‹ Les amours de Victor BonsenneChapitre 18 sur 39 · MONSIEUR BONSENNE A SON FILS VICTOR · texte numérisé non relu

MONSIEUR BONSENNE A SON FILS VICTOR

Mon fils,

Pour des raisons que je ne veux] pas, disons mieux, que je ne peux pas vous dire (car il ne faut pas que vous puissiez croire que c'est un caprice de volonté arbitraire qui me fait agir et qui aie fait vous cacher les motifs de mes

résolutions ) ; pour des raisons enfin que vous ne devez pas savoir, il faut que vous restiez absent de notre maison jusqu'au moment où des circonstances qui peuvent être très-prochaines comme très-éioignées vous permettent d'y rentrer.

Cela ne tient nullement à votre désobéissance à mes volontés lorsque vous avez voulu vous faire militaire. Gela ne tient point non plus à notre rencontre des Champs-Elysées, qui, j'en suis à peu près sur maintenant, est toute fortuite. Ces raisons me dominent comme elles vous commandent.

Ne m'en demandez pas plus que je ne veux ni ne puis vous en dire. Vous pourrez, si cela vous convient, rencontrer votre mère et votre sœur chez notre tante ; s'il vous convient de m'y voir, je vous y verrai avec plaisir ; mais je ne puis rétracter Tordre que j'ai donné.

Je vous embrasse avec la tendresse réelle et sincère d'un père.

BONSENNE.

P. S. N'écrivez ni à votre mère ni à votre soeur -, ni l'une ni l'autre ne vous repondraient.

VICTOR BONSENNE A SON PÈRE

Non, mon père, je n'écrirai ni à ma mère ni à ma sœur, je sais que vous leur avez détendu de me répondre. Ah! le despotisme que vous exercez sur tout ce qui vous

entoure n'est pas tellement bien enfermé dans votre maison qu'on ne puisse apprendre la vérité au dehors. Je sais que vous avez repoussé les larmes de ma mère, les instances de ma sœur; je sais que vous n'avez fait à leurs larmes et à leur désespoir d'autre réponse que cette parole glacée : « 11 le faut. »

Mais pourquoi?

Je vais vous le dire, car je le sais aussi : c'est pour m'enipêcher de voir mademoiselle Lambert, qui habite notre maison ; c'est pour m'empêcher de lui dire que je l'aime, que je veux l'épouser, pour l'éloigner encore de moi sans que je puisse savoir où vous la cacherez. . C'est un soin inutile que vous prenez, mon père ; en quelque lieu que vous cachiez Gharistie, je la découvrirai, je lui dirai mon amour ; le temps viendra où je serai libre de lui donner ma main... Oui, dusse je passer nuits et jours aœ seuil de la porte de votre maison, je saurai où vous conduirez Charislie.

Mais si vous avez le droit de m'interdire votre maison, quel droit avez-vous de disposer ainsi de cette jeune iilie? Je m'adresserai à sa mère, à sa mère qui seule peut me défendre de la voir.

J'irai et je me présenterai chez elle; et si, victime du despotisme et du pouvoir caché que vous exercez sur elle, elle refuse de me recevoir, alors, mon père, je leur offrirai mon appui, et nous verrons si vous pourrez aussi me condamner à ne plus voir la seule femme que j'aime et que je veuille aimer.

Votre lils ,

VICTOR

VICTOR BONSENNE A SON PÈRE

Mon père,

Je viens de recevoir ma lettre que vous venez de me renvoyer ; en la reconnaissant, je vous ai trouvé implacable ; en la relisant, je vous ai trouvé plein de bonté de m'avoir fait dire par Léopold que vous ne l'aviez pas lue.

Pardonnez, mon père, pardonnez à l'exaltation d'tm amour que je ne sais comment vous exprimer.

J'aime Gharistie, mon père, je l'aime comme on n'aima jamais. Depuis le premier jour où je la vis, elle m'occupa tout entier, et je n'étais encore qu'un enfant. Ges succès de collège, dont vous avez été fier dans la dernière année de mes études, c'est pour elle que j'ai voulu les obtenir.

Ne savez-vous donc pas qu'elle avait dit à ma sœur :

« Qu'il soit toujours le premier, et j'en serai heureuse, et je tâcherai de faire aussi bien que lui, pour qu'il m'applaudisse à son tour?»

C'étaient là nos engagements d'enfance, mon père, engagements innocents et sacrés que nous avons tenus tous les deux. Et depuis ce temps, n'est-ce pas l'espérance de l'obtenir qui m'a conduit à tout ce que j'ai fait, soit en bien, soit en mal?.,.

Ayez pitié de moi, mon père, vous m'aimez et vous aimez Gharistie, je le sais... Quel obstacle insurmontable nous sépare donc? apprenez-le-moi... je vous en supplie; pardonnez moi, laissez-moi l'aimer, laissez-moi l'espérer !

Vous ne voulez pas mon malheur, mon désespoir, ma mort; non, vous ne pouvez le vouloir. Soyez bon, soyez indulgent ; ne sentez-vous pas que le bonheur retourne au cœur qui le donne ?... Et nous serions si heureux ! 0 mon père, par pitié, ne me repoussez pas; et songez qu'il y va de ma vie !

VICTOR

No 15.

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