Arrondissement de Saint-Calais Sarthe
2. Ce sont plutôt ses enfants que lui qui usent de ce titre, auquel il n'avait aucun droit ; l'érection d'une terre en marquisat étant grâce personnelle et non transmissible par vente ou donation. Sa petite-fille écrit une notice sur « M. le marquis de Musset »; son petit-fils signe « le comte de Musset ». Lui, dans les lettres que nous possédons signe « de Musset » et son fils, appelé couramment marquis de Cogners, signe « Louis-A.-M. de Musset » et une seule fois « M'^ de Musset ». En mars 1789, aux réunions préparatoires à la convocation des Etats Généraux, son fondé de pouvoirs se déclare au nom de « Louis-Alexandre-Marie de Musset, chevalier seigneur de Saint-Pierre de Cogners et de Sainte-Osmane. »
Il y mourut le 14 février 1761.
Le chef de la branche des Cogners paraît, si nous en jugeons, par son ex-Iibris gravé par Durig, avoir été un amateur de livres' et s'être montré quelque peu glorieux de son ascendance; sa devise, Vhiute crescimt honores est tout à fait différente de celle qu'on attribue généralement aux Musset; plus modeste ou plus ambitieuse, selon le sens que Ton donne à ces manifestations héraldiques volontiers amphibologiques -.
Son fils aîné, fut celui qu'on appelle le marquis de Cogners, l'oncle à la mode de Bretagne d'Alfred de Musset.
Louis-Alexandre-Marie de Musset, marquis
1. Cf. Odille de Musset. Notice sur le marquis de Musset, op. Bull. Soc. Agriculture du Mans, 1840, p. 73.
2. En voir la reproduction à la planche. Cet ex-libris a paru dans le numéro d'avril 1909 des Archives de la société des collectionneurs d'ex-lihris et le président de cette société, M. Wiggisboff, m'a aimablement autorisé à le reproduii'e. Cette pièce est : écartelé aux 1 et i d'hermines à l'écusson de gueules en abîme, qui est Pathay, armes de sa grandmère; Aux 2 et 3 d'argent à la bande de dix losanges d'azur, accostée de six fleurs de lijs du même, qui est du Bellay, armes de sa mère ; Sur le tout d'azur à un faucon d'or chaperonné, greloté, lié et perché de gueules, qui est Musset.
de Cogners et seigneur de Sainte-Osmane, naquit à la Bonne-Aventure, le 13 novembre 1753. Il fit ses études au collège de Vendôme, où, nous l'avons vu, il fut, en cinquième, condisciple d'un Mac-Mahon.Le Père Duverdier, oratorien, distingua chez l'enfant, un goût particulier pour l'étude. A seize ans, Louis de Cogners quitta le collège pour le régiment.
Le 18 décembre 1768, il était sous-lieutenant au régiment d'Auvergne-infanterie. Sa carrière militaire, si nous en jugeons par ses états de services, fut molle. Lieutenant, le 16 juillet 1775; lieutenant en second de la colonelle le 18 juin 1776, capitaine attaché au régiment d'Orléans-Infanterie, la même année, il est désigné « pour y servir trois mois chaque année sans appointements » ; capitaine « de remplacement » le 1" septembre 1784, il devient capitaine en second le i24 mai 1785 et quitte le service le 15 juillet. Sa fille Odile, qui a consacré une notice à la vie de son père ne trouve à citer de son passage à l'armée que cette anecdote : « Au
camp de Verberie, il eul l'honneur d'être présenté à Sa Majesté Louis XV, comme étant le petit-neveu du capitaine de la Bonnaventure * )' .
Il se retira dans ses terres ; il venait d"cpouser en l'église de Marçon, le 4 avril 1783, Marie-Marguerite-Dominique de Malherbe- Poillé et vécut à Cogners.
Étant officier, son goût pour les lettress'était manifesté en maintes occasions. Aussi, étant sous-lieutenant au régiment d'Au-
1. La Chesnaje des Bois raconte comme il suit cette aventure :
« C'était en juillet 1769, pendant que le régiment d'Auvergne était au camp de Verberie, près de Senlis. Le roi, qui était venu le passer en revue, ajant appris par le comte de Rochambeau qu'il y avait à ce régiment un parent de Musset-Bonaventure, l'ancien lieutenant-colonel du régiment de Chartres, se tourna vers le duc d'Orléans qui l'accompagnait et lui dit : « Il y a dans les rangs des grenadiers du régiment d'Auvergne un petit-neveu de Bonaventure, lieutenant-colonel de notre régiment de Chartres; c'était un bon officier. »
2. Voici d'après les Arcldves du collectionneur d'cx-librù (voir à la planche), l'ex-libris assez compliqué du marquis de Cogners.
Les attributs qui accompagnent l'écu semblent vouloir symboliser toute la vie du marquis : le drapeau et le génie guerrier, son passage à l'armée ; les faisceaux, sa vie administrative ; le globe, les études ; la ruche et les œuvres de Virgile entrouvertes, les occupations agricoles.
vergne, se lia-t-il vite avec un autre souslieutenant, Jean-François de Bourgoing, très porté comme lui à la littérature. Dans les loisirs de leur garnison, ils échangeaient des idées, bâtissaient des plans de romans, esquissaient des contes. Il avait pris un congé de semestre en octobre 1771, et de Paris, le 5 février 177:2, il écrit au marquis de Cogners la lettre suivante :
«En quittant le bal de Madame la Dauphine, je suis parti seul pour Paris, et, pour charmer les ennuis et le froid du trajet, j'ai beaucoup déclamé et me suis occupé du canevas de ce roman conçu dans mon pèlerinage de Calais à Arras. Le voici, puisque tu le désires :
« Julie est retirée du couvent par une amie de sa mère que des affaires retiennent en province. Le marquis deX, jeune officier et fils de maison, prend peu à peu du goût pour Julie. Les progrès de cette passion sont la matière ordinaire des lettres de ces deux dames. Le marquis -a une sœur, amie de la personne qu'il adore et qu'il voudrait adorer à l'insu de tout le monde. Sa mère rit de ses efforts, et l'amène, après plusieurs circonstances épisodiques que j'ai déjà conçues, à lui faire l'aveu de sa passion. Il faut dans ce moment que le marquis aille prendre possession d'une compagnie de cavalerie qu'on vient de lui acheter. Il part avec la plus grande peine. Tout
plein de son amour, il devient dans son corps plus bouillant que jamais ; il relève avec aigreur des propos libertins, injurieux fi la vertu des femmes, à laquelle il croit; et, mourant d'un coup d'épée que sa vivacité lui attire, il dicte à son ami une lettre pathétique pour sa mère et pour Julie qui, de douleur, renonce au monde. »
Cognerslui répondit de Vendôme, le 23 février 1772 :
« Faire mourir un personnage coupable malgré lui, comme le fat la chère Clarice, voilà un moyen puissant de vous arracher des larmes ; le faire mourir lorsqu'il est près d'être heureux, frappé de la main d'un rival, son sort pourra nous attendrir ; mais priver cette pauvre Julie de son amant, vouloir qu'il périsse victime dun moment d'emportement et du juste respect que lui inspire la vertu des femmes, sans lier ce fatal événement au fond de l'histoire, ton roman sera triste et sans intérêt.
«Qu'un amant dédaigné de Julie parle mal de cette aimable fille ; que le marquis soit tué par son rival, ou mieux encore, qu'il ne soit que blessé, et qu'après sa guérison il soit heureux, cela pourra produire quelqueffet. »
Ainsi furent arrangées les aventures amoureuses du marquis de Luzigny et d'Hortense de Saint-Just.
Les deux collaborateurs ne se mirent au travail qu'à Yalenciennes en 1777.
« Nous convînmes, vers les premiers jours de septembre, écrit le marquis de Cogners le 28 janvier 1822, dans une lettre très curieuse adressée au Journal de la Librairie^ des noms que nous donnerions à nos acteurs, dont le nombre fut fixé à six. Nous convînmes également des sujets que nous traiterions et de Tordre où chaque pièce serait inscrite au recueil. Je me chargeai d'écrire toutes les lettres attribuées à la marquise de Luzign^, à M. de Saint-Just et à Hortense.
Mon ami eut pour son lot celles qui devaient être au nom du marquis de Luzigny, de M°^®de Saint-Just et de M. de Lausel. »
L'ouvrage, terminé le 1^' octobre, fut soumis à l'appréciation de M. Blondeau, professeur à Brest; il fit des observations qui amenèrent le marquis de Cogners à des modifications. « Je refis, dit-il, en entier, le
1. Et publiée à nouveau [lar le marquis de Beauchesne, dans son étude sur les Musset au Maine dans les Annales Flévhoises, 1910, p. 131.
LES ANCÉTUES d'aLFRED DE MUSSET Jo3
dénouement depuis la ol^ lettre delà seconde partie jusqu'à la fin. » Le manuscrit, lu par Pidansat de Mairobert, fut approuvé par lui. Des fragments en parurent dans le Journal des Dames de Dorât et. en 1778, fut ])ublié sous le titre de Correspondance d'un jeune militaire un ouvrage' fait dans le goût du temps, dédié à la comtesse de Genlis, et qui eut jusqu'à sept éditions.
Les deux fragments cités des lettres des deux collaborateurs en indiquent suffisamment le sujet et les tendances sans que je sois obligé d'y revenir et terminant ses confidences sur l'histoire de la Correspondance, le marquis de Cogners formule ce vœu qui a été exaucé.
« J'ai survécu à mon ami dit-il, les Mémoires du marquis de Luzigny, que nous avons composés en commun, sont pour moi une sorte de monument. Si, à l'avenir, des biographes y impriment le nom de
1. Le litre complet de l'ouvrage est le suivant : Correspondance d'un jeune militaire ou Mémoires du marquis de Lusigni et d'Hortense de Saint-Just.
A Yverdun et à Paris, chez l'auteur, rue de Tournon, maison de M. de France, vis-à-vis rhôtel de Nivernais, on s'adressera à M. Dériaux, 2 part, en 1 vol. in-12, 1778.
Bourgoing, je leur demande d'y inscrire aussi le mien.
J'ai l'honneur, etc...
Louis-A.-M. de Musset. »
Entre temps il se liait avec des hommes de lettres comme le comte de Tressan et il donnait aux journaux de l'époque des pièces fugitives en prose et en vers, FE pitre aux Edilew's des Etrennes du Parnasse; le Duel ; conte moral; V Amitié à P épreuve de l' amourpropre et de r amour ; productions qui s'espacent de 1771 à 1780.
Il collaborait fréquemment aux Etrennes du Parnasse, sous le pseudonyme de « Billerie )).
C'est, peut être, l'abondance et la facilité de sa production qui le rendirent, plus tard, si sévère pour la littérature de son temps. En 1781-, il fit part au Journal général de France qui inséra sa lettre, d'une idée assez originale qui lui était venue, pour endiguer le flot montant de papier imprimé, qui se dévers.i sur la Erance à la veille de la Révolution.
«On se plaint vivement. Monsieur, y disait-il, de
la multitude des livres nouveaux. Les bibliomanes gémissent de n'être pas assez riches pour acheter tous ceux qu'on imprime et les juges sévères regrettent l'argent qu'ils mettent à s'en procurer, même en petit nombre. Je veux épargner des chagrins aux uns et aux autres.
Laissons pleine liberté d'écrire, maisbornons celle d'imprimer, sans cependant employer la contrainte. Un manuscrit sort des mains du censeur; si la religion, si l'État n'a rien à en craindre, qu'il soit déposé dans un lieu public, à la Bibliolhèque du Roi, par exemple ; et que l'auteur ne se fasse point encore connaître. Son ouvrage sera lu et examiné pendant un certain temps par toutes les personnes qui le demanderont ; chacun sera admis à en donner son jugement par écrit. Averti des taches qu'on y aura remarquées, l'auteur le retirera, et, après l'avoir corrigé, il le rapportera de nouveau; alors les journalistes, l'annonçant, le loueront ou le critiqueront ; qu'ils soient, comme Fontenelle, grands ennemis des manuscrits; mais qu'ils laissent en paix les imprimés. Après un mois d'exposition, si l'auteur, à ses risques et périls, ou à l'aide d'une souscription, fait gémir la presse, qui aurait le droit d'en montrer de l'humeur? La brochure, lin-folio, la compilation, le discours académique, tout, excepté VAlmanach royal, et les Étrennes mignonnes, sera sujet à la même loi ; et, si les souverains de l'Europe veulent l'adopter, le savant assez heureux pour faire une découverte n'aura pas même à s'en plaindre. On tient un registre exact du jour où chaque manuscrit est déposé, et les journaux en font mention. Mais, direz-vous, le
public n'aura plus pour les nouveaulés des libraires le même empressement ; nos ouvrages seront trop connus avant l'impression. On relit les bons livres ; ce qui est utile et beau ne vieillit point. Je suis^ etc..
Le marquis de Musset. » ^
Sa fille nous avoue quil subit la contagion du mal du siècle et que « les doctrines des prétendus philosophes du xviii" siècle ne furent pas sans influence » sur lui. C'est à ces idées, dont malgré tout, nous le verrons à la fin de sa vie, il conserva toujours quelque trace, qu'on doit, sans doute, la part qu'il prit au mouvement qui précéda la Révolution et qui en marqua les premières années.
Membre de l'un des bureaux intermédiaires de l'Assemblée provinciale du Maine, en 1787, il se voua aux travaux de vicinalité et surveilla, en particulier la construction des routes de Poncé à Château -du-Loir.
L'un des premiers, le marquis de Cogners se fit inscrire sur le registre de la garde nationale de Cogners ; trois paroisses, for-