‹ Les amours de Victor BonsenneChapitre 16 sur 71 · AL1S0N BONSENNE ASON FRÈRE VICTOR · texte numérisé non relu

AL1S0N BONSENNE ASON FRÈRE VICTOR

Août 181 «.«

Mon^cber Victor,

Si les petites filles sont bien pédantes, les petits garçons sont bien présomptueux. Parce que tu as rencontré une belle dame qui t'a trouvé gentil, parce que tu as déjeuné avec un colonel qui jure, voilà que tu prends des airs de matamore et que tu me donnes des leçons. Selon toi, je veux faire des romans : je n'en ai aucune envie.

Je ne sais pas ce que mon père a pu te dire à propos de Gharistie, mais moi je t'ai dit ce que maman m'a dit et ce que j 'ai vu par moi-même .

D'ailleurs, pourquoi me parler toujours de cette pauvre Gharistie, que tu ne connais pas et qui a un bien grand tort de t'aimer comme elle le fait, parce que tu es mon frère?

Ta lettre m'a rendue toute chagrine, je n'ai plus de courage à rien, et si ce n'était pas pour contenter maman, je ne sais si je n'abandonnerais pas tous mes travaux.

Je suis bien triste et bien malheureuse sans savoir pourquoi, et si je n'avais là mon amie Gharistie, ma bonne

amie qui, lorsqu'elle me voit près de pleurer j me force à rire avec toutes les folies qu'elle me dit...

Du reste, je ne connais pas la prétend^ amie dont a pu parler ta madame de Belnunce, je n'ai d'autre bonne amie que Gharistie, et je l'aime non-seulement parce que le jour où mon père l'a amenée à la pension, il m'a recommandé de la "prendre sous ma protection, mais parce qu'elle est bonne et qu'elle ne dit du mal de personne;

Je ne voulais pas te répondre ; mais je le fais pour que tune m'écrives plus.

Je crois que madame Viane s'est aperçue que Marguerite venait plus souvent qu'à l'ordinaire. Ainsi, finissonsen, et tâche de ne pas me faire gronder.

Ta sœur, qui t'aime malgré tous tes défauts.

ÀL1SON BONSENNE.

ALISON BONSENNE A GHARISTIE.

Ma chère Gharistie,

En quittant le pensionnat, je t'ai promis te t'écrire pour Rapprendre ce que je ferais une ibis que je serais chez maman.

Nous sommes parties le lendemain pour la campagne, où nous sommes depuis huit jours. Mon père a acheté une petite maison à Yillemonble ; elle est située dans une petite rue qui conduit au parc du Raincy/

Le colonel Deslaurières, un ami de mon père, qui connaît le propriétaire de ce beau parc, nous en a fait donner

une clef, et nous ayons la permission d'aller nous y promener.

Nous allons 1$ matin là nous établir sous quelque bel ombrage avec maman et Victor. Maman et moi nous travaillons, et Victor dessine à côté de nous, ou le plus souvent il court à travers le parc; car, malgré sa prétention d'être déjà un homme, il s'ennuie de notre société, et préférerait de beaucoup avoir avec lui un de ses camarades de lycée pour jouer et grimper sur les arbres.

Du reste, il a eu ce plaisir-là avant-hier. C'était le premier dimanche que nous passions à la campagne, et nous avons eu la visite de M. Deslaurières et de son fils.

C'est un jeune homme aussi doux et aussi tranquille que mon frère est volontaire et tapageur. Il a été obligé de faire tout ce qu'a voulu Victor.

En tout cas, ce jeune homme est très-complaisant, et après le dîner, il nous a chanté une jolie chanson. J'aurais bien voulu la lui demander; mais quand j'ai su que c'était lui qui l'avait faite, je n'ai plus osé.

Le soir, nous avons eu les visites de quelques voisins, et nous avons dansé.

M. Léopold joue très-bien du violon et ne s'est pas fait prier pour nous servir d'orchestré, il n'a pu danser qu'une fois avec moi, et encore a t-il fallu supplier mon frère à genoux de vouloir bien le remplacer un moment.

Puis après la danse, il y a eu un souper très-gentil ; c'était une véritable fêle, à laquelle il n'aurait rien manqué si tu avais été là, ma bonne Charîstie.

Mais que fais-tu donc toute seule au pensionnat ?

J'ai demandé à papa et à maman pourquoi où ne t'avait pas fait sortir. Us m'ont répondu tout simplement que tu n'avais pas de temps à donner aux vacances, et qu'il fal-

LES AMOURS BE VICTOR BOttftBNNB. ISS

lait réparer le temps perdu. Cependant j'espère bien qu'un de ces dimanches papa ira te chercher et t'amènera.

En attendant, écris-moi, écris-moi comme tu pourras; n'aie pas peur, je ne montrerai ta lettre à personne.

Tu vois que je t'écris avec ma plus grosse écriture pour que tu puisses me lire facilement. Réponds-moi donc, et d'ailleurs ça t'apprendra.

Entre nous, je ne m'amuse pas beaucoup ici. Voilà deux jours que nous sommes toutes seules. Victor est retourné à Paris avec mon père, et ils n? reviennent qu'à la fin de la semaine.

Donne-moi de tes nouvelles, je t'en prie ; sans cela, je croirai que tu ne m'aimes plus, le t'embrasse. Ton amie,

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