‹ Les amours de Victor BonsenneChapitre 3 sur 71 · UN MARI · texte numérisé non relu

UN MARI

Lorsque nous entrâmes, tous les convives étaient arrivés.

11 y avait, comme me l'avait annoncé M. Bonsenne, M. et madame Deslaurières, une vieille dame que je n'avais jamais vue chez M. Bonsenne, et à qui je fus présenté. C'était la mère de madame Deslaurières, on la nommait madame Lambert.

11 y avait en outre un monsieur à lunettes vertes; il portait ces deux vitres de couleur devant des yeux chassieux, sous prétexte de se conserver un reste de vue qu'il eût fort bien pu abandonner au contact de la lumière, attendu qu'il me parut tout à fait aveugle.

On m'avait placé à côté de lui, et il ne se passait pas une minute sans que ce monsieur, qui avait mis ses yeux au bout de ses doigts, ne les promenât sur mon pain sous prétexte de chercher le sien, ne s'emparât de mon verre croyant

prendre le sien; sa main allait tout autour de son assiette dans une circonférence de huit pouces, comme une vaste araignée aux ongles noirs et crochus, et il poussa l'intempérance de ses recherches jusqu'à mettre une fois la main dans mon fricot. Celui-là avait nom Montrelin.

Je me sers du mot fricot, parce qu'il fut dit plus de trente fois par un second monsieur, lequel était sourd comme un débiteur à qui l'on demande de l'argent.

La compagnie me parut si insupportable, que je trouvai qu'il serait d'aussi mauvais goût d'être de mauvaise humeur, qu'il me semblait de mauvais goût de m'avoir in- » vile. Je me résolus donc à rire.

Je dois dire que madame Bonsenne, pour me donner une compensation du voisin aveugle, avait placé madame Deslauriéres près de moi.

Dans là disposition d'esprit où j'étais pour cette dame, la compensation me parut mal choisie; mais enfin, on ne peut demander rien de plus à qui vous donne le mieux qu'il peut, et je me résolus à être d'une politesse très-réservée pour madame Deslaurières.

Elle-même semblait excessivement embarrassée; mais dès qu'elle vit que je la traitais comme une femme que je ne connaissais que pour l'avoir rencontrée par hasard dans une soirée, elle se fut bientôt dégagée de toute gêne, et, grâce aux provocations joyeuses de son mari, elle se mit bientôt tout à fait à son aise, et me parla comme si je ne l'avais pas connue du tout, ou, si Ton aime mieux, comme si elle me connaissait depuis dix ans. M. Deslaurières était un homme étourdissant dans toute l'acception du mot ; il parlait haut et toujours, et toujours riant, chantonnant, glapissant. Dans les mille sujets d'une conversation de deux heures, il ne s'en trouva pas un sur lequel il n'eût

une grosse plaisanterie à faire, yne anecdote grotçpque à raconter.

Religion, politique, passons, profité, amour, respect <Jes devoirs, fidélité conjugale, élégance et retenue de l'esprit, ii n'est rien (Je pes choses pour lesquelles jl n'eût des mpts particuliers et dégradants.

Pour lui, la religion était une cpnjédjye qui enrichirait fort bien ceux qui la jouaient passablement.

I>a politique était l'art de se vendre cher et d'acheter les autres à bon, marché,

La passion, même la plus noble, n'était jamais qu'une duperie, grâce à laquelle on donne le meilleur de soi ou de son bjeu aux égoïstes et aux fripons.

La probité, c'était le talent d'échapper à l'application du code, et la plus exacte, selon lai, n'était qu'un calcul mieux fait qu'un autre.

Quant à l'amour, il pardonnait cette bêtise une fois dans la vie, de quinze à dix-huit ans. Passé cet âge, le plaisir devait être, selon lui, la règle de toute existence.

Pour ce qui était du respect des devoirs, il riait à gorge déployée des pères-dindons, prônait comme des héros tous qes jeunes dévergondés qui, avec ce qu'on appelle une mauvaise tête et un bon cœur, font le désespoir de leurs familles.

11 ne prêchait point l'infidélité conjugale, et il y était intéressé; mais il savait les histoires de tous les maris trompés, et il riait de ceux qui ne s'en apercevaient pas, de eeux qui le souffraient; il méprisait souvefaineraent l'homme assez ennemi de lui-même pour ristiuer sa vie centre l'amant de sa femme.

11 se gendarmait surtout contre ce qu'il appelait les bé-

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gueules et les hommes du. bon ton, disant que tout cela n'était qu'hypocrisie et bêtise.

A toutes ces façons de voir, il ajoutait une habitude qui me partit d'abord un défaut grossier, et que plus tard je recûiïflug être ufl des vices lés plus pernicieux.

Ce n'était pas assert que cet homme enlevât à l'esprit de ceux qui l'écoutaient toutes lès idées morales qui F éclairent et le conduisent; ce h'étâit paè.assei qu'il dégradât le cœur eu lui arrachant toutes ae's croyance^, il passait du cynisme de f immoralité au cynisme! de l'expression. S'il voulait parler1 de là beauté d'une femme, il avait des mots d'un jargon inouï; lorsqu'il avait la prétention de faire rire, et c'était là sa grande préoccupation, il ne reculait ni -devant la trivialité là plus effrontée ni devant l'obscénité la plus révoltante.

Enfin, et comme je le disais tout à l'heure, cet homme était l'apôtfë de tous les mauvais propos. 11 était impossible qu'une femme qui avait vécu quelques années avec cet homme pût garder un sentiment hoùriête dans l'âme et pût rougir de quoi que ce soit au monde.

Assurément, de quelque manière que le vice existe, il n'en est pas moins le vice. Celui qui se recouvre d'hypocrisie est d'ordinaire celui qui combine les actions les plus coupables et qui semble le plus hideux ; mais celui qui se pose le poiïig sur la hanche, qui parle avec les mots de la halle, qui défait son habit ou retrousse sa robe, celui-là est le plus repoussant et le plus dégradant à la fois.

Ce qui devrait du moins rester à un homme, c'est la pudeur du discours, quand il a perdu la pudeur de ses actions. Ce qui est le dernier degré d'avilissement pour une femme, c'est de n'avoir pas le respect de sa personne quaùd elle n'a plus le respect de sa réputation.

Oui, mille fois oui, je préfère de beaucoup la dévote hypocrite qui cache sous de triples verrous le plus honteux libertinage, et qui, dans le monde, range sa robe de peur de la laisser frôler par l'attouchement d'un homme, à la femme qui, avec beaucoup moins de fautes réelles, prend devant tous toutes ces libertés physiques qui seraient à peine pardonnables à un homme.

On doit comprendre que ce ne fut pas dans cette première entrevue que je pus ainsi juger M. Deslaurières, et mesurer tout l'effet que devait produire sur une femme l'influence d'un pareil mari ; mais j'ai cru devoir dire tout de suite ce qu'il était, tant j'éprouve de dégoût toutes les fois que je parle de cet homme.

Cependant, dès ce jour-là, je pus juger de quelques-unes des qualités qui en faisaient l'homme le plus gai et le plus amusant de Paris ; je pus voir aussi ce qu'était devenue madatne Deslaurières au contact de ce monsieur.

A vrai dire, je ne lui fis pas honneur des étranges façons de sa femme, et je jugeai que c'étaient deutf personnages du môme acabit et que leur mariage avait heureusement associés.

J'avais été élevé avec des femmes qui mangeaient du bout des dents, qui brisaient leur pain du bout des doigts et qui buvaient de l'eau; madame Deslaurières, selon l'expression de son mari, était une grosse mangeuse, elle vidait lestement sa bouteille et sirotait agréablement son café et son petit verre.

Quant à lui, il mettait ses doigts dans la sauce jusqu'aux coudes, et les léchait ensuite. 11 buvait de tous vins à tasse pleine (je parle toujours la langue de M. Deslaurières) ; il absorbait des quantités incroyables de cassis, qu'il lançait d'un seul coup dans son gosier, comme on jette une pel-

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letée de charbon de terre dans le gouffre béant d'un fourneau.

Si ces façons eussent appartenu à un marchand de bœufs ou à un conducteur de diligence, à une marchande de marée ou à une maltresse d'auberge, si même ces habitudes eussent été celles d'un gros et énorme malotru, large d'épaules, pansu, à trogne rouge et avinée, si la femme eût été un de ces colosses charnus dans le style de madame Smith, il semble que l'harmonie qui eût régné entre la constitution physique et les manières d'être de ces personnages eût rendu toutes ces grossièretés moins choquantes; mais point : comme je l'ai dit, M. Deslaurières était un homme d'une figure fine, spirituelle, d'un œil vif, d'un extérieur en tout fort distingué.

Quant à madame Deslaurières, je ne pouvais me lasser de la regarder, non pas tant pour admirer la parfaite élégance de ses mains, la blancheur délicate de sa peau, la grâce presque enfantine de ses traits lorsqu'ils étaient un moment en repos, mais pour me demander comment ces lèvres fraîches et roses, s'ouvrant doucement sur des dents d'émail, comment cet œil profond sous un sourcil noir et où la pensée semblait devoir rayonner sans cesse, comment ce front vaste et élevé, comment ces longs cheveux blonds, légèrement ondulés à la racine comme ceux de la Psyché antique; comment, dis-je, cette figure presque virginale pouvait servir d'enveloppe à une pareille âme et à un pareil esprit.

C'était pour moi un profond étonnement qui, à chaque nouvelle parole de madame Deslaurières, me la faisait regarder avec plus d'attention.

Ce fut au point que M. Deslaurières me cria d'un bout de la table à l'autre ;

— Dites donc, farceur de voisin, il parait que vous trouvez ma femme à votre goût?

Je fus si abasourdi de l'apostrophe, que le mari continua, en riant à gorge déployée :

— Si vous la regardez longtemps avec des yeux comme cela, vous allez lui brûler le teint.

— Je prié madame de recevoir mes excuses, répondis-jev si je lui ai manqué de respect.

— Allons donc, allons, est-ce qu'il va prendre cela au sérieux, votre jeune homme? fit M. Deslaurières en s'adressant à M. Bonsemie ; oh ! regardez ma femme tant qu'il vous plaira, je ne suis pas jaloux.

— Malheureusement non , dit madame Deslaurières ; mais on ne me regarde cependant qu'autant que cela me convient.

Ce qui ip'étonnait peut-être encore plus que les allures de ces deux personnages, c'était de les voir chez M. Bonsenne,. un homme qui, sans pousser bien loin l'élégance des manières, tenait cependant aux bienséances.

Madame Bonsenne était d'un âge à entendre patiemment toutes les sottises qu'il plaisait à M. Deslaurières de débiter -, maté il y avait là Alison, à laquelle il me semblait que ses parents manquaient pour ainsi dire de respect, en adïnettant de pareilles gens à la table où elle était assise.

Heureusement pour elle, que la noble jeune fille était daûs ce moment, comme toujours, bien loin du monde où elle se trouvait, aveugle et sourde pour ce qui se passait et ce qui se disait devant elle.

M. Deslaurières nous avait annoncé qu'il nous quitterait après le dîner pour aller à un rendez-vous fort important. La manière dont il parla de ce rendez-vous était si gonflée de vanité, que M. Bonsenne lui dit en riant ;

LES AMOURS DE VICTOR BONSENNfi. 3*

— Chez quel ministre ou chez quel duc allez-vous donc, pour prendre un pareil air de cour?

— Je vais chez une duchesse, repartit M. Deslauriérea, et je pense que j'y rencontrerai un ministre. Vous voyez que l'air va parfaitement à la visite.

— Et cette duchesse, c'est?.,..

— La duchesse de Frobental, répondit-il.

— Et ce ministre, c'est?...

— Mon ministre, répliqua-t-il encore.

Malgré son assurance, madame Deslaurières se prit à rougir.

Son mari se tourna vers elle et lui dit :

— À ce propos, j'ai oublié de te dire que nous avons reçu une invitation pour aller chez la baronne du Bénice.

La baronne du Bénice était une ancienne amie du ministre; je le savais comme un de ces mille bruits du monde qui arrivent à toutes les oreilles. Madame Deslaurières l'ignorait sans doute, car elle demanda à son mari ce que c'était que cette baronne.

— Une femme charmante, qui reçoit les hommes les plus distingués de Paris, et chez qui mon ministre va très* souvent...

— En ce cas, tu iras tout seul, dit madame Deslaurières en se levant de table , quoique le signal du départ n'eût pas été donné par la maîtresse de la maison.

— Tu auras la bonté d'y venir, lui dit son mari, attendu que ça me va.

Madame Deslaurières me regarda, et, avec un sourire d'un sarcasme et d'une impertinence inouïs pour son époux, elle me dit :

— Vous voyez, ça lui va.

je lui donnai la main pour la faire passer dans le salon,

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et pendant que je riais de la parole qu'elle venait de nr*adresser, elle me dit encore :

— Vous verrez qu'il me forcera d'y aller, comme c'est lui qui m'a dit tout à l'heure que vous me regardiez avec des yeux extraordinaires.

Gela dit, et sans attendre ma réponse, elle me quitta en murmurant entre ses dents :

— Mon Dieu ! mon Dieu ! ce sera donc toujours de même ! L'annonce de cette visite, faite par M. Deslaurières, me

fut une preuve que madame de Frobental, qui, ainsi qu'on me l'avait annoncé, avait sans doute fait ses arrangements avec M. de Sainte-Mars, n'avait pas aussi bien réussi vis-àvis de la belle Faim y, et qu'elle poursuivait sans doute contre elle le complot qu'elle avait organisé avec le ministre.

Je n'avais aucune envie de me faire le Don-Quichôtte de madame Deslaurières et de défendre une vertu à laquelle je ne croyais pas contre des séductions qui me semblaient ne devoir lui déplaire que parce qu'elles partaient de trop haut lieu, mais j'avais une excessive envie de rendre un service à madame Sainte-Mars, et je crus devoir faire part à M. Bonsenne du danger dans lequel on allait entraîner sa protégée.

En ayant l'air de défendre madame Deslaurières, je sauvais peut-être Fanny du coup qu'on voulait lui porter, et j'espérais m'en faire un titre en temps et lieu.

A la première parole où j'essayai d'expliquer à M. Bonsenne la combinaison par laquelle on devait s'emparer des papiers de madame Sainte-Mars, grâce aux soins de M. Deslaurières, M. Bonseune m'interrompit et me dit rapidement :

— Je sais tout cela et j y mettrai bon ordre, ou j'y perdrai mon nom.

LES AMOURS DE VICTOR BONSENNE, té

Restez avec nous ce soir, et nous causerons, quand j'aurai conclu l'affaire qui amène ici les deux messieurs avec qui vous avez dîné.

U voulait parler du sourd et de l'aveugle.

11 quitta le salon avec eux. M. Deslaurières était déjà parti, et je me rapprochai du coin où les dames s'étaient réunies autour d'une table de travail.

Madame Bonsenne travaillait, Alison travaillait ; madame Lambert, qui n'avait pas prononcé une seule parole depuis le moment où Ton m'avait présenté à elle, madame Lambert, dis-je, travaillait ; madame Deslaurières était restée inoccupée; mais comme elle ne pouvait pas demeurer un Beul instant dans un complet repos, elle s'était emparée d'un petit bout de crayon et d'une feuille de papier sur laquelle elle s'amusait à tracer une suite de tigures grotesques, toujours chantonnant ou babillant.

Des mille paroles inutiles qu'elle débita pendant une heure, aucune ne semblait montrer ni une ombre de raisou ni une lueur de sentiment; cependant on pouvait y remarquer un esprit vif, pénétrant, auquel la familiarité de la locution donnait un relief remarquable. Malgré moi je l'écoutais, malgré moi je la trouvais amusante.

Je me pris à la contrarier en plusieurs circonstances, et plus d'une fois je fus obligé de battre en retraite devant la vivacité de ses reparties. Puis arriva un moment où elle se mit à dire tout d'un coup, à propos d'un magnifique mouchoir brodé qu'elle chiffonnait comme un misérable morceau de mousseline :

— Ah! j'en ai acheté un aujourd'hui bien autrement beau que celui-là.

Alison lui en demanda le prix, et madame Deslaurières répondit :

— Obi je ne yeux pas te te dire; c'est une sottise qui me forcera à être économe pendant bien longtemps, mais je n'ai pas pu y tenir. Imagine-toi que cette horrible femme dont je t'ai tant de fois parié, cette madame...

A ce moment, madame ûeslaurières me regarda et s'arrêta.

— De qui parles-tu donc? reprit Àlison de l'air distrait qui ne la quittait jamais.

— Ob ! fit madame Deslauriéres, c'est quelqtfun que tu ne connais pas, quelqu'un que personne ne connaît ici.

Quoi qu'il en soit, imagine-toi que cette bégueule, qui prend des airs de vertu, a eu l'impertinence de venir marchander ce mouchoir sous mon nez, pendant que je l'admirais, d'en demander le prix, et de dire à la lingère :

— Je le prends ; vous pouvez le faire porter chez moi. Ma foi, ça m'est parti plus vite que je ne voulais, et je

lui ai dit :

— Faites donc attention, mademoiselle Guillotin, car c'est là son nom, son véritable nom; faites donc attention que je n'ai pas dit encore que je ne veux pas l'acheter.

« Je prends décidément ce mouchoir, envoyez-le-moi demain. »

Tu ne peux pas t'imaginer la fureur où elle est entrée ; elle voulait absolument avoir un mouchoir pareil et l'avoir sur l'heure.

Ce qu'il y a de plus drôle, c'est que je venais d'en voir un absolument semblable, mais qu'on m'avait fait beaucoup plus cher.

— Mais, tu dois bien le penser, je me suis bien gardée de dire que j'avais vu ce mouchoir dans le passage des Panoramas, et je m'en suis allée triomphante et avec un mouchoir de six cents francs de plus dans ma boite.

— Six «ente francs ! dit madame Bonsenne, c'est trop.

— Six cents francs! fit madame Lambert, c'est beaucoup.

— Bah! dit madame Deslaurières, je l'ai humiliée, je ne trouve pas cela trop cher.

— Mais, lui dis-je, vous devez bien haïr cette femme, pour payer d'un pareil prix une si petite vengeance?

Madame Deslaurières me regarda d'un air fort sérieux et me répondit :

— Oui, monsieur, je la hais, et peut-être il y a des gens de par le monde qui l'aiment et qui devraient la haïr plus que moi.

Je m'étais écarté de la table, et je remarquai qu'Alison se penchait vers madame Deslaurières pour lui demander le nom de celle dont on parlait ; mais si je n'entendis point la réponse de madame Deslaurières, un rapide regard jeté de mon côté m'apprit que ce nom devait m'intéresser.

Un moment après* je le denjandai £ AJjson, qçi me dit, sans chercher à m'adoucir la vérité :

— n s'agit de madame Sainte-Mars, et comme Çbaristie (c'était le nom de baptême de madame Deslaurières) sait <pie vous en êtes passionnément épris, elle n'a pas voulu la nommer, de peur de vous blesser.

— Je lui suis fort reconnaissant de son intention lui disje d'un ton piqué, c'est d'une bonite âme.

Alisou ne remarqua pas la mauvaise grâce de ma réponse, et répliqua d'un ton pénétré :

— Oh! oui, c'était une âme bien faite!

La soirée était déjà fort avancée, et il était temps de se retirer. Madame .Lambert était partie depuis longtemps,

L'affaire qui occupa^ M. Bonsenne le retenait encore danp son cabinet, et, malgré la promesse qu'il lui avait faite, M. Deslaurières ne revenait pas chercher sa femme.

Gomme il n'y avait absolument entre la maison où nous étions et la nôtre que la rue à traverser, on voulut bien me confier madame Deslaurières , et nous partîmes ensemble.

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