Archives nat., K. K, 73 et
2. Jal. Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, 1867.
On faisait aussi usage du rebec en Angleterre. Milton vante le son joyeux de cet instrument : « The jocund rebeks sound », et témoigne de la faveur qu'on lui accordait pour accompagner les danses. Brantôme a peu d'estime pour ceux qui venaient d'Ecosse. En 1520, le rebec faisait partie de la bande royale :
« The state band of Henry VIII (1 526) consisted of XV trumpets, III lûtes, III rebeks, III taborets a harp, II viols, IV druslamdes, a fife, and X sackbuts1 ».
Les Echecs amoureux, manuscrit du xve siècle dédié à Louis de France, duc d'Orléans, renferme plusieurs vignettes, parmi lesquelles se trouve le triomphe de Neptune, représentant une sirène qui souffle dans une grande trompette droite et tient en même temps un rebec, monté de trois cordes, bien qu'on y compte cinq chevilles.
Mais la double table formée par la touche y est très bien indiquée (voir p. 143).
Un des anges musiciens de la voussure de l'orgue de Gonesse (Seine-et-Oise), lequel porte la date de 1508, joue d'un rebec avec cheviller en forme de luth et dont on ne voit que le dos qui est à côtes.
On voit aussi un ange jouer du rebec à trois cordes, dans un des croisillons d'un vitrail de l'église de Brou (Ain), du xvie siècle. Ici le cordier et les ouïes sont à leurs places
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Vitrail de l'église de Brou(Ain)
(xvic siècle).
1. R. North's. Mémoires, London. 1846, p. !>7, noie de l'éditeur,
habituelles; mais le peintre verrier a mis, par étourderie sans doute, le chevalet entre l'archet et la touche; de sorte
que l'action des doigts sur les cordes y serait tout à fait nulle.
L'emploi vulgaire du rebec l'a fait considérer comme un violon rustique, un mauvais violon. Roquefort le définit en ces termes : « Rubèbe, Rebelle, Rebec, sorte de violon bâtard, de violon champêtre, qui rendoit un son aigre1. » C'est sans doute d'après cette tradition que les auteurs modernes en ont fait l'instrument de prédilection des musiciens du Moyen Age qu'ils font figurer dans leurs écrits. Cependant, ce n'est pas au rebec que Rabelais applique l'épithète de rustique, mais à la cornemuse : « Plus me plaist, dit-il, le son de la rusticque cornemuse que les fredonnements de luts, rebecs et violons anticques. »
Régnier fait allusion à la mauvaise qualité du son du rebec dans ses satires :
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Bref vos paroles non pareilles Résonant doux à nos oreilles Comme les cordes d'un rebec.
On appelait les joueurs de rebec, rebecqueux et rebecqueuse :
« En 1568, une femme nommée « Philippe la Rebecqueuse » fut fustigée par les rues de Nancy et marquée sur les épaules2 ».
En Allemagne, au xvie siècle, le rebec se confondait
f. Roquefort. El al de la poésie, etc., p. 108. 2. .Iacqiot. La musique eu Lorraine.
encore avec les autres instruments à archet, auxquels on donnait indifféremment le nom de g<'ige, qui équivalait à notre vieux mot vièle.
Nous reproduisons, d'après Praetorius1, le dessin d'un klein Geige o/ine Blinde (viole sans cases sur la touche), qui n'est autre qu'un rebec. Le chevalet porte sur la table dans laquelle sont percées les deux ouïes. Comme sur le rebec du tableau de Gérard David, la touche se prolonge au-dessus de la table et adhère aux côtés de la caisse.
Agricola prend le soin d'expliquer l'absence des divisions delà touche sur ces instruments : « Ecoute encore, dit-il, ce que je vais te dire : Comme elles (ces gigues) sont faites sans cases (o/tne Blinde), on trouve plus de difficulté pour y appliquer les doigts et les conduire juste sur les cordes; mais il n'y a rien sur la terre d'assez difticile pour qu'on n'en vienne pas à bout avec de l'assiduité" . » Il nous apprend encore que cette sorte de geige était très usitée en Pologne, qu'il y en avait de plusieurs tailles et qu'on les accordait par quintes, de la façon suivante :
Discant. Ténor et Alto.