VIOLE A CINQ CORDES
Buffet d'orgue de l'église N.-D. du Grand-Andely (Eure) (xvie siècle).
Les cordes sont attachées à un cordier et passent sur un ehevalet placé entre les ouïes, deux G allongés et peu ou-
J(.t2 LES ANCÊTRES DU VIOLON
verts. La touche s'avance assez loin au-dessus de la table, on n'y remarque pas de divisions ou cases pour indiquer l'emplacement des doigts. Le manche, relativement court, se termine par un cheviller ayant la forme d'une lance dont on aurait coupé la pointe.
La ravissante jeune fille qui joue celle viole et qui ligure un ange, appuie la table du fond sur son épaule gauche et penche sa tête au-dessus pour la maintenir; elle tient l'archet délicatement, le tire très droit et incline la baguette du côté du chevalet. Le pouce, le médius, l'annulaire et le petit doigt de sa main gauche pressent les cordes sur la touche; son index est au-dessous de la poignée, on n'en voit que l'extrémité près du sillet.
Sur un panneau du buffet de l'orgue de l'église Notre- Dame du Grand-Andely (Eure), est représentée une femme, debout, et jouant d'une grande viole à cinq cordes, qu'elle tient appuyée contre elle. Nous donnons cette sculpture du xvie siècle, d'après la photographie qui appartient aux archives de la Commission des Monuments historiques. Cette viole a des échancrures à peu près semblables à celles du violon. Les deux ouïes sont des S. La table du fond devait être percée d'un trou au milieu, permettant d'y passer une agrafe, pour accrocher et maintenir l'instrument, ou bien celui-ci était suspendu à la ceinture, par un fil attaché au bouton du cordier. C'est sans doute ainsi que l'on a joué de la basse de viole et plus tard du violoncelle dans les processions.
En Allemagne, il y avait, en outre des « klein Geigen >> que nous avons présentées dans le chapitre relatif au rebec et à la gigue, différentes violes, dont le nombre des cordes variait de quatre à douze. Sébastien Virdung, Agricola, Luscinius et PraetoriUs les décrivent sous les noms de
Grosz Geigen (grandes gigues), et en donnent des dessins absolument semblables à celui que nous reproduisons, et qui se trouve dans l'ouvrage de Praetorius, planche XXXIV. où il est indiqué par le numéro 14 et accompagné des mots : Aile Fiddel.
De grandes échancrures sont pratiquées sur les côtés de la caisse pour le passage de l'archet, qui est placé près de l'instrument et ressemble un peu à celui dont se servait Dragonetti. Une grande rosace décore le milieu de la table; de plus, deux ouïes se voient dans le haut, de chaque côté des cinq cordes, lesquelles sont fixées à un attachecordes. Le dessinateur a oublié de représenter le chevalet, mais il a très bien indiqué les sept cases de la touche, ainsi que les chevilles qui garnissent les côtés du cheviller, qui est renversé, presque en équerre.
Virdung donne le dessin d'une « Grosz Geigen » exactement pareille, où le chevalet n'est pas représenté non plus, et qui à neuf cordes.
Déjà, vers la fin du xve siècle, ces violes formaient un quatuor complet, composé du discant, de l'alto, du ténor et de la basse, et reproduisant absolument le même modèle avec des proportions différentes.
Agricola nous fait connaître l'accord de celles que Ton montait de quatre cordes; par exception, la basse en avait cinq; le voici :