‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets (volume 3)Chapitre 70 sur 158 · F1UCMENT D'UN CHARIVARI DONNÉ A UNE VEUVE · texte numérisé non relu

F1UCMENT D'UN CHARIVARI DONNÉ A UNE VEUVE

Bornai) de Fauvel, xv? siècle (Bibl. Nat.).

En France, le nom de gigue semble avoir été porté exclusivement par la plus petite des vièles, par celle qui servait de dessus ou plutôt de pardessus aux autres instruments à archet. On écrivait : gigue', gighe , gygue, gige, giga.

Gigue, ne harpe, ne vièle Ne vaucissent une cenèle.

(Lai de l'oiselet.)

Madame Musique as clochetes Et li clerc plain de chançonetes

Portoient gigues et vièles

Salterions et fleutèles.

Lu bataille des sejil arts.)

1. « Giya est instrumentum musicum et dicitur gallice gigue... » Magistri Johannis de Garlandis Dictionarus, art. LVI.

De gighe sot, de simphonie, Si savoit assès d'armonie,

{Roman de Brut.)

Estives, harpes et sautiers,

Vièles, gygues et rotes

Qui chantoient diverses notes.

Roman de la Poire.)

On le voioit esbanoier En estrumens oir, soner, Psaltère, harpes et vièles Et giges et chifonies bêles.

\Lc Luci claire.)

Là véissiez maint jogléor, Maint hiralt et maint lecéor Giges et harpes et vièles, Muses, flaustes et frestèles, Tymbres, tabors et sinfonies, Trop furent grans les mélodies.

{Roman de Dolopathos.)

L'us flautella, l'autre viula, L'us mena giga, l'autre rota.

(Roman de Flamenco.)

Mais il n'en était pas de même en Allemagne, où le mot geige, équivalent de notre mot vièle, s'appliqua d'abord indifféremment à toutes les vièles en général, et plus tard à toutes les violes ; et cela, qu'elles fussent construites de n'importe quelle façon, à fond plat ou bombé, ou bien avec manche dégagé ou non. Autrefois, on disait : gige et gigen :

Ern ist gige noch diu rotte.

Wolfram von Eschenbach, Parcival.)

Se gige und ir rotte.

(GoTTFRiED von Strassburg. Tristan.)

Liren und gigen.

(GOTTFRIRD VON STRASSBURG.)

LA GIGUE • 15o

Et le verbe geigen, comme le nôtre viéler, exprimait l'action de jouer de la vièle ou de tout autre instrument à cordes et à archet.

Au début des recherches sur les instruments, quelques auteurs ont émis des opinions diverses sur la nature de la gigue. Roquefort en donne les définitions suivantes : « Gigue, f/ifje, sorte d'instrument à vent. — Gigue, espèce de danse. — Gigue, la cuisse. — Gigueour, gigueur, joueur de l'instrument appelé gigue ou gige », etc. '. Bottée de Toulmon reste dans le doute : « Quant à la gigue, dit-il, l'enmorache, le micamon et la trépie, j'avoue qu'ils me sont inconnus 2. » Dante en parle dans sa Divine Comédie :

E come giga e arpa, in tempora lésa Di moite corde, fan dolce tintino A tal da cui la nota non è intesa.

[Paradiso. cant. XIV.)

Ce passage montre que la gigue était bien un instrument à cordes, et comme le mot allemand geige s'appliquait à toutes les vièles sans exception, la gigue ne pouvait donc être qu'un instrument à cordes et à archet.

Dans son Roman de Cléomadès, que nous avons cité dans le chapitre consacré à la vièle, Adenés li Rois ayant écrit :

Et de giguéours d'Allemaigne,

de Coussemaker, qui traduit : « Joueurs de gigue d'Allemagne », en conclut que la gigue était d'origine allemande. Peut-être le vieux poète a-t-il voulu dire : et joueurs de gigue allemands, et caractériser la nationalité des individus qui jouaient ici de la gigue, plutôt que celle de l'instrument ?

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