‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets (volume 3)Chapitre 87 sur 158 · Mersenne. Harmonie universelle, liv. IV, p · texte numérisé non relu

Mersenne. Harmonie universelle, liv. IV, p

■2. Risi ef/o machinamentunt hominum. Glaréan. Dodecachordèn. Bas., l§47j Cap. xvii, lib. I. p. 19.

son Bourgeois gentilhomme. Lorsque M. Jourdain reçoit de son maître de musique le conseil de donner, une fois par semaine, chez lui une fête musicale :

LE MAITRE DE MUSIQUE

Au reste, monsieur, ce n'est pas assez; il faut qu'une personne comme vous, qui êtes magnifique et qui avez de l'inclination pour les belles choses, ait un concert de musique chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis.

M. Jourdain.

Est-ce que les gens de qualité en ont?

LE MAITRE DE MUSIQUE

Oui, monsieur.

M. Jourdain.

J'en aurai donc. Cela est-il beau?

Le maître DE MUSIQUE.

Sans doute. Il vous faudra trois voix : un dessus, une haute-contre et une basse, qui seront accompagnés d'une basse de viole, d'un téorbe et d'un clavecin pour les basses continues avec deux dessus de violon pour jouer les ritournelles.

M. Jourdain.

Il y faudra mettre aussi une trompette marine. La trompette marine est un instrument qui me plaît et qui est très harmonieux.

LE MAITRE DE MUSIQUE

Laissez-nous gouverner les choses1.

Il n'y a qu'une voix pour décrier la pauvre trompette marine, car dans son histoire manuscrite de la musique, écrite vers 1760, Dom Caffiaux dit que c'est un instrument dont le son aigre est insupportable2. J.-J. Rousseau, qui publia son Dictionnaire de musique en 1768, oublie d'en parler.

1. Le Bourgeois gentilhomme, représenté à Cbambonl. le li octobre 1670, et à Paris, le 29 novembre de la même année, acte II, scène irc.

2. Dom Caffiaux. Histoire de la musique, t, I, dissci'l. 5, |>. 173 (Bibl. nal.).

Malgré les critiques justes ou injustes qui lui furent adressées, la trompette marine figura longtemps dans les concerts royaux, où elle tint une place très honorable. Elle semble avoir été suffisamment cuirassée pour que les railleries arrivent jusqu'à elle sans l'atteindre. Les artistes qui la jouaient dans la bande de la Grande Ecurie des rois de France étaient en même temps joueurs de cromorne1, Parmi les titulaires de cette charge, on compte : Alexandre, Jacques, et Nicolas Anglard Danicamp dit Philidor, les trois premiers du nom, Claude Alais, Haines, Edme de Pot dit du Mont, Julien Bernier, Philippe Breleuil, Corbet2. Sous Louis XVI, la trompette marine dut céder la place à la contrebasse actuelle; elle disparut alors, pour ne plus jamais reparaître.

Dans Xerxès, opéra de François Cavalli, représenté d'abord à Venise en 165i, et ensuite à Paris, le 29 novembre 1GG0, dans la haute galerie du Louvre, à l'occasion du mariage de Louis XIV, il y avait une entrée de marin jouant de la trompette marine.

En 1674, à Londres, on donna des concerts avec quatre trompettes marines, ainsi que la montre cette annonce alléchante :

« Rare concert de quatre trompettes marines, qui n'a jamais été entendu en Angleterre, Si quelqu'un désire l'entendre, il peut se rendre à Fleet-Tavern, près de Saint-James vers deux heures de l'après-midi, tous les jours de la semaine, le dimanche excepté, Le concert durera une heure et recommencera aussitôt après. Les meilleures places sont à un shilling, les autres à six pence 3. »

1. Le cromorne était une sorte de hautbois : il y en avait tout une famille.

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