MADAME DESLAUR1ÈRES A SON MA RI
Mon ami, voilà trois jours que je tous ai écrit, et voilà trois jours que vous n'avez pas reparu à la maison.* Ah! hier... oui hier... j'ai su qu'on vous avait vu... avec qui, mon Dieu ! avec M. Morinlaid et avec deux femmes ; vous alliez dîner tous les quatre à la campagne. Tout cela n'est pas vrai, cela est impossible... Vous êtes fâché contre moi... vous m'en voulez d'avoir ramené votre pensée sur des souvenirs qui, je le sens, doivent vous être odieux, et sur lesquels vous m'avez priée d'être la première à jeter le voile. Eh bien, mon ami, je vous demande pardon : je ne crois point à ce que m'a dit M. Morinlaid... C'est un méchant homme que vous ne reverrez plus jamais...
Oh ! je vous en prie, ne me punissez pas d'avoir douté de vous, d'avoir souffert... Vous m'aimez, n'est-ce pas... Léopold?... Mais songez-y donc si vous m'abandonniez... qui voulez-vous qui me soutienne? Revenez... revenez... je vous en prie.
Je vous envoie cette lettre à votre bureau... car je ne sais plus où vous êtes, où vous allez... lorsque j'attends, que je souffre et que je n'ai personne, pas même une mère à qui dire son chagrin et mon désespoir... A ce soir, à bientôt, n'est-ce pas?
Votre femme,
CHARISTIE.