‹ Les ancêtres d'Alfred de MussetChapitre 31 sur 51 · Id · texte numérisé non relu

Id

qui, souvent ne manquent pas de charme, il dépeint les différentes espèces de chats. Pour rendre sensible la dextérité du « chat de la nature » il a d'heureuses trouvailles de mots.

Ne Tavez-vous pas vu, souvent Supérieur à la tempête, Quand des toits visitant le faite, II est détrôné par le vent?

Mais, possesseur de la tête, Roidissant ses pieds en avant Du dos arrondissant la tête.

Il ne tombe pas... Il descend.

De la même époque sont Les Heures^ « poème didactique en six chants », demeuré à l'état de fragments. Toutes les heures de la journée et celles de l'existence sont matières pour lui à développements : la « Nuit fermée », où il peint la veille du littérateur, faisant ressortir, en traits tous en faveur de l'homme de lettres pour qui il n'y a jamais de repos, la différence de son sort d'avec celui du commerçant qui peut dormir et se reposer, son travail fini. L' « heure de la bienfaisance » qu'il choisit pour conter une anecdote de la vie de « Denis-François-An-

gran d'Alleray, lieutenant civil, immolé le 9 floréal an II, victime de Tamour paternel, après 80 ans de travaux et de vertus. » ; les « heures périodiques du jour » avec « l'heure du bal et du jeu » ; le « Sommeil de Thomme de bien » et le « Sommeil du méchant » ; les « heures irrégulières de la vie » et les « heures de l'utilité et de la vertu. »

Ce poème porte la marque du temps où il fut composé. Dans un fragment, sa verve s'excite sur les bienfaits du Directoire et il chante :

Le peuple recouvrant ses droits, Sait faire lui-même ses lois ; Plus de vassaux, plus d'esclavage.

Un pouvoir fraternel et sage Tient lieu du bon plaisir des rois ; Du champ de la lumière sainte Chaque jour agrandit l'enceinte.

0 ! France ! L'œil de l'univers !

Par tes leçons, ô ma patrie !

La terre, des erreurs guérie, Apprend à secouer ses fers...

Comble tes hautes destinées :

Que l'arbre de la liberté Par tes augustes mains planté, Vive d'éternelles années.

Cet arbre, qui donne pour fleurs Des connaissances et des mœurs, Cet arbre, dont la pomme unique Est la félicité publique...

Oh! que, de son branchage altier.

Il protège le monde entier !

Mais que la lige soit en France, Tressant, d'une heureuse nuance Les innombrables feuilles d'or Avec le ruban tricolor !

Ces. vers, d'un honnête libéralisme, ne sont malheureusement aussi que d'une honnête inspiration. J'aime mieux ceux-ci sur la Terreur.

Dans un jour de calamité Qui souillèrent, ô ma Patrie !

Le berceau de ta liberté, Lorsque l'anarchique furie, De ton terroir ensanglanté Ne faisant qu'une immense plaie; Qu'un bouffon cruel, lâche et faux Au balancier des échafauds Se vantait de battre monnaie,- Les réduits de la pauvreté Cachèrent plus d'une victime...

Sous l'Empire, l'histoire l'occupera. De 1800 à 1806, avec le marquis de la Bouisse il donna une édition des lettres de Ninon de

Lenclos au marquis de Sévigné ; puis il se prit de passion pour le comte de Bonneval « officier général au service de Louis XIV, lieutenant feld- maréchal au service de Joseph P^'etde Charles VI empereurs et bâcha à trois queues, gouverneur de l'Arabie Pétrée. )) Il publia ses Mémoires en 180G, en les enrichissant de notes copieuses. Avant, en 1804, il avait traduit une pièce de Kotzebue: LEtat restitué ou le comte de Bourgogne, où il voyait une actualité politique, drame historique en quatre actes.

Enfin, il se mit à une vie de Roucher, qui est demeurée inédite.

Roucher était son ami intime. Dans ses lettres à sa fille Eulalie, le poète parla souvent de lui sous le nom à^V Oncle tramitié; sous la Terreur, il lui sauva une première fois la vie. Arrêté le 3 octobre 1T93 et conduit à Sainte-Pélagie, Roucher vit arriver Guyot-Desherbiers. De concert avec Perrin, il fournit caution et Roucher fut relâché II lui procura une cachette, mais Roucher, craignant de compromettre son ami, se livra à la

justice et fut guillotiné le 24 juillet 1794.

L. de Rochefort qui Fa vu dans le salon de M™^ Anson, la femme de Féconomiste, traducteur des lettres de lady Montagne, avec Morellet, Lalande, Piis, etc., vante son originalité ' et son esprit caustique'.

Sur ce point, Paul de Musset a traduit exactement l'opinion générale.

1. J'ai trouvé dans celte aimable retraite, rue Villel'Evêque... M. Piis, chansonnier très original; l'auteur du poème des Chats (M. Guyot-Desherbiers) plus original encore... L. de Rochefort. Souv. et Mélanges, t. Il, p. 64.

2. ... Je dois à la spirituelle M^^^ Anson les traits les plus intéressants ; à M. le sénateur Garnier les plus gaillards ; à M. Guyot-Desherbiers les plus caustiques... id., p. 217.

LOUIS-ALKXAXDRE-MAIUE DE MUSSET, MARQUIS DE COGNERS

En costume de membre du Corps législatif.

Page 1