Froissart. Chron., liv. IV, chap. xliii
2. Edwakd Jones. Musical and poetical relicks of the wels bards, etc., London, 1794. — The Bardic muséum of primitive british lilerature, etc., London, 1802. Ce dernier ouvrage n'est que la suite du premier. Une nouvelle édition complète de Musical and poetical, etc., a été publiée à Londres en 1825.
3. Il y a eu plusieurs bardes du nom de Merlin au ive siècle. Dans le chant de Merlin-Barde, publié par Hersart de la Villemarqué, dans les Chants populaires de la Bretagne, t. I, p. 109, il est dit :
« Si tu m'apportes la harpe de Merlin, qui est tenue par quatre chaînes d'or fin ; « Si tu m'apportes sa harpe, qui est au chevet de son lit; « Si tu viens à bout de la détacher; alors, tu auras ma fille... peut-être. »
LE CROUTH 9
Nous lui devons la connaissance d'un très curieux document du xne siècle, qui détermine la hiérarchie des bardes dans le pays de Galles. Cette hiérarchie comprenait huit ordres de bardes, dont quatre gradés et quatre non gradés !. On y trouve deux joueurs de crouth, l'un appartenant au quatrième ordre des bardes gradés, l'autre classé parmi les bardes non gradés. Le premier jouait du croulh à six cordes, le second du crouth à trois cordes ou crwth trithant.
Le dessin du crouth à six cordes qui est donné à la page Ha été emprunté à Edward Jones.
Pas plus long qu'un violon, il mesure :
Longueur totale 57 centimètres.
Largeur du bas . . . 27 —
— du haut 23 —
Longueur de la touche 28 —
Hauteur des éclisses 5 —
Cet instrument est bien du même système que celui de Limoges. Nous pensons qu'il est inutile de disserter sur les petites différences qui existent dans les contours extérieurs de la caisse, aussi bien que sur le cordier, dont le crwth trithant n'est pas muni.
Si les ouïes étaient figurées sur le dessin de celui-ci, peutêtre y verrions-nous aussi le pied droit du chevalet appuyé sur la table, tandis que le pied gauche, pénétrant à l'intérieur de la caisse par l'ouïe gauche, porte sur le fond. Cette particularité est fort remarquable, car elle permet de mettre simultanément la table et le fond en vibration par le frémis-
1. Les bardes gradés étaient : 1° Priv-vardd, le barde en chef; 2° Pos-vardd, le barde diplomatique; 3° Arwydd-vardd, le barde généalogiste; 4° Prydydd nen Bardd Cav> ; a hwnw o dri rhyw; sew Telynawr; Crythawr; Datceiniad, c'est-à-dire le barde poète, ordre qui admettait trois genres : le harpiste, le crouthiste et le chanteur. Les ordres inférieurs comprenaient : The piper, le joueur de cornemuse; tlie juggler, le jongleur; the crowder that plays on Ihe tkree stvïnged crwlh, ménétrier jouant du crouth à trois cordes; and Ihe tabourer, le joueur de tambour ou de tambourin. Chacun de ces quatre ménestrels recevait un penny, et devait jouer debout.
sèment des cordes. C'est le principe de l'âme des instruments à archet, et c'en est probablement la première application.
Edward Jones décrit ainsi le chevalet du crouth :
« Le chevalet n'est pas placé à angles droits avec les côtés du crouth, mais dans une direction oblique; et, ce qui esl à remarquer en outre, un des pieds du chevalet sert aussi d'âme. Il passe par une des ouïes, lesquelles sont circulaires et s'appuie sur la table inférieure; l'autre pied, plus court, est posé sur la table près de l'autre ouïe '. »
L'âme des instruments à archet, n'est autre que la petite tige de bois arrondie, qui est placée à l'intérieur de la caisse, perpendiculairement, entre les deux tables, à droite, un peu en arrière du chevalet. Cette pièce, qui a une si grande influence sur la qualité du son, d'après ses proportions, la place qu'elle occupe, et son plus ou moins d'adhérence aux tables, leur est indispensable; sans elle, la table supérieure céderait à la tension des cordes; car celles-ci, passant sur un chevalet assez élevé, exercent une pression d'autant plus forte, que le tirage ne se fait pas horizontalement. Elle sert encore à transmettre les vibrations de la table supérieure à la table inférieure, et remplit, de ce fait, un rôle acoustique de la plus haute importance. Avec sa construction toute spéciale, le chevalet du crouth accomplissait donc à la fois les fonctions d'un chevalet ordinaire et celles de l'âme.
Ce système devait offrir bien des inconvénients, dont le
1. The bridge is not placed at right angles with the sides of the crwth, but in an oblique direction; and, which is fariner to be remarked, one of the feet of the bridge serves àlso for a sound post; it goes through one of the sound-holes, wich arc circular, and rests on the inside of the back, the other foot, which is proportionably shorter, rest on the belly before the other sound hole. (A Disserta/ion, p. 115.)
A l'Exposition universelle de 1889, à Paris, nous nous souvenons d'avoir vu un violon ayant un chevalet-àme. imité du chevalet du crouth, qui figurait dans la section des États-Unis d'Amérique, et que M. Dion, son auteur, présentait comme une invention nouvelle. Il est vrai qu'ici, c'était le pied droit du chevalet-âme qui passait par un trou pratiqué dans la table, pour aller s'appuyer sur le fond; tandis que dans le crouth, c'est le pied gauche du chevalet qui joue le même rôle en passant par l'ouïe gauche. Mais il n'y avait pas d'autre différence entre le chevalet du crouth et celui de M. Dion.
LE CIIOUTH
moindre était l'instabilité du chevalet, qui subissait certainement des déplacements chaque fois que l'on tendait ou détendait une corde. Il a fallu tout le respect de la tradition pour qu'il fût conservé jusqu'au xvme siècle, alors que le violon était connu depuis si longtemps, et qu'il aurait été si simple de doter le crouth d'un chevalet ordinaire et d'une âme.
La présence de ce chevalet sur le crouth à six cordes, à une époque aussi rapprochée de nous, est la preuve certaine qu'il en a toujours été ainsi, et que les bardes du v° siècle se servaient d'instruments ayant des chevalets semblables à celui-ci.
Les instruments à archet sont dans l'obligation d'avoir chacun un chevalet et une âme. Le premier facilite beaucoup le jeu de l'archet, en maintenant les cordes à une certaine hauteur, et sert en même temps à communiquer leurs vibrations à la table supérieure. Quant à la seconde, nous venons de voir son incontestable utilité ; c'est sans doute en raison de son rôle vital et mystérieux, car elle ne se voit pas à l'extérieur, que cette modeste pièce de bois a reçu le nom si poétique d'âme.
L'âme n'existe pas dans les instruments à cordes pincées; elle n'y serait d'aucune utilité, du reste, car les cordes ne reposent pas sur un chevalet, leur tirage se fait horizontalement, elles n'exercent donc aucune pression sur la table.
CROUTH A SIX CORDES
D'après Edward Joncs.
La table supérieure du crouth paraît être absolument plate, sur le dessin d'Edward Jones, donné plus haut, ainsi que sur celui publié par Daines Barrington ', et Ton serait porté à croire que la table du fond l'était aussi. Cependant, une description du crouth à six cordes, laissée par le barde gallois Gruffydd Davydd ab Howel, qui vivait au xvc siècle, nous apprend que le dos du crouth était voûté. Voici ce document en vers galliques, el sa traduction d'après la version anglaise d'Edward Jones.
CRWTH.
Prennol t'eg bwa a gwregis Pont a bran, punt y\v ei bris ; A thalaith ar waith olwyn, A'r bwa ar draws byr ei drwyn Ac e'i ganol mac dolen, A gwàr hwn megis gwr hôn ; Ac ar ei vrest gywair vrêg, Or Masarn vo geir Miwsig, Chwe yspigod o's codwn, A dynna hell dannau hwn; Chwe' thant a good o vantais, Ac yn y llaw yn gun Hais; Tant i bob b'ys ysbys œdd, A dau-dant i"r vawd ydoedd2.
LE GMOUTH.
Un joli coffre (sonore) avec un archet, un lien, une touche, un chevalet; sa valeur est d'une livre. Il a la tète arrondie comme la courbe d'une roue, et perpendiculaire à l'archet au petit crochet; et de son centre sortent les accents plaintifs du son; et le renflement de son dos est semblable à celui d'un vieillard; et sur sa poitrine règne l'har
i. Daines Barrington. Archaeologia, or micellanœus, etc., London, H75, t. III. 2. Edward Jones, ouvrage déjà cité.
LE CROUTH 13
monie. Dans le sycomore nous trouvons la musique. Six chevilles, lorsque nous les vissons, tendent les cordes, et ces six cordes sont ingénieusement imaginées pour produire cent sons sous l'action de la main ; une corde pour chaque doigt est vue distinctement, et les deux autres sont pour le pouce '.
On voit que ce brave Gruffydd Davydd ab Howel tenait son instrument en très haute estime. Mais nous savons, par lui, qu'au xv° siècle, le crouth à six cordes était construit en bois de sycomore, qu'il valait une livre, que sa tête était encore arrondie comme celle du crouth à trois cordes du xie siècle, que son dos était voûté et que l'on en tirait des sons plaintifs. De plus, que les cordes étaient disposées de la même manière qu'elles le seront encore trois siècles plus tard.
Cette disposition des six cordes du crouth est des plus intéressantes à étudier. Etablie d'après une règle généralement adoptée, on la retrouve absolument semblable sur le dessin d'un manuscrit anglais du xie siècle5, sur le dessin de Strutt3, et sur celui de Daines Barrington4.
Quatre cordes seulement passent au-dessus de la touche, les deux autres se trouvent en dehors, à gauche du manche. Ces deux dernières étaient des cordes pédales, qui ne pouvaient être actionnées par les doigts pour en changer l'intonation, et qui, par suite, sonnaient toujours les mêmes notes.
Par ses cordes pédales, placées en dehors de la touche, le crouth à six cordes contenait le principe du téorbe, qui s'est d'abord appelé chitarrone (grande guitare), dont certains auteurs attribuent l'invention à Bardella, musicien du xvie siècle, au service du duc de Toscane; et d'autres à Téorba, qui lui aurait donné son nom.
1. Cette traduction est empruntée à Fétis, Antoine Stradivari, p. 20.