‹ Les amours du diable, opéra-féerie en quatre actes, neuf tableauxChapitre 15 sur 48 · I RI ELLE · texte numérisé non relu

I RI ELLE

Je ne mens jamais! parole de diable!

frederic à part

Au fait! je l'ai appelé! dérangé de ses affaires! El je dois au moins lui savoir gré de n'être pas venu dans son costume ordinaire!

URIELLE

N'est-ce pas? vous me trouvez mieux ainsi?

frederic stupéfait Quoi! tu as deviné ce que je disais tout bas?

URIELLE

Par Satan! si le diable ne lisait pas dans l'esprit des gens comment leur soufllerail-il de mauvaises pensées? FiiEDERic avec résolution Allons* va pour le diable! je te prends à mon service! et je le commande...

urielle vivement Un souper!

frederic riant C'estcliarmant! on n'a pas le temps dedésireFaveclui!

URIELLE

Désirer, c'est du temps perdu, maître! jouir de la vie! et en jouir vite, surtout! voilà ce qu'il faut! car une fois hors de ce monde... on ne sait pas ce qri peut arriver!

frederic Ah! ah! voilà un propos qui sent le roussi.

urielle C'est de l'état!

FRÉDÉRIC

N'importe! il faut bien passer quelque chose à ses domestiques.

nuLi.i.E avec émotion Et vous n'aurez jamais eu de serviteur plus dévoué! plus empressé! plus soumis! plus...

Frédéric ayec impalienee. — Mon souper!

urielle lui montrant un souper splendide qui paraît sur une table Monseigneur est servi!

Frédéric allant à la table Ah! c'est charmant! un souper admirable! Ma foi! le diable est un excellent maître d'hôtel!

SCENE V LES MÊMES, HOUTENSIUS hortenshs tremblant à la porte Le malheureux! Belzébuth l'a sans doute emporté! Que vois-je? Il soupe! Il mange!

FREDERIC

Eh! arrivez donc, mon cher gouverneur! le souper refroidit!

HORTENSIl'S

Un souper! ici! dans celte tour! un couvert magnifique!

Frédéric mangeant et d'un air fat N'est-ce pas? ce n'est pas mal? mais ça pourrait encore être mieux!

crielle. Si monseigneur l'ordonne?

FREDERIC

Non! ça suffit pour aujourd'hui! seulement, il y a comme un goût de soufre dans tout cela. El puis, c'est brûlant!

iRiELLEà Frédéric

C'est que notre cuisine est chaude, là-bas!

VILLE DE BRUXELLES - STAD BRUÏÏEL Archives - Archiçf

hortensius à Frédéric Tant mieux! j'aime les soupers chauds! El j'y ferai honneur! ou le diable m'emporte!

urielle accourt à Hortensius et le prend en ses bras Voilù!

hortensids voyant Urielle Qn'est-ce que c'est que ça?

frederic riant Eh!parbleu!le diable lui-mcme!lout prêta vous obéir! hortensius avec terreur. — Le diable! miséricorde!

FREDERIC

Le diable! que j'ai pris à mon service! et qui me sers fort bien, comme vous voyez!

urielle. A table donc, M. le gouverneur!

hortensius avec horreur A la table du diable! jamais! Vade reiro, Sutanasl Deux longs bras sortent d'un fauteuil, et font asseoir Hortensius en face du comte.

urielle riant. — Vous y voilà!

frederic versant à boire à Hortensius A votre santé!

hortensius avec horreur Quelles griffes! elles m'ont brûlé jusqu'aux os! frederic Raison de plus pour vous rafraîchir!

hortensius après avoir bu Quel vin fort! grand Dieu!

urielle riant — C'est du vin de Tonnerre! frederic mangeant — Ce poulet emporte la bouche! urielle. C'esl un poulet à la diable!

hortensius. Et ce g'got de chevreuil!

urielle. Gigot au feu d'enfer!...

Frédéric riant, et buvant Won page est charmant! et je suis enchanté d'avoir le diable à mes ordres!

urielle avec joie. Vraiment, maître?...

Frédéric l'examinant. Et un joli page, ma foi!

urielle avec émotion Ainn... je ne vous déplais pas trop?

FRÉDÉRIC

Au contraire!... et si je rencontrais une jeune fille qui eût celle figure-là..*

urielle. Vous l'aimeriez, peut-être?...

Frédéric un peu gris. Jeu serais fou!... urielle avec joie. Il se pourrait? ..

hortensius montrant Frédéric Le malheureux fait des déclarations au diable! Frédéric buvant. A la santé de Belzébutli!

HORTENSIUS

Horreur!... je ne porterai jamais ce toast-là... Les dfvx bras reparaissent^ et font boire Horfensius mal gré lui-

noRTENSius. Assez!... assez!... c'est une question extraordinaire!... au vin de Champagne!

Frédéric son verre à la main DUETTO Quel r pas charmant!

Lorsque toul m'accable, Ah! vraiment, le diable Est fort bon enfant!

hortensius tremblant Quel sort effrayant!

La terreur m'accable!

Aux griffes du diable, 81e voilà vraiment.

F1BDERIC. LOANT.

Dans mon esprit, tout se confond, et change! il me semble voir Lilia...

Au lieu d'un démon, c'est un ange, Qu'un doux souvenir me rend, là...

21 uaÉE. 58 ô

tjrielle à part, examinant Frédéric avec douleur

A qnelqiTautre son cœur appartient-il déjà? ENSEMBLE Frédéric luttant contre le sommeil

Quel repas charmant! etc.

horteîssius Quel sort effrayant' etc.

(Frédéric s'affaisse sur lui-même, et le sommeil s'en empare; mais Horlensius lient bon, il coatinue a boire. Urielle, impatientée, étend la main vers lui. Le gouverneur retombe lourdement sur la table, et s'endort.)

horteksius rêvant Belzébuth! le diable! gigot de chevreuil! Frédéric sommeillant Quel repas, etc.

(Une musique douce commence; Urielle tourne autour de Frédéric; effrayée d'un geste du jeune homme, elle se cache derrière le sopha ; puis elle reparaît après quelques instans dans un panneau de la boiserie, mais le page a changé de costume. La femme a repris le sien; et c'est sous un léger vêlement de gaze, qu'elle s'avance près du comte endormi.)

TJRIELLE CHANT

Quittant l'habit trompeur que m'impose le maître, De mon sexe un instant reprenant les attraits, (Montrant Frédéric.) Pendant son sommeil, je puis être Aussi belle que je l'étais!

CAVATINE (S'approchant du Comte endormi, et le regardant.) Dans le sommeil où je le plonge, Qu'il soit heureux, au moins en songe ; Que mes regards, que mes accents Portent le trouble dans ses sens!

0 doux sommeil!

A son réveil, Qu'à son cœur l'amour me rappelle,

El qu'a ses yeux, toujours plus belle,

Moi seule ici

Règne sur lui!

Mon âme, liélas! longtemps fermée, N'a qu'un désir, c'est d'être aimée.

Dans cet espoir, rayon du ciel, Est-il un malheur éternel?

Ah! dans ses traits, que de jeunesse, Que de douceui, que de tendresse.

Mon cœur ressent avec ardeur Premier amour, premier bonheur.

0 doux sommeil' etc.

(Sur la ritournelle de la cavaline, Uriclle s'approche de Frédéric, comme entraînée vers lui, puis elle hésite et finit par l'embrasser sur le front ; Frédéric s'éveille, et Uriclle fuit rapidement le jeune comte, éperdue, en délire ; puis elle s'élance au travers de la bibliothèque, et disparait.)

Frédéric s'éveillant 0 ciel!., quel rêve étrange!.. Là près de moi!., une femme!... jeune et belle!... le regard plein d'amour!... Et sur mon front!... il m'a semblé sentir deux lèvres brûlantes!... mais celte femme... quelle est-elle?... ses traits charmans... je les ai vus... admirés quelque part... holà!... page... diable... lutin!... où es-tu? viens m'expliquer ce prestige!... (A Hortensius.) Ah çà!... vousréveillerez-vous.

horte>sius s'éveillant Quoi?... qu'y a t-il?... encore le diable ici?...

Au contraire!... c'est qu'il n'y est plus!... et il mêle faut!... allons! aidez-moi à le chercher... à le rat' traper!...

HORTENSIUS

Comment? Monsieur! que je coure aptes le diable!

FRÉDÉRIC

Cherchons! vous dis-je!... car je suis dans un trouble!... une anxiété!...

BOBT1HS1U8

Dans cette bibliothèque, peut-être... avec de mauvais auteurs!... sa société habituelle!... Frédéric. Sur ces rayons! y pensez vous?... hortensics. C'est juste! ah, dans ce vieux bahut... Frédéric. Le diable en bahut!

hortensius ouvrant le bas du bahut Monsieur, le diable se fourre partout!

Il ouvre le bahut, ou Ton y voit Uriellc dans ses habits de page, et regardant en riant Frédéric et le vieux savant.

frederic frapjé de surprise Grand Dieu!... ces traits!... ces yeux charmans!... ce sont les siens... cette voix est la sienne! une femme! un démon!... ah! j'en perdrai l'esprit!... je deviens fou!...

urielle chantant le dernier motif de l'air 0 doux sommeil! etc.

Frédéric tombe accablé sur le canapé, les yeux fixés sur Uriellc, qui n'a pas changé de place. Horlensius se laisse choir dans le fauteuil, dont les bras l'enlacent de nouveau. )

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