‹ Les amours des anges, et les mélodies irlandaisesChapitre 32 sur 48 · HÉLÈNE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE

ou LA DAME DE ROSNA (i).

Vous vous rappelez Hélène , l'orgueil de notre hameau Douce et modeste , elle bénit son sort ,

(ï) Cette ballade fait allusion à l'histoire du comte d'Exeter. S'étant marie jeune à une femme indigne de sa tendresse , il divorça, et se retira (n'ayant pas encore hérité du titre) dans une partie éloignée duShropshire.il s'établit sous le nom de Jones, dans un village dont la situation champêtre et isolée lui avait plu. Confondu parmi les villageois , il prenait part à leurs jeux et soulageait leur misère. La vie qu'il menait, les bienfaits qu'il répandait sans qu'on sût d'où lui venait tant d'argent, et sans qu'on lui vît professer un état , firent naître cependant des soupçons et des doutes; et ce ne

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quand William l'Étranger la prit pour épouse , ^t l'amour embellit de sa lumière leur humble demeure. Ils voyagèrent ensemble dans la vie , battus des vents et des tempêtes. Enfin William dit tristement : « Allons clie relier fortune en d'autres plaines. » Hélène soupira , et quitta son humble chaumière.

Ils errèrent , fatigués , sur des routes désertes 5

fut pas sans peine qu'il trouva à se loger et à vivre comme, il le de'sirait chez quelque honnête fermier. Au bout de deux ans , il s'absenta , mais revint bientôt après ; ennuyé de la vie oisive qu'il menait , il acheta du terrain et fit bâtir une maison. Le fermier, qui l'avait reçu à sa table, avait une fille d'environ dix-sept ans dont la fraîcheur et la beauté éclipsaient les belles de Londres. M. Cécil (depuis comte d'Exeter) découvrit que , malgré son humble destinée , cette jeune fille avait un cœur et un esprit, dignes de briller au premier rang. Un jour que le père revenait de conduire la charrue, il lui demanda Sara en mariage. Le consentement ne fut accordé par les parens qu'après une mûre délibération , et sans qu'ils connussent leur gendre sous un autre nom que sous celui de Jones. Bientôt après le mariage , il apprit la mort de son oncle lecomte d'Exeter, dont il était héritier. Il partitaussitôt, amenant sa femme avec lui ; arrivés dans le Northarnpton-Shire , aux environs de la belle terre patrimoniale qui lui appartenait, il demanda à sa compagne si le site et le château lui plaisaient. Elle répondit que jamais elle n'avait rien vu de si beau et de si délicieux. Alors il la salua du titre de dame du château. Transportée tout-à-coup de son village à la cour , l'aimable comtesse d'Exeter s'y fit respecter et adorer. Elle mourut en 1797. {Note du traducteur.)

le cœur de la jeune épouse était oppressé , lorsqu'à la fin d'un jour d'orage , ils virent de loin les orgueilleuses tours d'un château s'élever parmi les arbres. «Ce soir, dit le jeune homme, nous demanderons là-bas un abri. Le vent est froid et l'heure est avancée. » Il sonna du cor d'un air imposant , et le portier s'inclina lorsqu'ils franchirent le seuil de la porte.

«Sois la bien venue, noble dame, s'écria le jeune époux ; ce château t'appartient , ainsi que cette sombre forêt. » Elle le crut insensé ; mais il disait la vérité. Hélène est dame de Rosna-Hall ! Le lord de Rosna chérit tendrement celle dont William l'Etranger gagna l'amour et la foi ; et l'éclat du bonheur, sous ces lambris dorés, brille aussi pur que sous l'humble toit de chaume!

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