X INTRODUCTION
quels ceux de Tlnde ont toujours été en communication? Cela paraît bien invraisemblable.
En tous cas, jusqu'à ce jour, il n'existe pas d'autre preuve de l'antiquité du ravanastron que la légende, et, en Orient, tout tient du merveilleux.
Pour les Indiens, c'est Brahma lui-même et Seresswati, déesse de la parole, qui ont inventé la musique. Leur fils, le dieu Narada, a complété leur œuvre par l'invention du vina, curieux instrument à cordes pincées, fait d'une tige de bambou et de deux calebasses remplissant la fonction de caisses sonores. Non seulement les instruments y sont toujours d'origine divine, mais la musique y produit les effets les plus extraordinaires.
Les ragas^ ou chants, composés par le dieu Mahedo et la déesse Parbutéa, sa femme, ont tous un pouvoir magique. — Lorsque Mia-tusine, chanteur fameux du temps de l'empereur Abker, faisait entendre le raga de la nuit, aussitôt le soleil disparaissait et l'obscurité la ])lus profonde régnait aussi loin que le son de sa voix pouvait s'étendre. — Le raga iVheepnck possédait la funeste propriété de consumer celui qui l'interprétait. Le malheureux Naik-Gopaul, obligé par l'empereur Abker de chanter cet air, étant plongé jusqu'au cou dans la rivière Djemmah, ne l'eut pas plus tôt commencé que des flammes sortirent de son corps et le réduisirent en cendres. — Mcàd mulaar rang est le nom de la mélodie qui avait le don de faire pleuvoir abondamment; on raconte qu'une jeune fille étudiant ce chant attira de nombreux nuages et fit tomber une pluie douce et bienfaisante sur les rizières du Bengale. Avait-elle la voix juste? Hum! C'est
1. Le mot raga signifio iino pns;iiion. une affection de l'âme.
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depuis cet événement, sans doute, que Ton dit h une personne qui chante faux : Vous allez faire pleuvoir!
Selon les auteurs grecs, Orphée apprivoisait les animaux féroces aux sons de sa lyre, et les chants d'Amphion bâtissaient des murailles; mais tout cela paraît bien pâle en comparaison de la puissance attribuée aux anciens chants de rinde*.
En Chine, la musique n'évoque pas la nuit, le feu et Teau; la Grande Muraille n'y a pas été bâtie par des chants; mais on a le soin, à ce que dit Amiot, d'allumer des bâtons d'odeurs avant de jouer du kin \ et de les laisser brûler pendant toute la durée du concert. De sorte que les sons de cet instrument, savamment combinés avec les parfums, procurent une douce quiétude, dissipent les ténèbres de l'entendement et calment les passions; seulement, il n'y a que les hommes
1. Un des modes grecs, appelé dorien, avait entre autres propriétés celle d'inspirer la chasteté. On raconte que lorsque Agamemnon partit pour le siège de Troie, il laissa un musicien dorien auj)rès de Clytemnestre. son épouse, pour l'entretenir dans la continence. Le prince Egisthe, qui en était devenu passionnément amoureux et qui la trouvait inflexible, reconnut bientôt que c'était lefTet des chants du musicien dorien qui élevaient chaque jour un mur de chasteté entre elle et lui. Cette découverte fut fatale à ce pauvre homme, le prince Egisthe le fit empoisonner et le remplaça adroitement par un musicien très habile dans le chant myxo-lydien. Or, le chant myxo-lydien est un mode perfide et insidieux; devant lui, la vertu fond comme la glace au soleil. Plutarque en parle dans son Trailé de Vamoiir.
Ainsi attaquée, Clytemnestre se trouva sans défense, et il devint facile à Egisthe de la rendre sensible; ce fut TafTaire de quelques airs et de quelques jours de régime myxo-lydien. La pauvre Clytemnestre succomba.
F. Halevy, auquel nous empruntons cette anecdote (Souvenirs et Povlrails, t. I, p. 106-107), dit encore : « En général, les jeunes gens bien faits, dont l'œil est doux et la taille bien prise, ont du myxo-lydien; il faut s'en défier, monsieur, et encore, dans ceilains cas, les chants les plus doriens du monde n'y ])Ourraientrien. » « Anne de Boulen, femme d'Henry VIIL roi d'Angleterre, savait trop bien chanter pour être sage. Elle avait une intrigue amoureuse avec son musicien Smetton ce qui se voit assez souvent). Ce monarque, qui n'entendait pas raillerie, fit trancher la tète à la pauvre femme. Quant à Smetton, il fut tout simplement pendu et coupé par quartiers. Tout cela était probablement encore un tour du myxo-lydien. >>