LE CHOU TU
que les violes de la Renaissance. 11 est donc fort probable, môme certain, qu'aucun cban<^ement n'y avait été apporté de[)uis le vi° siècle, et (\uc la disposition des cordes était la môme qu'au temps des anciens bardess gradés.
Selon Fétis, les cordes basses du crouth étaient destinées à être pincées à vide, avec le pouce de la main gauche \ Il avait sans doute Fondé son opinion d'après la dernière phrase de Grulïydd Davydd ab Ilowel, que l'on connaît déjà : (( Et les deux autres sont pour le pouce » ; phrase (pii manque de clarté.
Certes, les vyrdons ne pouvaient être actionnés avec les doigts pour en changer l'intonation, et devaient toujours sonner à vide; mais rien, à notre avis, n'empêchait qu'ils fussent mis en vibration avec l'archet, puisqu'ils passaient sur le chevalet près des quatre autres cordes.
Or, Daines Barrington dit que ce chevalet était plat :
(( Le pont du orouth est parfaitement plat'. »
W. Bingley répète la même chose :
a Les cordes sont toutes supportées par un pont plat au sommet, et non pas convexe comme celui du violon \ » .
Si le fait est vrai, et tout porte à le croire, ces deux auteurs ayant vu les instruments qu'ils décrivent, l'archet devait forcément toucher toutes les cordes à la fois, et il devenait inutile, sinon impossible, d'en pincer une ou deux en même temps qu'on les frottait avec l'archet.
Edward Jones est un peu moins affirmatif :
« Le pont de cet instrument, dit-il, diffère de celui du violon, en ce qu'il est moins convexe dans le haut'. »
Mais sur le dessin qu'il donne, le haut du chevalet présente une ligne droite.
1. \'()y<»z Anlolne Siradiuaii al Histoire (jénérale de la inuait/ue^ l. 1\'.
•2. Tlic bridge of Ihe crwLh also is porfcctly flat. Archaeolùrjia, ouvrai,M^ (h'jà <:ilé.
3. Thèse (strings) ara ail supporLed hy a ])n(lge flat at tlie lop, and nol, as in the violin convcx. Norlk Wales, etc., t. II.
4. The bridge of Ihis instrnment difîert l'rom Ihat of a violin, in being less convex at the lop. Ouvrage déjà cité.
i8 m:s ancêtrks Dr vioi.on
On voit que son texte ne s'accorde pas avec son dessin. Toutefois, si Ton ne voulait, à la rigueur, considérer que le ])remier seulement comme exact, on conviendra avec nous qu'il était tout aussi facile de faire sonner les vyrdons avec l'archet que de les pincer avec le pouce, et que l'exécutant restait toujours le maître de s'en servir selon son gré.
Reste à savoir ce que Gruffydd Davydd a voulu dire. N'oublions pas qu'il était poète, et admettons qu'il a pu sacrifier à la rime ou à l'élégance de sa phrase, plutôt que de mal interpréter son texte.
Comme conséquence de son dire, Fétis a donné une table d'accords se faisant sur le crouth, où l'on voit la première corde combinée avec la cinquième pour obtenir :
i' et 5' Cordes.
(le ré se fait par le doigté et le sol à vide). N'insistons pas.
Tout porte à croire que les combinaisons harmoniques employées sur le crouth se composaient uniquement de quartes, de quintes et d'octaves, faciles à obtenir en doigtant. De sorte, que les bardes pratiquaient déjà, au vi' siècle, rharmonie grossière qui a porté le nom de diaphonie pendant le Moyen Age. Les bardes occupent aussi une place non moins grande dans l'histoire de la poésie; c'est à ceux de l'Armorique que l'on est redevable des ials^ qui sont devenus des modèles pour les poètes des autres nations.
Quoique le crwth trithant fût encore usité à la fin du xvni" siècle, on ne sait rien de son accord. Les auteurs anglais ont sans doute négligé de le faire connaître, parce qu'il devait être imité de l'accord du crouth à six cordes.