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Victor de Musset, chef de bureau de la justice militaire, demande au ministre comme une grâce particulière de vouloir bien agréer son fils Paul de Musset, pour remplacer IM. Duret, son neveu, qui désire embrasser la carrière du commerce.
Par décision du 1" juin 1831, Paul était nommé commis ordinaire de 4^ classe pour être attaché au bureau de la correspondance générale, lois et archives, au traitement de 1.800 francs. Il devait rester au ministère jusqu'en 1839.
Victor de Musset était enfin en paix. Aimé de tous ceux qui rapprochaient, il sut user de ses fonctions dans le sens de la justice. Paul raconte à ce sujet une anecdote qui est toute à son honneur.
Sous l'Empire, un commissaire des guerres du nom de Fabry, accusé de malversations et traduit devant un conseil de guerre, avait été condamné aux galères où il était mort. Quinze ans après, on découvrit la preuve de son innocence et sa veuve s'occupa de sa réhabilitation. Mais les portes se fermaient devant elle et personne ne voulait prendre
sa cause en mains, lorsqu'elle rencontra Victor de Musset. Le chef du bureau delà justice militaire se convainquit, après l'étude du dossier, de l'injustice de la condamnation et s'employa à la réparer. Il fallait une loi pour cela. Les administrations n'aiment point les mesures solennellement exceptionnelles qui accusent leurs erreurs. Le cabinet du ministre était rebelle à dresser un projet de loi. Musset emporta la conviction du maréchal Soult ; lui-même écrivit le projet de loi et l'exposé des motifs qui « était un véritable morceau d'éloquence ». La loi fut votée, la mémoire de Fabry fut réhabilitée et sa veuve obtint 100.000 francs d'indemnité.
Le 7 avril 183:2, il souffrait d'une attaque de goutte ; dans la soirée, le choléra, qui sévissait cruellement à Paris, vint se greffer sur cette affection. Le 8 avril 183:2, à six heures du matin, Victor-Donatien de Musset-Pathay rendait Fàme,
Sa carrière administrative avait été trop morcelée, elle présentait trop d'interruptions de services pour que sa veuve pût avoir une
pension. Les bureaux lui accordèrent un secours de 300 francs que, le 30 avril, le maréchal Soult fit porter à 1.000 francs. La mort du père fut une cause d'avancement pour le fils. « Par suite de Tépidémie qui a fait des victimes au ministère de la guerre », lit-on avec une tristesse étonnée dans le dossier de Paul, celui-ci passa au bureau des fonds et ordonnances et son traitement fut porté à 2.100 francs*.
1. Paul de Musset donna sa démission de commis au ministère le 30 mars 1839. La lettre suivante adressée à l'un des protecteurs du jeune homme nous renseigne sur les motifs de cette démission :
28 janvier 1839.
« Le ministre sur le compte qui lui a été rendu le 28 décembre dernier que M. de Âlussel commis de 3» classe au bureau des fonds et ordonnances, avait donné lieu à des plaintes réitérées par des absences fréquentes de son bureau, décida que cet employé passerait au bureau des pensions et il lui écrivit en même temps une lettre d'admonestation sévère, en lui prescrivant d'apporter à l'avenir iilus d'exactitude dans l'exercice de ses devoirs.
M. de Musset n'ayant pu obtempérer à l'ordre qu'il avait reçu de se rendre au Bureau des pensions, ne s'en excusa autrement qu'en donnant pour raison que. désirant passer à la direction des Alfaires d'Afrique, il s'était mis en instance auprès de M. Laurence pour permuter avec un employé de la direction, mais que des difficultés s'étant élevées contre l'exécution de cette permutation, il dut y renoncer.
11 résulte de l'irrésolution de M. de Musset que depuis le 1" janvier courant, il n'a fait acte de présence dans aucun buicau et que le temps qu'il devait à l'administration il l'a employé uniquement à des travaux littéraires pour lesquels il
La figure de la mère d'Alfred de Musset, née Edmée-Claudine Guyot des Herbiers ou Desherbiers, se dresse moins précise à nos yeux que celle de son mari.
Pour la connaître nous n'avons que le témoignage de son fils Paul, dans la biographie d'Alfred de Musset ; les jugements de Grille, ami de la famille, qui lui est très dévotement dévoué et quelques lettres et un portrait au crayon dessiné par son fils Alfred dans sa vieillesse. Sous le bonnet ruche et le dur encadrement des canons de cheveux encore noirs, M"^® de Musset a un air sévère qu'elle n'avait point lorsqu'elle était jeune. Les yeux, encore beaux, sont profonds; ses traits sont réguliers et l'on devine, malgré la
a contracté, dit-il, des engagements qu'il no peut abondonner brusquement.
Quoi qu'il on soit, il ne demande pas moins le payement intégral de ses appointements du mois courant et un congé avec demi-traitement jusqu'au i" avril prochain afin de lui laisser le temps de prendre un parti décisif. »
(Arch. min. de la Guerre).
maladresse du crayon filial, qu'elle fut une de ces femmes pour qui ses devoirs de mère et d'épouse sont les premiers des devoirs \ C'est peu sans doute, mais c'en est assez pour affirmer que très douce, très bonne, très fine et très intelligente, elle fut l'épouse et la mère dans toute la force du terme.
Elle s'occupait beaucoup de ses enfants : leur prodiguait les soins matériels et la bienfaisante, mais si rare intimité spirituelle.
« Nous étions nourris, écrit Paul de Musset ^ dans l'admiration de Napoléon, dont notre mère parlait avec une éloquence qui nous remplissait d'enthousiasme. » Et la confiance des enfants en « la supériorité de son intelligence et la sûreté de son coup d'œil » était sans bornes ; ils sautèrent de joie, en l'entendant prédire le retour de l'Empereur de l'île d'Elbe ; ils pleurèrent de rage de la voir « sangloter » et de l'entendre crier à la nouvelle de Waterloo,
1. Ce portrait, qui a paru dans les Annales politiques et littéraires de Noël 1907, est reproduit grâce à l'amicale autorisation de M. Adolphe Brisson.