Voir sur toute cette affaire, Beauchesne, loc. cit
son château et y portèrent le désordre. Finalement Henvoisé et Couasse demandèrent Farrestation de cet homme qu'ils jugeaient criminel, parce qu'il leuravaittenu tête, qu'ils estimaient dangereux parce qu'il était noble; à quoiCogners répondit spirituellement :
«Pendant qu'il (Cogners, car il parle au style indirect) exerçait ses fonctions de maire, il a fait notifier au curé les arrêtés du Directoire du département, qui défendaient aux ecclésiastiques salariés par la nation de recevoir aucun casuel ecclésiastique salarié ; ce mot choque les patriotiques oreilles du curé Couasse qui se qualifie du Rocher, et qui trouve mauvais que le ci-devant seigneur ait cru jusqu'à présent pouvoir signer de Musset, sans violer la loi du 19 juin 1790.
« Le curé sait la règle :
De Du Des Le La Les Faciunt nobiles
« Patience, scientifique, vénérable et discrète personne, nous changerons de nom, s'il le faut, mais laissez-nous en paix cultiver la terre dont les fruits nous nourrissent et payent votre salaire. Nous allons à votre messe ; mais nous sommes, selon vous, des dévots peu fervents : s'ensuit-il qu'on ne puisse aimer sa patrie, et qu'on ne soit bien convaincu que la souveraineté réside essentiellement dans le peuple entier, et que chaque citoyen a un droit égal à concourir à son exercice ? »
LES ANCÊTRES D ALFRED DE MUSSET l'JD
Il s'en tira pour cette fois, quoique, en juin 1790, procureur-syndic du district de Saint-Galais, il se fut démis de ce titre en 1791, « ses principes politiques et religieux ne lui permettant plus de remplir les fonctions de cette place » .
Mais, en octobre 1793, alors qu'il se trouvait à Vendôme pour régler la succession de sa mère décédée dans celte ville le i2;2 septembre \ il fut atteint par les effets de la loi
1. Cette mère, née Suzanne-Angélique du Tillet avait été l'objet d'un étrange cas de pressentiment que son fils raconte dans une lettre au comte de Tressan ; « Le 25 août (1744), jour de la Saint-Louis, elle s'était levée d'assez bonne heure, étonnée, en passant dans l'appartement de ma grand'mère, d'apprendre qu'elle était déjà rendue dans la chapelle de Marsaj pour j entendre la messe; elle s'y rendit aussitôt et trouva .M'"'^ du Tillet en prières. Celle-ci au moment où elle l'aborda lui dit d'un ton très altéré : Priez Dieu pour vos frères... Revenue au château, ma mère lui dit : « Quelle nouvelle avez-vous donc reçue, ma mère ? Que vouliez-vous donc me dire de mes frères ce matin? » et des larmes s'échappaient malgré elle de ses yeux.
« Ne pouvant calmer l'inquiétude de sa fille, ni cacher la sienne propre, M"^'^ du Tillet raconta à ma mère que, pendant la nuit, elle avait vu sortir d'un bois et marcher dans une plaine coupée de fossés, un corps assez considérable d'hommes armés qu'elle avait reconnus pour des Français ; ils s'avançaient contre une troupe ennemie, et vous jugez, Monsieur, des tourments qui déchiraient le cœur d'une mère présente aux préparatifs d'une bataille où son imagination découvrait tous les danaters
des suspects. Son frère, Charles-Louis, avait émigré depuis un an; on arrêta le marquis de Cogners, le 21 octobre (1^'' brumaire anllj, et il fut enfermé dans les prisons de l'évêcbé du Mans et transféré à Chartres, sur l'ordre du représentant Garnier de Saintes, le 10 frimaire. La maison d'arrêt des Carmélites, l'y reçut pendant trois mois. D'après sa fille Odile, sa femme, « faible, délicate » fut vue « courant de ville en ville après les
que son fils avait à courii". Soudain, un bruit effrayant de canon et de mousqueterie se fait entendre, un homme, de gi'ande taille et couvert d'un manteau écarlale, frappe les regards de M™" du Tillet, elle le voit tomber atteint dune balle, il se relève et tombe de nouveau sur un tas de morts et de mourants. La malheureuse femme, baignée de larmes, se réveille, se jette à genoux, s'écrie : « Imitons les MaccJiabées dans leur soumission et dans leur foi. Prions Dieu pour les morts. »
« Huit jours après, deux hommes de sa connaissance viennent à Marsaj. Elle les Tait passer dans son cabinet, et sans leur donner le temps de parler : « Mon fils aîné a été tué, leur dit-elle, je le savais. Mais, au nom de Uieu, cachons cet événement à mon époux. » Elle rentre avec eux, dévore ses larmes devant son mari et a eu le courage de le préparer elle-même à apprendre cette afl'reuse nouvelle...
J'ai l'honneur d'être...
Louis-A.-M. DE Musset.
10 novembre 1782. »
Sûuu. du comte de Tressan, p. 315.
représentants du peuple pour obtenir la liberté de son mari mourant dans les prisons de Chartres. » A force « de peine et de courses entreprises à cheval, elle obtint de Garnier de Saintes dans la saison rigoureuse de l'hiver » la mise en liberté de son mari qu'on élargit le 25 nivôse an II.
Rentré à Cogners, après avoir séjourné à Chartres, chez l'aubergiste Bruat pendant un mois et demi, et à Vendôme du 7 ventôse au 2 floréal, il y attendit la fm de la Terreur.
Ses biographes nous le montrent, à la lin de la Révolution, en 1795 « chef de la correspondance des royalistes de l'ouest pour le Haut-Maine ». Le récit de sa fdle est muet, sur ce point ; s'il eut réellement rempli cette mission de confiance, elle l'en aurait glorifié.
Ce qu'elle nous apprend de son royalisme n'est pas moins important. « Uni, en 1792, dit-elle, à plusieurs gentilshommes manceaux et normands, il se rendit à Paris pour prendre les ordres de la Cour. Louis XYI lui fit ordonner par M"'" de Mackau attachée au service des Enfants de France, de demeurer dans la
capitale. On méditait, alors, un coup de main, ayant pour but de faire évader le roi. L'entreprise manqua et, chacun de ces messieurs, n'ayant échappé qu'avec peine aux massacres qui se commettaient, revint chez lui, douloureusement afïecté de n'avoir pu contribuer à sauver l'infortuné monarque et à préserver sa patrie d'une souillure àjamais ineffaçable ».
Les dates, dans le récit filial, sont imprécises. S'agit-il de la tentative de Batz pour enlever Louis XVI, dans le trajet du Temple à l'échafaud? S'agit-il d'un des nombreux projets d'évasion qu'on forma après Varennes? L'une ou l'autre hypothèse sont admissibles.
M. le marquis de Reauchesne penche pour l'hypothèse du 10 août et ses conjectures sont plausibles.
Il se fonde sur l'interrogation qu'on lui a fait subir lors de son arrestation à Vendôme et qu'il a trouvé aux Archives de la Sarthe et dans lequel on lui demande « là où il était à la journée du 10 août 179:2... si à cette époque il n'habitait point Paris... quel quartier il
habitait, et à quel poste il se rendit, si enfin il ne faisait pas partie des Suisses et autres qui étaient au château des Tuileries ». Il se contenta de répondre « qu'à cette époque il habitoit Paris pour traiter d'afïaires particulières, qu'il était logé au cy -devant hôtel de Lyon, rue Grenelle-Saint-Honoré ; que, conformément à la loi qui déclarait la patrie en danger, il fit déclaration de ses armes et preuve de son inscription sur le registre de la garde nationale, et qu'en conséquence il était le même jour, dix, au poste de réserve de la Halle aux blés, compagnie du Bacq; qu'il ne s'absenta point de son poste jusqu'à trois heures après-midi et rentra, après avoir pris congé de ses chefs, dans sa maison dont il était sorti depuis onze heures de la nuit du 9 au 10, qu'il se rendit à la réserve. » 11 affirma en outre pouvoir appuyer sa déposition verbale par des preuves écrites.
Sous l'influence de sa femme, nous déclare sa fille, ses idées « libertines » de fils du xvin' siècle se modifièrent. Son « cœur noble — c'est M'" Odile de Musset qui parle — sur
lequel de honteuses passions n'exerçaient aucun empire, sentit le besoin de s'attacher à la Divinité. 11 eut le courage d'étudier les dogmes de la Révélation. Sa conviction vint ranimer sa foi : il crut et pratiqua la religion de ses pères ».
Pendant la Terreur, « dans ces temps de triste mémoire, où d'aveugles Français offraient leur encens aux déesses de la Raison et de la Liberté » il eut « le courage de combattre ces pernicieuses maximes, dans un écrit, ayant pour titre : le Triomphe de la Religion. Cette brochure fut bien accueillie, particulièrement des habitants de la campagne. »
Après la Révolution, le régime consulaire fit du marquis de Cogners un conseiller général de la Sarthe — il le demeura jusqu'en 1823 — : il devint à nouveau maire de son village et il l'était encore à la veille de sa mort.
Comme conseiller général, il prit une part active à tous les travaux de cette assemblée : il fut un de ceux qui travaillèrent au
rétablissement de l'École militaire de la Flèche et, auxiliaire dévoué de l'évêque, M°" de PidoU, il fut chargé par lui de l'inspection de plusieurs hôpitaux. Il était bon ; lors d'une misère, provoquée par la cherté du pain, en 1811, il fit construire un chemin de Saint-Calais à Château-du-Loir, afin de procurer du travail à ses administrés. On cite de lui ce trait de conscience et de bonté : en 1827 mourut un de ses amis, M. Richer de Montauban ; il fit du marquis de Cogners son exécuteur testamentaire. Entre autres volontés," Richer de Montauban laissait à la commune de Yimarcé (Mayenne) une maison et quelques terres pour l'établissement de deux sœurs d'Evron, chargées de donner l'instruction et de porter des secours aux malades dans les deux communes de Vimarcé et de Saint-Martin de Connée. Ce qu'avait légué Richer de Montauban était insuffisant ; le marquis de Cogners, ajouta 5.000 francs de ses deniers, disant : « Maintenant, toutes les intentions de mon vieil ami sont remplies ».
En 1810, le Sénat le choisit comme député au corps législatif; en 1814 il fit partie de la Chambre des députés. « Il figura, écrit sa fille, d'une manière avantageuse dans diverses commissions de ces deux Assemblées ». C'est tout ce qu'on en peut dire.
Sous la Restauration, les menées du parti ultra réveillèrent son vieux sang libéral. Il publia, en 1827, Souvenirs de la Mission^ satire « ïambique » contre les Jésuites et leurs menées'.
Membre de la Société des antiquaires de France, membre correspondant de la Société centrale d'Agriculture de la Seine, et de la Société royale d'Agriculture, Sciences et Arts du Mans, il composa une foule de « Mémoires sur l'Instruction primaire, l'Agriculture, l'Histoire, la Chronologie, la Biographie ». Parmi ses travaux, il faut citer : des articles au Nouveau dictionnaire d'Aericulture de l'abbé
1. Le titre exact de cette brochure de 27 pages, tirée à liO exemplaires est le suivant : Souvenirs de la 77nssion, dédiée aux conquérants de la France, les R. R. P. P. Thelkel, irlandais, russe, polonais, allemand. Trévoux, llusé, Maufranc et Gonip. 1827.
Rozier : la légende de Roland, prince français ; une Dissertation sur rEpée. On lui doit encore: Mémoires sur la confrérie de Saint-Georges^ en Franche-Comté ; De la Beligion et du Clergé en France. 1797; Considérations sur l'Etat des finances du Royaume^ 1814.
En Agriculture, il développa la culture des arbres fruitiers, presque inconnue avant lui dans son canton, et la diffusion du trèfle dans ses métairies de Marchenoir.
Tout cela dénote un esprit singulièrement actif.
11 mourut à 86 ans, le 17 septembre 1839 ayant eu cinq enfants : Augustin, né le :20 août 179^, mort en octobre 1794; Onésime, né le 10 janvier 1796, décédé à Paris le 16 octobre 1810. Onésiphore, né le 25 novembre 1801; Odile née le 24 août 1784 et Osmaine née le 4 décembre 1786, qui prit son prénom du nom d'une terre du marquis; elle épousa M. de Phillemain.
C'est par Onésiphore ' que se poursuit la