G. Kastner. Danses des Morts
(V.lissrs; (»l ('(^In, ;i|)rrs ,iv(ur décrit séparément la forme de ces deux insti'iimenls.
A. \ idal pense que rori^^iiic du vrluH', vient prohahlemcnt de rOricnl : « Le rahel), dit-il, fjui a ('dé a|)porté pai* les Maiir(*s (Ml Espat^ne, lors de la eoncjuétc, vers le commeneemenl du viii' siècle, n'est autre chose que le rebecV » Et dans un renvoi, il ajoute :
« Don Ant. Rod. de llita indicjue parmi les instruments usités par les Espagnols au Moyen Age : « el rave gritador a con su alta nota », et plus loin : « el rabé morisco ». Le rave gritador n'est évidemment que notre rebec « dur et sec ». Quant au rabé morisco, c'est, à n'en pas douter, le rabeb arabe. Ce mot de rabé s'est conservé en Espagne à travers les siècles, car, aujourd'hui encore, certaines peuplades de la Catalogne appellent le violon « rabaquet ». [Hisloria de la muska espagnola desde la vcnedia de las Fenicios^ hasta el aTw 1850. Por Mariano Fuertes, Madrid, 1855.)
G. Chouquet fait aussi descendre le rebec du rebab^ Fétis affirme que l'archet nous vient de l'Inde et que le rebec est d'origine orientale.
Nous nous sommes suffisamment expliqué sur ce sujet dans l'introduction de cet ouvrage, nous n'y reviendrons pas. Cependant, nous tenons à faire remarquer qu'en établissant des rapprochements entre le rebab sans éclisses des Orientaux et le rebec, on a déplacé la question. Le rebec étant une imitation ou plutôt une continuation de la lyra, c'est donc entre celle-ci et le rebab qu'il faudrait d'abord établir des points de comparaison; car l'on ne se rapprochera de la vérité qu'en remontant jusqu'à l'ancêtre européen du rebec. Or, qu'on le veuille ou non, la rubèbe ou le rebec a eu la lyra pour prédécesseur en Europe, et le lecteur n'aura qu'à se reporter au chapitre qui est spécia-
1. A. Vidal. La lutherie et lefi luthiers, p. 2. Le mémo passage existe aussi dans Les Instruments à archet, du môme auteur.
2. G. Chouquet. Musée du Conservatoire national de musique, Paris, 1884.
lement consacré à ce dernier instrument , pour se faire une opinion sur ce point.
Un des médaillons sculptés d'une petite frise de la fin du xï" siècle ou du commencement du xn% provenant de l'ancienne chapelle du vieux château du Gros-Chigy, et utilisé aujourd'hui dans l'encadrement de fenêtre d'une ferme de la
commune de Saint- André - le - Désert (Saône-et-Loire), dépendant du château actuel, offre une représentation de la rubèbe. Cette sculpture très sommaire n'est intéressante que par la manière dont le personnage tient l'instrument qu'il joue, et qui est la même que celle adoptée de nos jours pour le violon.
Nous ne faisons que signaler les trois rubèbes à deux cordes, qui sont au nombre des instruments à archet du portail de l'église de Moissac ; car elles ne diffèrent que par le nombre de leurs cordes avec les lyra que nous avons déjà reproduites.
L'ange qui se voit à droite, sur le beau tableau de David Gérard, La Vierge et les saintes^ du Musée de Rouen, joue d'un rebec qui peut être considéré comme un parfait modèle
RUBEBE
Ancienne chapelle du vieux château du Gros-Chigy (Saônc-et-Loire), xii<^ siècle.
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de cet inslniineMl. Il iTy <i pas de inanclie; la caisse, dont le fond est arrondi, se prolonge en se rétrécissant jusqu'au cheviller, renversé et recourbé, rjui est garni de trois clievill(\s placées sur les cotés comme cc^lles du violon. Les trois cordes sont attachées ;i un c^ordier et passent sur un chevalet dont les deux pieds l'eposent sui- la table, en arrière des deux ouïes découpées en C presque droits tellement ils sont ouverts. La touche, aussi large que la caisse h la(iuellc elle adhère sur les côtés, est décorée d'une rosace; de plus, elle s'avance assez loin au-dessus de l'instrument et forme ainsi une double table. Ce détail si caractéristique est particulier au rebec et h la gigue; on le remarque sur la plupart de leurs représentations; du reste, l'instrument donné ici est assez petit, on pourrait même le prendre pour une gigue si ce n'était sa largeur.
Cette peinture offre encore un grand intérêt, car l'archet est tenu de la main droite par l'ange musicien à peu près comme l'on tient aujourd'hui
celui du violon. Son pouce appuie contre la hausse au lieu de presser la baguette; quant à ses autres doigts, ils sont élégamment arrondis au-dessus de la baguette ainsi qu'on le fait de nos jours.
La main gauche de l'exécutant mérite aussi d'être étudiée; le médius appuie à plat sur la chanterelle, et le pouce a l'air de remplir le même office sur la troisième corde.
La Vierge et les Saintes
David Cxérard (1450 + 1530).
Muséo de Rouen.
ij:s ancêtres du violon
Dans son tableau Le covronnemeni de la Vierf/e^ qui est au Musée du Louvre, Fra Angelico a peint deux anges musiciens qui accompagnent les anges chanteurs en jouant,
IIEBEO
Le Couronnement de la Vierge. Fra Ang-elico (xve siècle). Musée du Louvre.
l'un d'une viole, que nous donnerons plus loin, et l'autre d'un rebec. L'instrument, de coupe très élégante, est vu de dos. Le fond rappelle, par sa forme, celui d'une barque. Les côtés absolument droits de la caisse sont gracieusement échancrés à chaque extrémité. Le cheviller, recourbé, con-
LA ituin<i{K KT LI-: iu:i;h(:
lieiil deux cli(^vill(\s j)lacces de face. L'archet, assez long, n'a |)as de liaussc, ou j)Iiil(H celle-ci est ligurée par un nœud ou un rcnllenient du bois; il est tenu [)ar le pouce et Tindex. La posilion de la main gauche est excellente, le pouce n'appuie pas sur la louche, mais contre la partie de Tinstrunienl (pii sei'l de manche.
Parmi les nombreux ménétriers (jui sont représentés dans la Danso macabre^ il en est un qui joue du rebec' et
C H A L U M i: A U K T REBEC
Danse niacab/c. Manuscrit du xV siècle. Bibliothèque nationale.
frotte consciencieusement son archet sur la table de son instrument, laquelle est veuve de ses cordes ainsi que de tous les autres accessoires. Le squelette musicien n'a pas l'air de s'émouvoir pour si peu, il cherche à entraîner son compagnon, qui s'en va en sens inverse tout en soufflant dans un chalumeau.
« L'idée des squelettes musiciens, dit Kastner, placés en tète des rondes funèbres, le plus souvent sur une estrade
l. K.'isliirr ;i i»ii- cet iii>liiimciil intui- une izii^iK'. nous pensons (jue cette clas- <ilir.ilion ne lui est pas applicable à cause de la lariifeur de sa caisse.
14^2 LKS ANCÊTRES DVj VIOI.O.N
auprès du charnier, fui probablement suggérée par la coutume, très répandue i)endant le Moyen Age, de pratiquer des jeux et des divertissements après les saints offices autour des églises, dans le lieu même qui servait d'asile aux morts. C'est là que les pèlerins récitaient des cantiques et des légendes, que les trouvères et les ménestrels fablaient et chantaient, que les jongleurs faisaient leurs tours d'adresse, que les marchands vendaient mille babioles, et que la jeunesse des deux sexes tenait de doux propos et dansait. Cette coutume ne fut, à la vérité, qu'une tolérance de la part du clergé, qui s'y opposa formellement toutes les fois qu'elle occasionna des abus et devint un sujet de scandale. Le Manuel du péché^ composé, à ce que l'on croit, au xiif siècle, par l'évêque Grosthead, et cité par Douce, proteste contre cet usage dans les vers que voici :
Karoles ne lutes ne deit nul fere En seint église, ki me voit crere; Kas en cimetière Karoler Utrage est grand u lutter.
« Mais la force de l'habitude l'emporta sur les exhortations et les remontrances. Ce fut en vain que l'autorité ecclésiastique essaya, par des mesures plus rigoureuses et par des défenses réitérées, d'abolir cet usage, qui, loin de s'affaiblir, se perpétua de siècle en siècle^ »
Kastner ajoute, dans un renvoi, que le concile d'Exeter, tenu en Angleterre en 1287, ordonne aux curés de ne point souffrir, dans les cimetières, l'exercice de la lutte, des danses et autres jeux, surtout pendant la célébration des veilles ou des fêtes des saints ; que l'assemblée du clergé de France, tenue à Melun en 1579, défend les spectacles comiques et renouvelle l'ordonnance des anciens conciles de ne point jouer des comédies et de ne point danser dans les cimetières, et que le rituel de Cahors, donné en 1604