‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 51 sur 53 · CHANT SECOND · texte numérisé non relu

CHANT SECOND

fjSFiN, grâce au de'mon qui conduit mes ouvrages, iie vais oiTrir aux yeux de moins tristes images;

. Par lui j’ai peint le mal , et j’ai lieu d’cspe'rcr Qu’en parlant du remède il viendra m’inspirer.

On ne craint plus cette hydre aux têtes renaissantes,

La fièvre exerce en vain ses fureurs impuissantes : D’autres temps sont venus , Louis règne ; et les dieux Reservoient à son siècle un bien si précieux ;

A son siècle ils gardoient l’heureuse découverte

D’un bois qui tous les jours cause au Styx quelque perte.

Nous n’avons pas toujours triomphé de nos maux :

Le ciel nous a souvent envoyé des travaux.

D’autrés temps sont venus : Louis règne ; et la Parque Sera lente à trancher nos jours sous ce monarque.

Son mérite a gagné les arbitres du sort ;

Les destins avec lui semblent être d’accord.

Durez , bienheureux temps ; et que sous ses auspices Nous portions chez les morts plus tard nos sacrifices.

J’ea conjure le dieu qui m’inspire ces vers ;

Je t’eb conjure aussi , père de l’univers.

Et vous , mvinités aux hommes bienfaisantes ,

Qui tempérez les airs, qui régnez sur les plantes, Concourez pour lui plaire , empêchez les humains D’avancer leur tribut au roi des peuples vains.

J'enseigne là-dessus une nouvelle route :

C’est le bien des mortels ; que tout mortel m’écoute.

J’ai fait voir ce que croit l’école, et ses suppôts :

Ou a laissé long-temps leur erreur en-repos.

LE QUINQUINA. CHANT SECOND. .273 Le qtùna l’a détruite , on suit des lois nouvelles. ' Arrière les humeurs ; qu’elles pèchent ou non ,

La fièvre est un levain qui subsiste sans elles :

Ce mal si craint n’a pour raison Qu’im sang ^i sé'dâate, et bout dans sa prison.

On s’est formé jadis une semblable id^

Des eaux dont tous les ans ^fèmphis est inondc'e.

Plus Id’un naturaliste a cru Que les esprits nitreux d’un ferment prétendu . . Faisoient croître le TîU, quand toute eau se renferme »

Et n’ose outrepasser le terme Que d'invisibles mains sur ses bords ont écrit.

Celle-ci seule échappe, et dédaigne son lit :

Les nymphes de ce fleuve errent dans les campagnes Sous les signes brûlants , et pendant plusieurs jours. D’où vient,. dit un auteur, qu’il enfle alors son cours ?

Le climat est sans pluie ; on n’entend aux montagnes Bruire en ces lieux aucims torrents :

En ces lieux nuis ruisseaux courants N’augmentent le tribut dont s’arrosent les plaines.

Si l’on croit cet auteur, certain bouilloimement. .

Par le nitre causé fait ce deliordement.

C’est ainsi que le sang fermente dans nos veines, .

Qu’il y bout, qu’il s’y meut , dilaté par le cœur.

Les esprits alors en fureur Tâchent par tous moyens d’ébranler la machine.

On frissoime , on a chaud. J’ai déduit ces effets Selon leur ordre et leur progrès.

Dès qu’un certain acide en notre corps domine ,

Tout fermente, tout bout, les esprits , les liqueurs;

.Et la fièvre de là tire son origine

. LE QUlNatJIîN'A.Î/- ' '

Sans autre vice des humeurs., • ' • ■

Que faisoient nos aïeux pour rendre plus tranquille Ce sang ainsi Imuillant? ils saignoient, mais en vain;.

L’eau qui reste en leolipyle ■ .«.i.

r^e se refroidit pas quand il devient moins plein. ■ t L’airain soufBant fait voir que la liqtteur enclose Augmente de chaleur, déchue en quantité: *• - -•

Le souiHe alors redouble , et cet air ürké ^ .

Ne trouve du repos qu’en consumant sa cause. ' . i Du sentiment fiévreux on tranché ainsi le cours ; ' - '

U cesse avec le sang , le sang avec nos jours. :

Tout mal a son remède an sein de la nature.

Nous n’avons qu’h chercher: déjà nous sont venus L’antimoine avec le mercure » • >

Trésors autrefois inconnus.

Le quin règne aujourd’hui : nos habiles s’en servent. Quelques uns encore conservent," "

Comme un point de religion , . • '

L’intérêt de l’école et leur opinion.

Ceux-là même y viendront ; et désormais ma veine Ne plaindra plus des maux dont l’art fait son domaine.

Peu de gens , je l’avoue , ont part à ce discom's :

Ce peu c’est encor trop. Je reviens à l’usage .

D’une écorce fameuse , et qui va tous les jours - Rappeler des mortels jusqu’au sombre rivage.

Un arbre en est couvert, plein d’esprits odorants,

Bas de tige*, -éteiidu , protecteur de l’ombrage :

Apollon a doué de cent dons dUTérents ■

Son bois, son fhdt, et sou feuillage. > -

Le premier sert à maint ouvrage \

11 est onde d’aurore ; on en pourroit orner * •

CHANT SECOND. a;5

Les maisons oùle luxe s droit de:dominer."; 'u f Le fruit a pour pépins une graine onctueuse , i

D’ample vdlume, et. précieuse • i . i Elle a l’efiet du baume , .et fomnit aux humains > ' •

, Sans le secours du tem|» ,-3aHs l’adresse des inainsy'i'<

Un remède à mainte blessure. i.

Sa feuille est semblable en figure <■ • ■ ui Aux trésors tou joiu-s. Verts <pie mettent sur- leur front » Les he'ros de :1a Thrace / et ceux du double mont. . *

Cet arbre amsi fermé se cotivre d’une écorce »j.:» , Qu’au cinnamome oa peutcom|)arer en- couleur. ' . 'Quant h ses-ÿialités |)ïincipes de sa.ferce', ;.a.- .i;„ .s f C’est l’âpre, c’est l’amer^ e’est aussi lachaleur. : . F Celle-ci cuit les sucs de qualité louable i > n. > - •> . • Dissipe ce qui -nuit où n’est point favorable;.- !t; :s i Mais la principale' vertu > • .11 • 1 lii» j ,.i, r.

Par qui soit ce ferment dans nos corps combattu^ u v i.l !i C’est cet amei', cet âpre^ ennemis de l’aeide., ; ^ m ^ » r Double frein jqui,.domtant sa fureur homicide/ i i Apaise les esprits dé coléré agità. !•. lu i

Non qu’enfîn toutes âpretés • 1 .1. . . • .1 ^

Causent le même effet,. ni toutes amertumes; > • > •.•‘■fi

La naturey toujours diverse. en ses coutumes ; ...t „■ -.uJ Ne fait point .dans l’absyhtbe un. miracle pareil . . ...

Il n’est dît qu’à ce bois di^e fils du SoleU.:>.' 1

De lui dépend tout l’eflfet du remède ;:1 1

Seul il commande aux. ferinentsi ennemis, ■«-.'* ;i î Bien qüe souvent on lui donne pour aide La centaurée , en qui le ciel a mis ' ‘ ■ f -• f

Quelque âpreté-, quelque force astringente,- ' '

ajô LE QUINQUINA.

Non d’un tel prix, ni de l’autre approchante, Mais quelquefois fébrifuge certain. .1 1

C’est une fleur digne aussi qu’on la chante,;'

J’ai dit sa force, et wici son destin.

Fille jadis , maintenant elle est plante. i

Aide-moi, Muse, à rappeler Ces fastes qu’aux hiunains tu daignas révéler.

On dit, et je le crois, qu’une nymphe savante • L’eut du sage.Chiron , et qu’ils lui tirent part Des plus bcaui secrets de leur art.

Si quelque fièvre ardente attaquoit ses compagnes,' Si courant parmi les campagnes Un levain trop bouillant en vouloit'à leurs jours , ' . La belle à ses secrets avoit alors recours.

Il ne s’en trouva point <pii pût guérir son ame Du ferment obstiné de l’amoureuse flamme.

Klle aimoit un berger qui causa son trépas.

Il la vit expirer, et ne la plaignit pas. ! - ir;

Les dieux pour le punir en marbre la changèrent. L’ingrat devint statue pelle fleur , et son sort Fut d’être bienfaisante encore après sa mort ;

'Son talent et son nom toujours lui demeurèrent. Heureuse si quelque heibe eût su' cabner ses feux î. ■ Car de forcer un coeur il est bien moins possible : . • Hélas ! aucun secret ne peut rendre sensible, , *• Nul simple n’adoucit un objet rigoureux; ;

Il n’est bois , ni fleur , ni racine ,

Qui dans les touements amoureux' 1 '

Puisse servir de médecine.

La base du remède étant ce divin bois^ i >

Outre la centaurée on y joint le genièvre ;

Chant second.

Foible secours, et secours toutefois.

De prescrire à diacun le nielange et le |K>icls, ’ ' lJu plus savant Va fait : examinez la fièvre, Regardez le tempérament ;

Doublez , s’il est besoin , l’usage de l’écorce ; '

Selon que le malade a plus ou moins de force,

Il demande un quina plus ou moins véhément. Laissez un peu de temps agir la maladie :

Cela fait, tranchez court; quelquefois un moment -> Est maître de toute une vie.

Ce détail est écrit; il en court uu traité. . ’i

Je loûrois l’auteur et l’ouvrage ; ,

L’amitié le défond , et retient mon suffrage i . . . :

C’est assez à l’auteur de l’avoir mérité. i - Je lui dois seulement rendre cette justice , . ; • - Qu’en nous découvfaqt l’art il laiÿ;>q f artifice, . .•

Le mystère , et tous ce.s chemins. .. i - Que suivent aujourd hui la plupart des humaius. /- Nulle liqueur au quina n’est contraire : r

L'onde insipide, et la cervoise, amère, i,„ .

Tout s’en imbibe ; il nous permet d’uscv ...

D’une boisson en tisane apprêtée:» ; ;

Diverses gens Tayaut su déguiser,

Leur intérêt en a fitit un Protée. i , ^ .

Même on pourroit ne le pas.iufuscr.

L’extrait suffit : préférez l’autre voie ,

C’est la plus sûre ; et Bacchus vous envoie De pleins vaisseaux d’un jus délicieux , ,,, ,

Autre antidote, autre bienfait des deux. , ,

Le moût surtout, lorsque le bon Silène c -.i.t Rouillant encor le puise à tasse pleine,

Sait au remède ajouter quelque prix;,,.. .

La Fontaine. Ptjrch;î. ^

278 EÎE Q Ü ï N Q Ü r N' !a ;

Soit qu’i'tarit plein dé chaleur et d’ésprils '*

Il le sunlimiî', et donne à sa nature sM

D’autres degrés qu’une simple teinture ; • ü ; Soit qtie le vin par ce chaud véhément ^ ' S’empreigiiè alors béaucôup plus aisément,

Ou que bouillant il rejette avec force Tout l’inutile et Fimpur de l’écorce :

Ce jus enfin pour phis d’une raison '

Part.igerales honneurs d'Apollon.

r»és 1 un pour 1 autre joindront leur puissance : Entre Bacchus et le sacré vallon '■

Toujours on vit tiBié étroite alliance.

Mais commc'il fàiit au qtiîna qn'elqué bhôix, '

Le vin en veut aussi-bîén que ce bois': ’ • ^ .

Le plus léger COnvient’mieux au remède “ *'’■ ''‘''h -ut

11 porte au sang uu balutic précîéüx','" ' ’ iHO

C’est le nectar que Verse GanyWèdé ^

Dans les festins du rrionarque des dieux; ■< -. '■urD Ne nous engtigeons ponnt dans 'un détail immense ; '

Les longs travaux pour moi ne sont plus de saison ; ' '

Il me suffit ici de joindre h la raison ’ - ^ Les succès de l’expéricuce.“ • ■ '

Je ne m arrête point a'chéfcheé dans cés vers '' '

Qui des deux amena les arts dans l’univers;” •’ '

Nos besoins proprement en font leur apanage:- ‘ ■

Les arts sont les enfants de la nécessité j Elle aiguise lë^soin , qui , pâr'elle excité,*' •

•• îf"- I * Ji. i\î

• Jf*

Met aus.sitôt tout en usage.

Lt qui sait si dans maint ouvrage ^

L instinct des animaux , précepteurs desffiumains , N a point d abord guidé notre esprit et nos mains? Rendons grâce au hasard''Ccnt machines sur l’oiide

CJIANT 5EC0ND.

Promcnoient l’avarice en tons les coins du monde :

L’ov entouré d ecueils avoit des po^^suiyants ;

Nos mains l’alloient chercher au sein de sa patrie:

Le qpina vint s’offrir à nous eu même temps ,

Plus digue mille fois de notre idolâtrie.

Cependant près d’un siècle on l’a vu sans honneurs. Depuis quelques étés qu’on brigue ses faveurs ,

Quel Iiruit u’a-t-il point fait ! de quoi fument nos temples Que de l’encens promis au succès de ses dons ?•

Sans me charger ici d’une foule d’exemples ,

Je me veux seulement ettacher aux grands noms. Combien a-t-il sauvé de précieuses têtes !

Nous lui devons Coudé , prince dont les travaux , L’esprit , le profond sens , la valeur , les conquêtes-, Sèrviroient,de matière à former cent héros.

Le quin fera long-temps durer ses, destinées.

Son fils, digne. héritier d’un nom. si glorieux, ,

Eût aussi sans ce. bois lengui maintes journées.

J’ai pour garants deux demi-dieux :

Arbitres de nos jours , prolongez les années De ce couple vaillant et né pour les hasards ,

De ces chers nourrissons de Minerve gt de Mars.

Puisse mon ouvrage leur plaire !

Je toucherai du front les bords du firmament.

Et toi que le quina guérit si promptement ,

Colbert , je ne dois point te taire ; ,

Je laisse tes travaux , ta prudence , et le choix D’un prince que le ciel prendra pour exemplaire ' Quand il voudra fonner de grands et sages rois. D’autres que moi diront ton zèle et ta conduite , Monument éternel aux ministres suivants ;

Ce sujet est trop vaste , et ma muse est réduite

^>8o LE QUINQUINAS

A dire les faveurs que tu fais aux savants.

Un jour J’entreprendrai celte digne matière;

Car pour fournir encore une telle carrière 11 faut reprendre baleine : aussi-bien aujourd’hui Dans nos chants les plus courts on trouve un long ennub J'ajouterai sans plus que le quina dispense '

De ce régime exact dont on suivoit la loi :

Sa chaleur contre nous agit faute d’emploi.

Non qu’il faille trop loin porter cette indulgence;

Si le quina scrvoit à nourrir nos déCiuts ,

Je tiendrois un tel bien pour le plus grand des maux. - Les muses m’ont appris que l’enfance du monde ,

Simple , sans passion , en désirs inféconde , '

Vivant de peu , sans luxe , évitoit les douleurs i Nous n’avions pas eu nous la source des malheurs Qui nous font aujourd'hui la guerre :

Le ciel n’exigeoit lors huis tributs de la terre : ^

L’homme ignoroit les dièux, qu’il n’apprend qu’au besoin ;

De nous les enseigner Pandore prit le soin ;

Sa boite se trouva de poisons trop remplie. »

J’our dispenser les biens et les maux de la vie ,

En deux tonneaux à part l’un et l’autre fut mis. f]eux de nous que Jupin regarde comme amis Puisent à leur naissance en ces tonnes fatales Un mélange des deux , par portions égales ;

reste des humains abonde dans les maux.

Au seuil de son palais Jupin mit ees tonneaux.

Ce ne fut ici-bas que plainte et que murmure ;

On accusa des maux l’excessive mesure.

Fatigué de nos cris le monarque des dieux Vint lui-méme éclaircir la chose en ces bas lieux.

La Renommée en fit aussitôt le message.*.

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' CHANT SECOND. . aSi

Pour lui représenter nos maux et nos langueoti-, •

On députa deux harangueurs De tout le genre humain le couple le moins sage. ’

A-vec un discours ampoulé

Exagérant nos maladies , *

‘ Jupiter en fut ébranlé : ’

Ils firent un portrait si hideux de nos vies^

Qu’il inclina d’abord à réformer le> touL Momus alors présent reprit de bout en bout?

De nos deux envoyés les hac^igues frivoles :

M’écoutez point , dit-il , ces diseurs de paroles : . ■

Qu’ils imputent leurs marix à leur dérèglement ,

Et non point aux auteurs de leiu tempérament ;

Cette race pourroit avec quelque sagesse Se faire de nos biens à soir même largesse.

Jupiter crut Momus ; il fironça les sourds : '

Tout l’Olympe en trembla sur ses pôles assis. ^

Il dit aux orateursji Va., malheureuse engeancç.y C’est toi seule qui rends, ce partage inégal;

En abusant du bien tu- fais quai devient mâl\

Et ce mal est accru par ton impatience.

Jupiter eut raison , nous nous plaignons à tort :

La faute vient de nous auss^bie^ que-du^ort.

Les dieux nous ont jadis deux vertus députées».

La constance aux douleurs , et la.sobriété :

C’étoit rectifier cette inégalité.

Comment les avons-nous traitées?

Loin de loger en nos maisons Ces deux filles du ciel, ces sages conseillères,.

Mous fuyons leur commerce , elles n’habitent' guères Qu’en des lieux que nous méprisons.

X’horame se porte en tout avecque violence^

s82 le quinquina, chant second.

A l^emple des animaux^

Aveugle jusqu’au point de mettre entre les maux

Les conseils de la tempér^ce. \

Corrigez- vous, humains; que le fruit de mes vers Soit l'usage réglé des dons de la nature.

Que si l’excès vous jette en ces ferments divers ,

Ne vous 6gurez pas que quelque humeur impure Se doive avec le sang épuiser dans nos corps.

Le quina s’ofire à vous , usez de ses trésors.

Éternisez mon nom : qu’un jour on puisse dire :

Le chantre de ce bois sut choisir ses sujets ;

’ Phébus , ami des grands projets ,

Lui prêta son savoir aussi-bien que sa lyre.

J’accepte cet augure à mes vers glorieux :

Tout concourt à flatter là-dessus mon génie ;

Je les ai mis au jour sous Louis , et les dieux N’oseroient s’opposer eu vouloir d’Uranie.

FIR pu UU1KUVI5A.

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