premier son de ses escrits, qu'il sembloit, que sa gloire encores naissante, deust estre esteinte par leurs elïorts? L'un le reprenoit de se trop louer, l'autre d'escrire trop obscurément, l'autre d'estre trop audacieux à faire nouveaux mots : ne sachans pas, que ceste coustume de se louer luy est commune avecques tous les plus excellens Poètes qui jamais furent : que l'obscurité qu'ils prétendent, n'est que une confession de leur ignorance : et que sans l'invention des nouveaux mots, les autres langues sentissent encores une toute telle pauvreté, que nous la sentons en la nostre. Mais le temps est venu, que presque tous les bons esprits cognoissent la source de ces complaintes : et d'un commun accord se rangent à soustenir le party de ceux qui taschent à dessiller les yeux du peuple François, ja par trop long temps bandez du voile d'ignorance. Parquoy il ne m'eust pas esté mal-aisé de mespriser les abbois de l'ignorance populaire, si autres empeschemens ne se fussent d'abondant présentez. Mais estant journellement sollicité de me retirer de ceste ville, par le commandement de ceux ausquels, après Dieu, je doy le plus d'obeyssance, et tellement pressé, qu'il me falloit presque à toute heure penser de mon départ, je ne pouvoy rien entreprendre, que d'un esprit troublé, et mal-apte à produire fruits qui fussent dignes de venir en lumière : Si est-ce qu'à la fin je me suis hazardé, espérant que mon labeur trouvera quelque excuse envers ceux, quisçauront que j'en ayesté réduit à tel poinct, qu'il me falloit autant composer par chacun jour, comme les Imprimeurs en pouvoient mettre en œuvre. Je pense qu'il ne m'est ja besoin de respondre à ceux, qui pourroient trouver estrange que je me suis mis à commenter un livre François, et composé par un homme qui est encore en vie. Car s'il n'y avoit dans ce livre aucune érudition, qui ne se peust prendre dans les livres escrits en nostre langue, j'estimeroy bien ma peine assez maigrement employée. Mais veu qu'il y a beaucoup de choses non jamais traitées, mesmes des Latins, qui me pourra reprendre de les avoir communiquées aux François ? Lise hardiment mes Commentaires qui voudra : j'ose bien sans arrogance asseurer. que peu de gens les liront sans y apprendre. Et tel de ces

Messieurs, avec un branlement de teste, fera semblant de n'en tenir pas grand compte, lequel toutefois en soymesmes sentira bien, que sans l'aide d'iceux. qui luy eust demandé le sens de quelque Sonet, il n'en fust pas sorty fort à son aise. Et pleust à Dieu, que du temps de Homère, de Virgile, et autres anciens, quelqu'un de leurs plus familiers eust employé quelques heures à nous esclaircir leurs conceptions, nous ne serions pas aux troubles ausquels nous sommes, pour les entendre. Car il n'y a point de doute, qu'un chacun autheur ne mette quelques choses en ses escrits, lesquelles luy seul entend parfaitement : Comme je puis bien dire, qu'il y avoit quelques Sonets dans ce livre, qui d'homme n'eussent jamais esté bien entendus, si l'autheur ne les eust, ou à moy, ou à quelque autre familièrement déclarez. Et comme en ceux-là je confesse avoir usé de son aide, aussi veux-je bien qu'on sçache, qu'aux choses qui pouvoient se tirer des autheurs Grecs, ou Latins, j'y ay usé de ma seule dilig-ence. Ce que j'ay bien voulu dire, par-ce que je ne sçay quels flagorneurs en ont desja autrement devisé : me cognoissans tres-mal, et mesurans les autres à l'imbécillité de leurs forces. J'ay monstre parcy devant, et monstreray plus amplement quelque jour, si Dieu favorise à mes desseins, que j'ay dequoy tenir quelque rang entre les lettrez. Or quoy que j'aye fait en cest endroit, Monseigneur, je l'ay bien voulu dédier îi l'amitié qu'il vous a pieu me porter, depuis que je suis en ceste ville : afin que la France entende par mon moyen, que vous estes un des principaux, qui dans Paris favorisent aux esprits ayans quelque marque de gentillesse.

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