De cantû et musicà sacra, déjà cité
On disait crwt en Armorique; cruit, crwlh, crudk, crowd dans la Grande-Bretagne1.
Ce sont les prêtres du paganisme qui fondèrent les premières associations d'artistes. La Grèce vit éclore plusieurs de ces confréries, qui se livraient, dans l'intérêt du culte, à différents travaux d'ornementation, de peinture, de sculpture, de ciselure et de musique, ajoutant même à ces fonctions celles de composer des hymnes et de cultiver la danse pour former des chœurs autour des autels.
Chez les Germains, les Gaulois et les Bretons, l'institution des bardes, laquelle réunissait les chanteurs et les musiciens de la nation, était comme une branche de l'ordre des Druides.
L'association des bardes avait une hiérarchie et se divisait en trois classes : les bardes aspirants, les simples bardes et les bardes en chef. Les bardes aspirants étaient les disciples de ces derniers. « Ils formaient, dit Hersart de la Villemarqué, diverses catégories et subissaient, durant plusieurs années, divers stages ou épreuves devant un chef des bardes, qui, d'après leur plus ou moins de génie poétique, les admettait dans l'ordre ou les repoussait. Les aspirants ayant part aux largesses des chefs, et recevant des rétributions en argent lorsqu'ils chantaient dans les banquets ou assistaient aux mariages, devaient au chef des bardes, pour prix de ses leçons, le tiers de leur gain. Toutefois, s'ils quittaient leur instituteur, soit pour manque de capacité et après avoir échoué dans les épreuves, soit pour toute autre cause, ils avaient droit à une harpe ; la loi leur assurait leur gagne-
1. D'après Fétis, le mot crwth vient du celtique primitif crinsigh, musique, qui lire lui-même son origine du sanscrit Krus', crier, produire des sons puissants.
LE CROUTH 5
pain. Au contraire, l'aspirant qui était sorti vainqueur de toutes les épreuves parvenait au second degré de l'ordre, et prenait place parmi les bardes royaux'. »
Après la chute du druidisme, les bardes perdirent leur caractère sacré, ils occupèrent une situation moins prépondérante et finirent par se confondre avec les ménestrels proprement dits chez la plupart des nations. Mais il n'en fut pas de même en Angleterre, en Irlande, en Ecosse et dans l'Armorique , où ils conservèrent leurs principaux privilèges pendant plusieurs siècles. Ils avaient, entre autres, le droit de conduire au roi tout homme qui en insultait un autre et de protéger celui qui manquait de protecteur. D'après Kastner 2, ce rôle de médiateurs fut commun aux bardes et aux ménestrels, ils s'interposaient entre le peuple et le souverain pour faire rendre justice au faible et à l'opprimé.
Les bardes étaient très honorés et occupaient un poste élevé à la cour des princes.
Le barde de la chaise, ou barde en chef, portait sur la poitrine un objet d'or ou d'argent qui avait la forme d'une chaise, ou bien un bijou figurant une harpe, ce qui était tout à la fois une récompense de son mérite et la marque ditinctive du grade de maître en musique qui lui avait été conféré.
Le barde royal logeait chez le préfet du palais et était admis à la table du roi.
Ses terres étaient libres d'impositions.
Le roi lui donnait un cheval et des vêtements de laine, la reine des vêtements de lin.
Il recevait des vêtements neufs aux trois fêtes principales de l'année.
1. Hersart de la Viixem arqué. Poèmes des bardes brelans du w siècle, Paris, 18'jO. Cet ouvrage est la traduction française, revue et annotée de l'Archéologie galloise de Myvyr « Myvyrian Archeology of Wales », par Owen Jones, Londres, 1801-1801.