‹ Les amours du diable, opéra-féerie en quatre actes, neuf tableauxChapitre 23 sur 48 · SCENE VU · texte numérisé non relu

SCENE VU

LILIA, seule, entrant, sa quenouille sous le bras, et faisant tourner son fuseau.

Il me semble que je fais mal de venir toute seule ici!

aussi, je suis entrée dans le parc tout en tournant mon fuseau! et comme par distraction! mais quand j'ai su que M. le comte était au château, je n'ai pu résister à l'espoir de l'apercevoir! On dirait qu'il y a des siècles depuis notre dernière entrevue! je l'ai laissé si triste et si malheureux! mais grâce au ciel, il paraît que c'est changé! {Examinant tout autour Welle.) Comme c'est beau ici! comme c'est doré! (S' approchant d'un fauteuil.) Je n'ose m 'asseoir là-dedans! pourtant, je suis bien lasse! (S' asseyant.) Dieu! comme on enfonce! (Jetant un cri et se relevant vivement,) Ah! que' j'ai eu peur! j'ai cru voir quelqu'un! là! devant moi!Etc'esl moi, dans celte grande glace que je n'avais pas remarquée. (Une grande glace s'est tout à coup découverte au fond de la hcène. Se mirant,) Je ne suis pas encore trop mal tournée! tiens! voilà que je me fais la révérence! votre servante, mademoiselle! ah! bien! qu'est-ce que je vois donc là? un jeune humme près de moi! non pas de moi, ici! (Montrant fa glace.) Mais de moi, là bas! Est-ce que je rêve? (Mettant la main sur ses yeux.) Je n'ose regarder! Après tout, je ne cours pas de danger chez mon frère de lait! (Découvrant un œil.) Ma fine! j'en risque un! (Désignant le page dans la glace.) Ah! lecharmant jeune homme! comme il a bon air! il me trouve jolie! il me le dit! Le voilà qui prend ma main! ma main de là-bas! il l'embrasse! Tiens! il me semble que j'ai senti son baiser sur celle-ci! {Se fâchant.) Allons! en voilà assez! monsieur! ce petit bonhomme me fait peur! Premier coup'c'.

Gardez vos propos, mon beau page!

Vous voulez rire, je le voi!

Un si tendre et si doux hommage!

C'est pour vous amuser de moi!

Ce n'est pas moi que l'on détourne Par ce langage décevant!

[Faisant tourner son fuseau.)

Vos propos! mon fuseau qui tourne,

Autant en emporte le vent!

Tout cela tourne, tourne, tourne, Tout cela tourne Au gré du vent!

Car des que l'on aime, On sait, en tout temps, Se garder soi même Contre lesgalans!

Deuxième couplet lilia au page qui lui offre des présens Je serais belle comme un ange!

Dites -vous, sous ces vêlemens; Et puis, votre tœur en échange...

Merci, monsieur, de \os présens!

Un cœur où la vertu séjourne, Se donne et jamais ne se vend.

(Faisant tourner son fuseau.) Vos présens, mon fuseau qui tourne, etc. (La yluce disparaît.)

se i:\i: vin

LILIA, FRÉDÉRIC. URIELLE

irederic accourant à Lilia et la pressant sur son cœur Chère Lilia!

LILIA

Monseigneur!

J'étais là!

Délice ineffable!

Eonheur éternel!

DO

Mon cœur, trop coupable.

Retrouve le ciel!

ENSEMBLE

UR1ELLE à part L1LIA

Le dépit m'accable, Délice ineffable!

Et, destin cruel, Bonheur éternel!

Il faut que le diable Un amour semblable

Combatte le ciel! Ne vient que du ciel!

FREDERIC

Délice ineffable, etc.

(Avec passion, à Lilia.) Sage et belle enfant! c'est à loi Que je donne à jamais et mon cœur et ma foi!

Reprise de l'ensemble.

urielle seule, regardant s'éloigner Frédéric et Lilia

Je pourrais appeler l'enfer pour me venger!

(Avec amour et désespoir.)

Mais mon cœur, malgré moi, viendrait te protéger!

(Urielle sort vivement.)

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