OU VIOLE G 11 E G Q U E
Une bordure en écaille règne autour de cette table. Le cheviller, d'une forme grossière et bizarre, est terminé à son sommet par une arête aiguë. Il est creusé dans le bloc, à la profondeur de 3 centimètres, et percé de quatre trous pour les chevilles des cordes de boyau, lesquelles sont placées sur le devant, dans le plan de la touche. Ces chevilles sont fendues comme celles de nos guitares, pour y ajuster les cordes, lesquelles sont attachées à une queue semblable à celles des violons, s'appuient sur un chevalet, et vont passer par les trous d'une plaque en ivoire, incrustée au-dessus du sillet ; c'est par ces trous que les cordes sont introduites dans l'intérieur du cheviller, pour être attachées aux chevilles qui les tendent. Quatre cordes de laiton, fixées au-dessous de
K.EMANGEH KOl'MY DE FORME TRES A N C I E N N E
l'attache de la queue, passent sous cette queue et par des trous percés dans le chevalet, puis sous la touche, et vont s'attacher à des chevilles de fer dans l'intérieur du cheviller. L'archet, un peu plus petit que celui de la kemàngeh a'gouz, a la même forme \ »
On voit que Fétis n'hésite pas à déclarer que cette kemàngeh roumy « est un instrument évidemment asiatique ». Il n'est cependant pas indispensable, à notre avis, de mettre ses lunettes et son bel habit noir, comme on dit dans les Noces de Jeannette, pour s'apercevoir qu'il n'existe aucune ressemblance, aucune affinité, entre cet instrument et ceux de l'Asie. Pour s'en convaincre, le lecteur n'a qu'à les comcomparer, et il aura bientôt vu qu'ils ne sont pas construits d'après les mêmes principes, d'après les mêmes procédés.
1. Fétis. Histoire générale de la musique, t. II, p. 141 et 142.
INSTRUMENTS A ARCHET DE L'ORIENT
D'origine chrétienne, ainsi que son nom l'indique, cet instrument a été importé en ( )rient par les chrétiens, el sans nul doute cette importation a dû se faire au moment des croisades, car ii rappelle nos instruments en usage au Moyen Age : la vièlc à archet, par son manche, son cheviller creusé avec les chevilles en dessous, sa touche, etc., et la gigue par l'étroitesse de sa caisse.
Dans un pays comme l'Orient, où tout se transmet par tradition, lorsqu'un objet est usité depuis trois ou quatre siècles, l'indigène vous dira de très bonne foi qu'il est connu et pratiqué depuis la plus haute antiquité, et cela, parce que non seulement son aïeul s'en servait, mais aussi son bisaïeul, son trisaïeul, etc. Dans ces conditions, l'instrument de
Ai; (III. L AllAI.I.
wir siècle ,
musique importé par les chrétiens au moment des croisades c'est-à-dire au xic siècle, doit, pour tout habitantde l'Orient, remonter jusqu'au déluge. C'est pourquoi nous nous permettons de dire que l'introduction de l'archet en Orient date probablement de l'importation de celte « kemângeh roumy » c'est-à-dire des croisades.
L'archet reproduit d'après un dessin de Villoteau1 donnera une idée de la construction orientale de cet agent du son.
Tous les instruments à archet de l'Orient que l'on vient de voir sont destinés à disparaître complètement d'ici peu et à être remplacés par les produits de Mirecourt et du Tyrol. Depuis longtemps déjà le violon a fait son apparition en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Perse, en Indo-Chine, etc., et les joueurs de rebab commencent à se servir de préférence d'instruments européens, moins nasillards et plus timbrés