‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 53 sur 53 · SC OURS · texte numérisé non relu

SC OURS

l’esprit aient remportés on ne s’assure point de leur prix, si votre approbation ne confirme celle du public. Vos Jugements ne ressemblent pas à ceux du sénat de la vieille* Rome ; On en appeloit au peuple : en France le peuple ne juge point après vous il se soumet* sans réplique à vos sentiments. Cette jurisdiction si respectée, c’est votre mérite ‘qui l’a établie; ce sont les ouvrages que* vous donnez âu public ,"èt qui sont autant dè parfaits modèles pour tous les genres d’écrire, poùr tous les styles.* •

On ne sauroit mieux représenter le génie de là nation , que par ce dieü qui -savoit paroitre sont mille formes : l'esprit^des François est un véritable Protée; vous lui enseignez à pratiquer ces eâchan* tements , soit qu’if se présenté sous la figure d’u4 poëte ou sous celle d’un orateur , soit qu’il ait pour but ou de plaire ou de profiter , ^d'émouvoir les coeurs et sur le théâtre et dan» la- tribune : enfin , quoi qu’il fasse , il ne peut mieux faire que de s’instruire dans votre école. Je ne sais qu’un point qu’il n’ait pu encore atteindre parfaitement : ce sont les louanges d’un prince qui joint aux tj^*es de victorieux et d’auguste celui de protecteur deS sciences et des belles letti’es. Ce sujet , messieurs , est au-dessus, des paroles ; il faut que vous-mêmes vous l’avouiez. Vous avez beau enrichir la langue

2,86 Discotru^

-de nouveaux, trésors je en trouve point. qtïi ' soient dn prix das lactiona de .notre monarque. (Quelle gloire me sera-ce donc |de< partager, avec jvous la protection partlcnlièrd d’un roi que, non seulement lesiacadénqesv mais léÿ républiques , les .royaumes mêmes demandent pour protecteur et ;pour maître II-, •.*. .

ê Quand l’académie françoise commença de naître, 41 ne sembloit pas que, l’on put ajouter du lustre celui: que le cardinal de llichelieu lui donna. C’étoit un ministre redoutable aux rois,: il avoit (doublement .triomphé de l’hérésie, et par la'pertSuasion et par la force; il avoit détruit ses prinécipaux- fondements , et se proposoit de renverser jçeuX de cette grandeur qui ne se promettoit pas V moins que l’empire, de tout le monde, je veu^ jdire , de la monarchie d’Espagne. Quand il n’auroit - reinporté de ^son ministère que la gloire d’un tel projet., ce seroit encoi'e' beaucoup : il alla plus loin ; il ménager. des associations et des ligues

contre le, colosse qu’il vouloit que l’on abattît. Il jui donna des atteintes qui l’ébraulèrent : mais ce jdessein .dans la suite n eu fut que plus malaisé à exécuter ; car la jalousie et la crainte Tirent tour^ ner contre nous >ces m^Qies armes ; et ce que nous avions entrepris avec l’aide des autres princes , il a fallu que Louis-le-Grand l’ait achevé malgré eux.

‘ la - morf'ide Vôtl’e' |W:‘èînier 'j^rotectènr,'

voüs lüi fîtes’ süccé'd’ér uri'cfe'aticélier cbnsommé^ dani lés affalr’es, aussi-bien que dans les lois ; ^ma-^ tbnt ‘dt‘3 lettres ;' glàÂd ■ personnage', et de quiT réSpl^t'b cottsevVé' sa vigueur' jusqu’aux derniers moUiéhts quelques' attaques que la fortune, qui' eu veut toujours aux grands hommes , lui eùti

doAuéeS.' *' r ' - ^ ; ■

'' Enfin' notre pi*ince a mis cette compagnie cn^ un si haiit point, que les personnes les plus élevées tiennent a Wnneur d*ètVè de ce'cWps. Moi qüi vous' eîi faVs'ïé rètacrcîment Vje puis pardî'trê sans* ■vous fàîrë rêgrctter cbldià'qtiii jê sücc^e'danS bette'

’in-

place , homme dont le nom ne mourra jamais ,'ii latigamé ministfe qui' a si long-tetnps les

bonüés'gràcé?'fei*sôh maître combien dignement s'esl-iT acquitté d'é. t'obs les’émplbis qui lui ont été confiés ! combien de fidélité, de lumières, d’exac-’ titude , de vi^ilahcb ! Il aimoit les lettres et les' savants, et les a'favôrisés'àUtânt qu’il a'pu.'

‘ 'j’endirois beaucoup davanta‘'ge's’ilnémefalloit ■passer au monarque qui nous honore aujourd'hui’ de Sa 'protection particulière : tout le monde sait de quel poids elle est : n’a-t-elle pas fait restituer des états dans le fond du Nord dès la moindre instance' que notre jprince en à faite? Le nofli de Louis ne tient-il pas lieu à nos alliés de légions et de flottes ?*

a88 D,.I;SÇOp'R;S.;

Ouel^^es i^ns, 8|e étonnés i|it bien voulu receyQLr dç vous ie.mèine titi^o que des souyclrains tiendroient à honneur qu'ii eut reçu d'eu^; m^is pour moi je m etonnerois s'il l’eût. reposé : j,a-*t-il. rien de trop é^vé pour les lettres? Alexand,re ne^ considéroit-ii pas son précepteur comme une dcÿ^ principales personnes de son état? Ne s'est-il pas, mis en quelque façon à côté de Diogène ? N’avoit-il, pas toujours un Homère dans sa cassette ? Je sais bien que c’est quelque chose, de plus <;Qnsidé^able d'étre l’arbitre de l'Europe que celui d’upe^ partie^ de la Grèce ; mais ni .l’Europe ni. tout |e mqnde ne reconnoit rien que l’oiUrdpiy.ç jnetti;e au-dç^sus dç|l^

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lettres.

Je n’entreprends ni ce. parallèle, ni tout l’éloge de Louis-le-Grand ; il me faudroi.t;J)^aucoup plus,

de temps que vous n’ayez coutiune d’en accorder,^ et beaucoup plus de capacité que je n’en ai. Comment représenterois-je en détail un nombi-e infini, de vertus morales et politiques , le bon ordre en tout , la sagesse , la fermeté , le zèle de la religion nt,de la justice, le -secret et la prévoyance ,1’arc^ de vaincre , celui de savoir user de la victoire , et la modération qui suit ces deux choses si rarement^ ^ enfin ce qui fait un parfait monarque ? tout cela, aecompiagné de majesté , et des grâces de la .peesUni^} ^ar ce point entre comme les autres :

DISCOURS. ^ aSg c’est celui qui a le plus contribué à donner au inonde ses premiers maîtres. Notre prince ne fait rien qui ne soit orné de grâces, soit qu’il donne, soit qu’il refuse; car, outre qu’il ne refuse que quand il le doit , c’est d’une manière qui adoucit le chagrin de n’avoir pas obtenu ce qu’on lui demande. S'il m’est permis de descendre jusqu'à moi , contre les préceptes de la rhétorique qui ' veulent que l’oraison aille toujours en croissant, un simple clin-d’œil m’a renvoyé , je ne dirai pas satisfait, mais plus que comblé.

C’est à vous , messieurs , que je dois laisser faire un si digne éloge. On ditoit que la providence a réservé pour le règne de Leüis-le-Grand des hommes capables de célébrer les actions dé ce prince : car, bien que tant de victoires l’assurent de l’immortalité, ne craignons point de le dire, les muses ne sont point inutiles à la réputation des héros. Quelle obligation Trajan n’a-t-il pas à Pline le jeune ? Les oraisons pour Ligarius et pour Marcellus ne font-elles pas encore à présent honneur à la clémence de Jules-César? pour ne rien dire d'Achille et d’Énée , qu’on n’a allégués que trop de fois comme redevables à Virgile et à Homère de tout ce brçit qu’ils font dans le monde depuis tant d’années.

Quand Louis-lc-Grand Scroit né en un siècle

La Fontaine. Fsychc. 25 ^

ago DISCOURS,

rade et grossier, il ne laisseroit pas detre vrai qu’il auroit réduit l’hérésie aux derniers abois; accru l’héritage de ses pères ; replanté les bornes ' de notre ancienne domination ; réprimé la manie des duels si funestes à ce royaume, et dont la fureur a souvent rendu la paix presque aussi sanglante que la guerre; protégé ses alliés, et tenu inviolablement sa parole, ce que peu de rois out accoutumé de fairel Cependant il seroit à craindre que le temps, qui peut tout sur les affaires humaines, ne diminuât au moins l’éclat de tant de merveilles, s’il n’avoit pas la force de les étouffer ; vos plumes savantes les garantiront de cette injure ; la postérité , instruite par vos écrits , admirera aussi -Lien que nous un prince qui ne peut être assez admiré.

Quand je considère toutes ces choses, je suis excité de prendre la lyre pour les chanter; mais la connoissance de ma foiblesse me retient. Il ne seroit pas juste de déshonorer une si belle vie par des chansons grossières comme les miennes : je me contenterai , messieurs , de goûter la douceur des vôtres , s’il m’est impossible de les imiter : la seule chose dont je puis répondre, c’est de ne ■ manquer jamais pour vous ni de respect ni de gratitude.

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