TRITONS MUSICIENS
liallt-t comique de la Roi/ne, M.D.LXXX1I.
n a vu que nos anciens poètes se servaient parfois du mot viole comme synonyme de vièle :
Devant eux font li jugleor chanter Rotes, harpes et violes soner.
Roman de Garin.)
Guillaume de Machault écrivait indifféremment vielle ou
viole :
Orgues, vielles, micamon
Rubèbes et psalterion .
[La prise d'Alexandrie.)
Car je vis là tout en un cerne Viole, rubèbe, guitèrne.
[Li Temps paslour.)
La première de ces dénominations était généralement employée par les trouvères, tandis que la seconde semble avoir été préférée par les troubadours :
Lus viola lais del Gabrefoil, E l'autre cel de Tintafoil; Lus canlet cels del fis Aimanz, E l'autre cel que f'es Iwanz :
Lus menet arpa, l'autre viula L'us flauslella, l'autre siula.
(GiRAun de C.abreka, Roman ih Flamenca.
Le même auteur dit aussi :
Mal saps viular Mal t'enseignet Cel que t'montret Los dolz à menai' ni l'arçon.
A partir du xve siècle, le nom de viole resta définitivement à l'instrument à arcliet, à éclisses et à manche et cela, quelle que fût sa taille. C'est aussi vers cette époque que la symphonie hérita du nom de vielle, qu'elle a toujours porté depuis.
Les violes étaient le résultat des améliorations successivement apportées aux vièles. Ce n'était plus un ensemble d'instruments, mais bien une famille, dans laquelle chaque individu, tout en ayant quelques petits détails particuliers et des proportions différentes à cause de son diapason plus ou moins élevé, reproduisait à peu près le même modèle.
Les nouveaux instruments sont uniformes, on ne les voit plus tantôt plats, tantôt bombés. Que la viole soit petite ou grande, la caisse de résonance est toujours plate, des éclisses assez hautes en font le tour et relient les deux
tables. — Les échancrures pratiquées sur les côtés sont en forme de C très ouvert. — La table d'harmonie est légèrement voûtée, tandis que celle du fond, généralement plate, est presque toujours coupée en sifflet du coté du manche. — Les ouïes, régulièrement fixées au nombre de deux, sont percées de chaque coté du chevalet à la hauteur des échancrures ; elles représentent, le plus souvent des C, sauf dans la viole d'amour où ce sont des flammes. — Sur les grandes violes, on voyait aussi au xv° et au xvic siècle une rosace découpée à jour, entre le chevalet et la touche, vers l'extrémité de cette dernière, qui n'était pas très longue; cette rosace ne se rencontre que très rarement sur les basses de violes du xvnc et du xviii* siècle. — Les bords des tables ne dépassent pas les éclisses, ils sont coupés au ras de ces dernières. La table d'harmonie étant presque toujours en sapin, pour donner de la solidité à ses bords et les empêcher de s'effriter, on y incrusta des filets qui en suivaient tous les contours. Celle du fond en eut aussi, et souvent ces filets étaient assez capricieux.
La division des cordes était marquée sur la touche des violes, comme cela se pratique encore sur la mandoline et la guitare; il y avait sept cases, qui étaient faites tout simplement avec de la corde à boyau entourant à la fois la touche et la poignée du manche. Cet usage fut abandonné lorsque les exécutants devinrent plus habiles; mais il reste encore quelques basses de violes ayant ces divisions, et nous avons vu d'anciens manches de violes où l'on distinguait parfaitement les emplacements qu'elles y occupaient.
Les violes sont toujours munies d'un cordier, qui est souvent de coupe élégante. Au lieu du trifolium et de l'équerre renversée que l'on remarque dans les anciennes vièles, on adopta la forme de crosse légèrement recourbée en arrière pour les chevillers des violes. Les têtes sculptées, qui commençaient à être de mode au Moyen Age, devinrent plus tard d'un usage général. Dans les petites violes, ce sont des