V. La nouvelle galerie de paléontologie
Sur la demande de M. Frémy, qui dirige avec tant de dévouement le Muséum d^histoire naturelle, on a établi dans la cour de la Baleine une galerie provisoire pour placer les grands squelettes des animaux fossiles. Malgré la simplicité du local, le rassemblement de ces spécimens du vieux monde est pour notre pays une nouveauté qui excite un vif intérêt \
Le premier squelette qui se présente en entrant dans la galerie de paléontologie est celui du Megatherium Cuvieri, Il est étrange avec ses jugaux descendants, ses dents prismatiques, sts doigts crochus, son train de derrière massif. Sir Richard Owen a émis l'opinion que cet Edenté, étant trop gigantesque pour monter dans les arbres, détachait leur racines avec ses énormes grilïes, puis, que,s'appuyant sur ses membres de derrière et sa queue, il embrassait leur tronc avec ses membres de devant, et le renversait à terre pour dévorer les fruits et les feuillages. Je pense que la vue de notre squelette de Megatherium, très habilement monté par le D"" Sénéchal, confirme la supposition de l'illustre associé de l'Académie des sciences.
^ Voyez le frontispice.
b UiNi V KK^l'l Y
UFuR^*'u:'^^
TTT-
FiG. 41. — Essai de restauration du squelett D'après les pièces découvertes par LauriUard dans le miocène
Tî, Gers (galerie de piEiontoli^ie
^ ^"F Lj.v.
V^^^^^fisiiV)
ORNIA-
l «^^A/Vi/
^-."'ORNIA.
^'^- 'f'OHNiA.
Derrière le Megatherium, se dresse le squelette de VElephas meridionalis, découvert dans le pliocène de Durfort (Gard) par MM. Cazalis de Fondouce et Ollier de Marichard. 11 surpasse les squelettes des plus grands Mammouths et des Mastodontes. Il a été trouvé en' place tout entier ; ses os, très friables, risquaient de tomber en poussière, mais Thabile mouleur du Muséum, M. Stahl, les a enduits de blanc de baleine au fur et à mesure qu'on les extrayait, et ainsi on a pu les amener à Paris. Le squelette a été monté sous la direction de notre regretté confrère, Paul Gervais ; jusqu'à présent, il était dans un laboratoire de la rue deBuflfon,où le public ne pouvait pas le voir.
VElephas meridionalis diffère du Mammouth non seulement par sa plus grande taille, mais aussi par son menton plus saillant, ses défenses moins courbées, ses molaires à lames plus larges, plus éloignées, couvertes d'un émail plus épais. 11 est vraisemblable qu'il a vécu dans un climat chaud et qu'il n'avait pas une épaisse fourrure, comme le Mammouth des temps quaternaires.
Au fond de la galerie, derrière VElephas meridionalis y nous avons mis le squelette du Mastodon angustidens, (fig. 41) qui a été restauré avec les os trouvés dans le miocène moyen de Simorre (Gers) par Lartet et Laurillard. 11 semble petit auprès de VElephas meridionalis. Il est moins grand que les squelettes du Mastodon
28o LA PALÉONTOLOGIE AU MUSEUM
amerkanus des musées américains et du British Muséum; mais il est d'un vif intérêt, parce qu'il est d'une date géologique bien plus ancienne et qu'il présente le type Mastodonte par excellence. 11 diffère 'plus des Eléphants que le Masiodon amerkanus : sa tête et l'ensemble de son corps sont moins hauts et plus allongés proportionnément, les molaires sont plus mamelonnées, la mâchoire inférieure porte des défenses.
De chaque côté du Megaiberium, nous avons placé des squelettes de Glyptodon (fig. 42 et 43) qui ont été, comme lui, trouvés par Seguin dans les pampas de la Confédération argentine.
L'un d'eux (fig. 42) est monté sans carapace, de manière à laisser voir les singulières dispositions de ses os.
L'autre (fig. 43) est recouvert de sa carapace. On croit avoir trouvé la preuve que les hommes primitifs, ne rencontrant pas dans les pampas des grottes où ils pussent se réfugier, se sont servis des carapaces des Glyptodons pour se former des abris.
D'un côté de l'Eléphant de Durfort, le squelette du Cervus megaceros mâle se présente avec ses bois immenses.
De l'autre côté, en face, il y a celui de sa Biche, qui est un peu moins grande et est dépourvue de bois. Ces squelettes proviennent des terrains quaternaires
d'Irlande. 11 est vraisemblable que les Cervus megaceros ont vécu dans Tâge interglaciaire, et qu'ils ont, comme aujourd'hui l'Élan, habité les campagnes où la végétation forestière avait encore pris peu de développement.
A côté du Cervus megaceros, on remarquera deux Tortues de terre, Testudo Grandidieri, que M. Grandidier a rapportées de Madagascar ; nous avons pu en assembler les débris de manière à rétablir leur forme. Elles surpassent de beaucoup la Testudo elephantina, qui est la plus grande Tortue terrestre actuellement vivante.
Nous avons disposé sur deux tables des restaurations de Reptiles :
L'un de ces Reptiles est le Pelagosaurus typus du lias de Curcy, qui a été reconstruit par M. Eugène Deslongchamps et que Ton a pu admirer au Champ-de- Mars, lors de l'Exposition universelle de 1878.
L'autre est le Crocodilus Ratelii (Diplocynodon). Le squelette a été monté avec des os que M. Alphonse Milne Edwards a recueillis, lors de ses belles recherches à Saint-Gérand-le-Puy. M. Fischer a agencé ensemble, non seulement les os de l'endosquelette, mais aussi une partie des écailles, de sorte que cette pièce est une vraie curiosité paléontologique.
Un des plus importants échantillons de notre nouvelle galerie est un immense bloc de çierve da^^s Xfôo^'^
le squelette presque entier d'un Palœotberium magnum s'est conservé (fig. 44). Ce bloc a été découvert par M. Gaston Vasseur dans un couloir souterrain d'une carrière de plâtre, à Vitry-sur-Seine ; il a été donné par
Fig. 45. — Restauration d'un Palœotberium, par Cuvicr. Au 1/30 ejîviron de grandeur.
M. Fuchs, ingénieur civil, propriétaire de la carrière d'où il a été tiré.
Le squelette du Palœotherium magnum de Vitry offre une preuve du génie de Cuvier, car il ressemble beaucoup à la restauration du squelette que ce naturaliste a dessiné en n'ayant à sa disposition que des os isolés (fig. 45) ; à ce titre, il est particulièrement précieux pour les savants français.
, NOUVELLE GA^EKffi
Je pourrais citer encore :
Un squelette entier d'Ursus spelœus (fig. 46) de la grotte de i'Herm (Ariège), qui a été monté et donné par M. Filhol, directeur du musée de Toulouse;
Quatre squelettes des grands Oiseaux fossiles de la Nouvelle-Zélande ;
'10. 46. - TfM do l'Oun
Un squelette à'khthyosaurus, dans le ventre duquel on voit un petit qui occupe la position habituelle chez les Vivipares, le museau près de l'anus et la queue placée en avant;
Une magnifique pièce d'un Mystriosaurus du lias du Wurtemberg, qui provient de la collection du biïç.'\ 4a.
Ponsort et a été donnée, en 1854, au Muséum par r Académie des sciences; une plaque d'Aix, en Provence, sur laquelle on peut compter près d'un millier de petits Poissons bien conservés, avec leurs yeux qui se détachent en noir.
Des os du Dinotherium de Pikermi, encore plus grands que ceux de TEIéphant de Durfort ; plusieurs autres pièces de Proboscidiens, de Pachydermes, de Ruminants, etc.
Parmi les acquisitions^ plus récentes, je citerai :
Un squelette de Scelidotherium (fig. 47), trouvé sur les bords du Rio de la Plata près de Buenos Aires. C'est un Edenté plus petit que le Megatherium, mais proportionnellement aussi trapu et aussi fort, remarquable par la largeur de ses fémurs qui lui a valu son nom générique.
Un squelette àOJrsus spelœus de petite race trouvé dans la grotte de Gargas en compagnie d'une multitude de débris de Loups, à'Hyœna crocuta et d'Ursus spelœus de grande race. 11 a été donné au Muséum par le savant qui l'a découvert, M. Félix Regnault.
Des squelettes entiers à'Actinodon, un reptile qui a vécu dans notre pays à la fin des temps primaires; ces échantillons sont les spécimens les plus complets des
* C'est grâce à un legs du professeur Serres que plusieurs de nos plus belles pièces ont été acquises ; nous devons une grande reconnaissance à cet éminent bienfaiteur de la paléonto\og\e .
2 '«^ ho "fS
■il
Va
■ OQ
LA NOUVELLE Galerie 287
Quadrupèdes primaires qui aient été signalés jusqu'à présent. M. Bayle les a recueillis en exploitant les schistes bitumineux des environs d'Autun,
Un bâton de commandement, avec de belles gravures, donné par M. Paignon qui l'a retiré de la grotte
de Mongaudier où il gisait à côté d'ossements d'animaux quaternaires : Renne, Ours, Mammouth, etc.
Enfin, on ne regardera pas sans étonnement les moulages de crânes étranges et énormes du Megalania et du Diproiodon d'Australie, de V Elasmotherium de Russie et des Dinoceras trouvés da>t\s \es WoWci.-^'îL'ï,
Rocheuses par M. Marsh. La figure 48 représente une de ces têtes, munie de trois paires d'appendices cornus.
Assurément, notre nouvelle galerie est bien insuffisante. II faut espérer qu'un jour viendra où le Jardin des plantes aura un grand musée de paléontologie. Celui qui écrit ces lignes n'est peut-être plus assez jeune pour qu'il puisse avoir une bien ferme espérance de travailler à l'installation définitive de ce musée. Qp'on me permette, en compensation de me le représenter en rêve, et de chercher de quelle manière on devrait le disposer.
Comme je pense que la vie s'est continuée à travers tous les âges, formant des enchaînements depuis ses premières manifestations jusqu'aux épanouissements des temps actuels, je voudrais que le musée de paléontologie eût la forme d'une longue galerie où l'on suivrait sans interruption les séries des êtres fossiles. 11 faudrait que toutes ses parties fussent en pleine lumière, parce que dans chaque terrain, nous avons des fossiles curieux qui ne sont représentés que par des empreintes difficiles à voir et à comprendre.
A l'entrée de la galerie, on placerait des spécimens des terrains archéens. Si, ainsi que la plupart des géologues
le croient en ce moment, les Eo^oon doivent être retran-
chés du nombre des corps organisés, leur place sans doute ne restera pas longtemps vide. Les savants qui adoptent la doctrine des évolutlous du monde organique
doivent s'attendre à trouver des fossiles plus anciens que ceux du cambrien, car ceux-ci ne sont pas assez simples pour qu'on puisse les considérer comme représentant le commencement de la vie.
Les premières vitrines, renfermant des corps incontestablement organisés, seraientactuellementcellesdes temps cambriens ; on y verrait des organismes problématiques, tels qu' Oldhamia, quelques animaux inférieurs, des Lingules et autres Brachiopodes, des Trilobites, notamment des ParadoxideSy qui furent les princes de ces âges reculés. »
Après les fossiles cambriens, nous placerions ceux du silurien. Nous pourions disposer une singulière série des empreintes appelées Bilohites, Vexillum, etc., sur lesquelles les discussions de notre éminent compatriote, M. de Saporta, avec le botaniste suédois, M. Nathorst, ont attiré l'attention des géologues. Des collections de Cœlentérés, deCrinoïdes, deBrachiopodes, de Mollusques et surtout de Céphalopodes, de Trilobites, de Mérostomes, montreraient que, dès les temps siluriens, le monde organique, bien que peu avancé encore, avait déjà une grande beauté et une curieuse diversité.
A l'époque du dévonien, on voit se développer, à côté d'Invertébrés assez voisins de ceux du siludetv, \s.s»
Albekt Gmcdry, Ane, de nos anim. xc)
premiers Vertébrés ; ils sont sous la forme de Poissons. 11 serait intéressant d'avoir une collection un peu complète de ces premiers Vertébrés, dont quelques-uns avaient certaines apparences deCrustacés. Pterichthys, Coccosteus, Cepbalaspis, Didymaspis, etc. méritent l'attention des naturalistes qui tâchent d'étudier les débuts du type vertébré.
En laissant les vitrines du dévonien, on arriverait à celles des temps carbonifères et permiens. Ces âges ont vu le règne des cryptogames qui formaient de grands arbres ; la terre a porté des manteaux de forêts successives dont les débris ont constitué le charbon de terre. Les Invertébrés ont eu encore beaucoup de ressemblance avec ceux des époques précédentes ; cependant les Trilobites sont devenus rares. Les Poissonsn'ont plus les formes étranges de plusieurs de ceux du dévonien; on commenceà pouvoir reconnaître en eux les lointains ancêtres des Poissons actuels. Un important progrès est marqué par le développement des Reptiles ; mais plusieurs de ces Reptiles sont des Vertébrés incomplets, en ce sens que l'ossification de leurs vertèbres n'est pas achevée.
En continuant à avancer dans la galerie de paléontologie, on entrerait dans le secondaire, et tout d'abord on verrait le trias : les plantes gymnospermes se multiplient ; )es Invertébrés marquent de notables changements, la
plupart des formes anciennes ont disparu, et des formes nouvelles apparaissent, les Ammonites commencent leur règne. Les Reptiles labyrinthodontes de Tère primaire se continuent; mais ils sont devenus gigantesques, l'ossification de leurs vertèbres est terminée ; les écailles de leur bouclier ventral, inutiles pour défendre ces êtres puissants, ont disparu. A côté d'eux surgissent les majestueux Dinosauriens terrestres (Zanclodon), les Reptiles nageurs des mers (Nothosaurus , Simosaiirus , Placodus). On ne sait pas comment étaient faits les Oiseaux du trias. Quelques débris de rares et petits Mammifères (Microlestes, Dromatherium) ont été trouvés hors de France. Pour comprendre combien une collection du trias peut être curieuse, il faut aller voir le musée de Stuttgart.
Après le trias, vient le lias, avec ses légions de Bélemnites et de charmantes Ammonites, avec ses Pentacrines qui justifient si bien leur nom de lis de mer. Dans la galerie de géologie, nous avons une plaque magnifique où plusieurs Pentacrines semblent encore dans l'état de vie ; cette plaque est du lias. Les Vertébrés du lias ne sont pas moins curieux que les Invertébrés ; ils sont partout et montrent un grand progrès dans le monde organique : les Dinosauriens sont représentés par le Scelidosaurus ; les Reptiles volants, parle Dimorphodon; les Reptiles nageurs, par les IcUhyosaMxni ,\t% ?les\o^au-
rus, types spéciaux au secondaire, et en même temps par les Téléosauriens, types prophétiques qui annoncent les Gavials actuels. Dans la galerie provisoire qu'on vient de nous construire, nous avons quelques Téléosauriens et des Icbtbyosaurus y notamment un individu avec un petit dans son ventre; mais cela n'est rien comparativement aux collections magnifiques des Reptiles du lias que possède le British Muséum.
A rage du lias a succédé celui de Toolithe : c'est le temps où la terre ferme s'est couverte de cycadées entre lesquelles se promènent de terribles DinosauriensCAfc^dflosaurus) et de chétifs Mammifères (Spalacotberium, PlagiaulaXy etc.). Les Reptiles volants (Pterodactylus, Ramphorhynchus) se multiplient. Les Oiseaux ont en grande partie perdu leurs caractères reptiliens (Arcbœopteryx). Les mers ont beaucoup d'animation : la plupart des Poissons, à mesure qu'ils ont ossifié leur colonne vertébrale, se sont débarrassés de la cuirasse d'écailles ganoïdes qui avait protégé leurs ancêtres ; leur agilité n'est plus contenue. Les Ammonites ont laissé leurs parures du lias pour en prendre d'autres non moins séduisantes ; on voit les Mollusques les plus variés, des récifs de Polypiers, des entrelacements d'Apiocrinidés entre lesquels sont des Oursins dont M. Cotteau nous a montré la diversité ; enfin les Foraminifères de l'oolithe si petits et si jolis, sur lesquels les travaux de Terquem
et de M. Schlumberger ont jeté tant de lumière, révèlent la beauté de la nature jusque dans ses détails. Je pense que chacun de nous éprouverait quelque plaisir devant des vitrines où il pourrait admirer les reliques de l'âge oolithique. Actuellement il faut aller visiter le musée de Munich pour s'en faire une idée.
Le néocomien (y compris Taptien) nous montrerait un monde non moins animé que l'oolithe. Les étonnants Iguanodon du musée de Bruxelles proviennent de ce terrain. La France est très riche en Invertébrés néocomiens; c'est là surtout que Ton trouve les curieux Requienia, Monopleiira^ les Belemnites plates, les Ammonitidés qui commencent à se dérouler pour former ScaphiteSt Crioceras, Heteroceras, Toxoceras, Hamulina, Baculina, etc.
En remontant la série crétacée, on arriverait au gault, puis aux craies dont les fossiles sont si beaux et si répandus en France qu'il serait facile d'en former de superbes collections. Les Ammonites les plus ornées et qui avaient atteint le maximum de faille, les Hippurites, les Sphcerulites, les Radioliles qui pullulaient, les gigantesques Iguanodon, les terribles Mosasaurus, les khtbyosaurus et les plus grands Pterodadylus ont disparu à la fin du crétacé, et en entrant dans le tertiaire nous ne les trouverons plus. L'exameu de^ c<^\V^cNk>>\v^
paléontologiques montre que souvent les créatures qui ont eu leur plus magnifique épanouissement ont été les plus proches de leur déclin.
En continuant à parcourir notre galerie, nous atteindrions aux âges tertiaires et d'abord à celui de Téocène. Nous aurions quelques échantillons de plantes pour annoncer que Téocène a vu le règne des phanérogames apétales. On constaterait que les Invertébrés éocènes appartiennent pour laplupart aux mêmesgenres que ceux de notre époque. 11 faudrait avoir des tables assez spacieuses pour exposer les charmantes coquilles du bassin parisien, afin de permettre aux nombreux géologues qui font des courses dans nos environs de pouvoir déterminer leurs fossiles. Nous placerions à côté notre plaque de Palœotherium de Vitry et bien d'autres Vertébrés, notamment ceux du gypse de Montmartre, que le génie de Cuvier a rendus célèbres.
La partie de notre galerie consacrée au miocène serait la plus importante, car l'époque miocène a vu l'apogée du monde organique : c'est le temps où commence le règne des fleurs ; les fleurs attirent les Insectes qui, | à leur tour, attirent les Oiseaux. Les Mastodontes et les Dinotherium apparaissent. A côté des Proboscidiens, il y a des Édentés comme VAncylotberium, des Ruminants comme rj-felladotherium , desCî^xmvoves comme le Mâchai-
rodus. Le Singe anthropomorphe appelé Dryopitbecus marque un perfectionnement inconnu dans les âges antérieurs. En même temps, le développement des grands troupeaux des Hlpparion, précurseurs de nos Chevaux et ceux des Antilopes, donnent au monde une animation qui contribue à sa beauté. Le rassemblement des débris de tous ces êtres du miocène, dont nous possédons déjà de riches collections, donnerait une idée de la puissance de la nature que l'époque actuelle ne peut offrir.
En laissant les vitrines du miocène pour arriver au pliocène, nous constaterions une diminution dans le monde animal ; pourtant le temps pliocène a encore sa grandeur, car c'est de ce temps que date notre Eléphant de Durfort (Elephas meridionalis).
De l'ère tertiaire, nous passerions aux âges quaternaires, si intéressants pour l'étude des développements de l'humanité ; nous verrions :
L'âge du Mammouth où l'Homme, armé de silex taillés et non encore polis, a lutté contre des bêtes terribles;
L'âge du Renne où l'Homme victorieux a commencé à être artiste^ s'exerçant à sculpter les bois des Rennes;
Enfin, l'âge des cités lacustres, où l'Homme, devenu laboureur, a cultivé le premier blé, la çvevc\vèx^<^\'^A'^
premier lin. Il nous serait aisé de mettre de nombreux spécimens de ces différents âges.
J'aimerais que, pour terminer notre galerie, on plaçât une statue représentant une figure humaine, figure douce et bonne, figure d'artiste et de poète, admirant dans le passé la grande œuvre de la Création et réfléchissant à ce qui pourrait rendre le monde encore meilleur.
Je termine mon rêve de l'arrangement d^un Musée de paléontologie. Je ne sais quel jour ce rêve deviendra une réalité. Mais ce que je sais bien, c'est que ce jour-là nos esprits auront de sublimes jouissances; ce ne sont pas seulement les naturalistes qui seront satisfaits, ce seront aussi, je pense, les artistes et les philosophes.