LES
INSTRUMENTS A ARCHET DE L'ORIENT
Notre élude ne serait pas complète si nous ne présentions aussi les instruments à archet de l'Orient, et cela afin de permettre au lecteur de se rendre compte, en les comparant avec ceux de l'Europe que nous venons de décrire, s'ils n'ont pas exercé une influence, aussi petite soit-elle, sur la construction du violon et du violoncelle.
Assez nombreux, ces instruments se résument à deux types principaux: 1° les tambourins à manche, imités des tambourins à cordes pincées, qui pullulent en Orient; 2° ceux dont la forme rappelle des petites barques, ou des sabots, lesquels n'ont généralement pas de manche.
Parmi les premiers, nous trouvons leravanastron de l'Inde, dont nous avons déjà longuement parlé dans Y Introduction de cet ouvrage, et qui passe pour avoir été inventé par Ravana, cinq mille ans avant l'ère chrétienne. De l'Inde, il s'est répandu en Chine, où il porte le nom de « r'jenn ».
Celui qui est reproduit ici a été rapporté du Tonkin par le général Bichot, et fait aujourd'hui partie de notre collection particulière.
Monté de deux cordes de soie, il mesure :
Longueur totale de l'instrument. . o™,44o Hauteur de la caisse ou tambourin. om,no Diamètre du tambourin om,o55
C'est le ravanastron que les minstrels font entendre dans les Music-Halls sous le nom de violon-chinois, et que le plus souvent ils construisent eux-mêmes, vu sa grande simplicité.
Il ne se compose en effet que d'un tout petit tambourin, fait d'un morceau de bois creusé, et recouvert, à une seule de ses extrémités, par une peau de serpent tendue, qui remplit les fonctions de table d'harmonie. Le manche, tige de bois, carrée dans le haut à l'emplacement des deux chevilles servant à tendre les cordes, est arrondi ensuite jusqu'au tambourin, qu'il traverse de part en part et qu'il dépasse suffisamment pour qu'on puisse y accrocher les deux cordes, lesquelles passent sur un petit chevalet appuyé sur la peau, qui sert de table. Et c'est tout.
Pour le construire, les indigènes ne suivent aucune règle et se laissent guider par leur fantaisie. Ils se préoccupent fort peu de la quantité d'air que doit contenir la caisse, aussi trouve-t-on des ravanastrons de toutes dimensions, avec des tambourins plus ou moins grands, dont les bords sont près-
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que plats, comme ceux d'un tambour de basque. Parfois [la peau de serpent y est remplacée par une peau d'agneau ou de chevreau. Il est à remarquer que plus le tambourin du ravanastron est de grand diamètre, moins ses bords sont élevés.
L'archet du ravanastron est aussi primitif que l'instrument lui-même, et fait le plus souvent d'une simple tige de bambou un peu fine, à chaque bout de laquelle est attachée une mèche de soie, assez tendue pour lui donner la forme d'un arc.
D'une sonorité sourde et nasillarde, le ravanastron acquiert une certaine intensité de son lorsqu'il est de grand patron, et monté d'une seule corde; mais il faut que celle-ci soit en boyau et assez grosse.
La Uemàngeh persane, également connue des Arabes, qui la nomment « kemângeh a'gouz», est un instrument à archet du même genre que le précédent ; seulement, le tambourin, qui lui sert de caisse de résonance, ressemble à une timbale minuscule, c'est-à-dire que le fond y est plein et de forme arrondie, au lieu d'être ouvert comme dans le ravanastron.
Ordinairement faite avec une noix de coco vidée et coupée par le milieu, cette caisse est recouverte d'une peau quelconque, collée sur les bords extérieurs; et comme on ne pourrait pratiquer des ouvertures pour figurer les ouïes, dans cette table de cuir, sans qu'elle ne risque de se déchirer
PV
RAVANASTRON
jusqu'aux bords, on les a remplacées par des trous percés symétriquement dans le fond, et qui permettent à l'air contenu à l'intérieur de s'échapper chaque fois que la table fait pression en vibrant simultanément avec les cordes.
La pique en fer, placée au-dessous de la caisse, et perpendiculairement au manche, est utilisée à la fois par le musicien : comme point d'appui, et pour faire tourner la kemàngeh de droite à gauche, selon qu'il joue sur l'une ou l'autre des deux cordes; car il a l'habitude, paraît-il, de déplacer l'instrument et non l'archet.
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Ce n'est pas en dessous du manche, comme dans le ravanastron, que sont placées les chevilles de la kemàngeh, mais sur le côté, de même que dans les instruments européens modernes, et il y a aussi une ouverture, au milieu du cheviller, pour le passage des cordes.
Nous empruntons le dessin représentant un Arabe jouant de la « kemàngeh a'gouz » à Villoteau, qui l'a publié sous le titre de Joueur de riolon\ Accroupi, le musicien appuie la pique à terre, et tient l'archet assez délicatement. D'après la position de l'instrument, on prévoit qu'il le fera tourner, lorsqu'il voudra jouer sur l'autre corde.
Habituellement, on ne monte cet instrumeDt que de deux cordes; mais il n'y a rien de bien fixe à ce sujet, car il en existe un possédant trois cordes, deux en soie et l'autre en cuivre, dans la collection de M. A. Couesnon. Sa caisse est en bois de mûrier et divisée en tranches avec de l'ivoire. M. Lemaire, général directeur des musiques de S. M. le Schah, qui l'a rapporté de Perse, le nomme « kémantché2 ».
Il est bien évident que le ravanastron et la kemàngeh ont emprunté leur caisse de résonance aux instruments à percussion, et qu'ils ne sont en réalité que des tambours augmentés d'un manche et parfois d'une pique.
Le rebab africain et le sarôh de l'Inde procèdent du deuxième type, de celui qui est imité des petites barques et des sabots.
Ici, le corps sonore ne ressemble plus à un instrument à percussion; mais c'est tout de même un tambour, car on y
1. Villoteau. Description historique, technique et littéraire des instruments de musique des Orientaux, dans Description de l'Egypte, Paris 1809 et années suivantes, t. II, pi. E, fig. i.