Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets;
Nui: s voici arrivé à la dernière el définitive transformation du crouth, au violon, qui a reçu, non sans raison, le titre de roi des instruments. Chanteur par excellence, il possède nue sonorité chaude et vibrante. Ses moyens d'expression, d'une si grande richesse, lui permettenl de passer alternativement du grave au tendre, du badin au sévère-j d'être, tour à tour, noble ou spirituel, <•! de faire pleurer ou rire, selon >"ii gré. En n. i
somme, grâce à ses qualités multiples, il peut traduire les sentiments les plus variés, les plus divers.
C'est en cherchant à donner du brillant et de l'éclal à la sonorité du pardessus de viole, ou « violino piccolo alla francese », que la forme définitive du violon fut trouvée.
Pour obtenir ce résultat :
On diminua presque de moitié la hauteur des éelisses, beaucoup trop élevées pour la grandeur de la caisse de résonance du pardessus de viole, et cause principale de son manque de timbre et de sa sécheresse de son.
Les tables du fond furent voûtées comme l'étaient déjà les tables supérieures.
Afin de donner plus de solidité aux tables, on leur laissa des bords dépassant légèrement les éelisses, au lieu de les couper au ras de ces dernières.
Les échancrures des côtés restèrent en forme de C, mais un peu plus fermées que dans les violes, et l'angle aigu des encoignures fut remplacé par une partie tronquée, ce qui rendit les contours plus gracieux. Les ouïes devinrent des /"/'.
Dans le but de faciliter le jeu de l'instrument, on supprima le mouvement concave de l'éclisse du haut, pour la raccorder à angle droit avec le pied du manche.
Les cordes furent réduites au nombre de quatre et accordées en quintes :
ce qui diminua le Lirage imposé à la table d'harmonie, cl. par suite, augmenta la sonorité, tout en conservant à peu près la même étendue qu'avec un plus grand nom lue de cordes accordées en tierces et en quartes.
Enfin, le manche fut rétréci en raison du nombre des cordes, et une volute remplaça les tètes sculptées à l'extrémité du cheviller.
LE VIOLON ET SES DKK l\ ES :5
Le premier violon fut donc un pardessus de viole transformé et simplifié.
On aurait dû le nommer violin, puisque, en italien, « violino » veut dire petit violon, tandis que violone , qui signifie grand violon, a toujours été employé pour désigner la contrebasse.
Il est bien certain que le pardessus de viole n'a pas été transformé en violon d'un seul coup, et que l'on esl redevable de celui-ci au concours de plusieurs luthiers; mais on ignore leurs noms et rien ne fait prévoir que l'on doive les connaître un jour.
A cause de la dénomination : « violino piccolo alla francese " donnée au pardessus de viole, tout simplement parce qu'il était très usité en France, quelques auteurs ont prétendu que le violon était d'origine française; mais jusqu'à présent rien n'est venu confirmer celle opinion. Le nom du lui hier français à qui on devrait en attribuer la paternité esl encore à trouver, et tout porte à croire que le violon a été créé en Italie, pendant la première partie du \vi" siècle.
Andréa Amati, à Crémone, Gasparo da Salô et Giovanni- Paolo Maggini, à Brescia, ont le plus contribué à lui donner sa l'orme définitive. S'il a fallu bien des siècles pour amener le violon à son état de perfection, il n'a plus changé depuis 1550, et cela malgré les nombreuses tentatives qui ont été faites pour en modifier la l'orme et les conditions acoustiques.
L'élévation des voûtes a quelquefois varié ainsi que les dimensions du corps sonore ; mais aucun changement intérieur n'a été opéré, et les luthiers actuels conlruisent encore les contre-éclisses, les tasseaux, l'âme et la barre, exactement connue les vieux maîtres de Crémone et de Brescia. En examinant un violon, on y remarque : La table supérieure, dite table d'harmonie, et par abréviation la hihlc, dans laquelle sonl percées les / / . c est-à din les ouïes.
I ,es éclisses, lames de bois qui fonl tout le tour de la caisse de résonance et relient la table d'harmonie avec la table de dessous, appelée table de fond, ou simplement le fond.
Les CC, échancrures pratiquées de chaque côté de la caisse, pour faciliter le jeu de l'archet, et qui se terminent en haut et en bas par les coins.
Le manche, fixé par son talon dans le liant de la caisse, et dont l'extrémité forme la tête, ornée d'une volute et contenant les chevilles.
Le sillet, petite pièce placée en travers au bas de la tête, et servant à surélever les cordes avant qu'elles ne passent au-dessus de la touche, qui est collée sur la poignée du manche.
Le chevalet, dont les pieds reposent sur la table d'harmonie, et qui soutient les cordes à une certaine hauteur.
Le boulon, placé au milieu de l'éclisse du bas, et auquel on accrochele cordier, ou tire-cordes, que l'on nommait autrefois la queue.
Lorsque le violon est ouvert, ou plutôt délablé, un aperçoit à l'intérieur :
Les tasseaux, pièces de bois se trouvant aux extrémités des tables, et contre lesquelles sont collées les éclisses : de plus un trou est pratiqué dans le tasseau du bas, pour y mettre le boulon, et le talon du manche s'ajuste contre le tasseau du haut; les coins, ou petits tasseaux, doublures des coins extérieurs; les contre-êclisses , rubans en buis adhérents aux bords des éclisses, dans tous leurs contour.-, el assez larges pour que l'on puisse y coller les tables afin de rattacher celles-ci aux éclisses. La barre, dite barre d'harmonie, pièce très importante collée sous la table supérieure dans toute sa longueur, el passant sous le pied gauchi du chevalet. Vdme, petite tige île bois arrondie, qui ne se colle pas, mais se place entre les deux tables, un peu en arrière du pied droit du chevalet.
Les tasseaux, les coins et les contre-éclisses sont là
pour consolider la caisse el lui donner la force de résistance nécessaire.
Primitivement, il n'y avait pas toujours dés contre rrlisscs du côté île la table de dessous : nous avons vu des violons italiens anciens, dans lesquels une petite rainure élail creusée sur les bords du fond pour recevoir les éclipses el les empêcher <le se déplacer. Dans ce cas, les filets n'étaient que dessinés sur le fond.
Selon Hart, Brensius de Bologne, faiseur de violes du xvc siècle, plaçait déjà la barre de la même façon qu'on le fait encore de nos jours. Cet auteur ajoute : « La barre du violon ne sert pas seulement à fortifier cette partie de la table où la pression du chevalet se fait énergiquemenl sentir; elle forme encore une partie fort curieuse el profondément intéressante de la construction du violon. On pourrait l'appeler, avec une grande vérité, le système nerveux du violon1. » En effet, avec une barre trop faillie, la table cède rapidement cl les deux cordes graves sonl cotonneuses et nasillardes; par contre, avec une barre trop forte, le côté gauche de la table est connue paralysé cl n'a pas l.i souplesse nécessaire pour suivre les ondulations qui se produisent dans les autres parties lorsque la caisse est mise en vibration, et par suite les cordes basses sont dure.-., l'émission de certaines noies y devient très difficile.
L'âme, dont nous avons parlé longuement à propos du chevalet du crouth, joue aussi un rôle de la plus haute importance dans la construction du violon. I'. Savarl déclare qu'elle remplil trois fonctions : « 1" Elle communique le mouvement d'une table à l'autre; - elle rend normales les vibrations des tables; il' (die rend immobile le pied droit du clievalel. L'âme ébranle la table dans toute
son étendue et, quelle quesoil la direction de l'ébranlement, elle le rend toujours normal dans le^ tables*. » En Italie el
2. i ours de physique expérimentale, professé au ( l ance pendant
on France, elle se nomme l'âme, en Allemagne, In voix du violon, et Hart, assez heureux dans ses définitions, dit que l'âme du violon : « remplit avec une infaillible régularité les fonctions du cœur ' ».
Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'elle exerce une très grande influence sur la qualité du son d'après la place qu'elle occupe : ainsi, lorsqu'on la rapproche un peu des bords, la chanterelle et le la deviennent plus mordants, plus incisifs, plus timbrés; mais, par contre, les troisième et quatrième cordes perdent en volume et en qualité. Au contraire, si on la repousse légèrement vers le milieu, le ré et le sol acquièrent de suite plus d'intensité' ri de rondeur. En somme, on peut régulariser la sonorité d'un violon en modifiant l'emplacement de l'âme; seulement, une main experte est nécessaire pour cela, et bien souvent le résultat n'est obtenu qu'après de nombreux tâtonnements.
Le chevalet, qui sert à la fois à maintenir les cordes à une certaine hauteur et à transmettre leurs vibrations à la table, demande aussi à être réglé avec beaucoup de soin. Trop é[>ais, il produit l'effet d'un étouffoir; trop mince, le son est maigre; trop bas, les cordes frisent sur la touche ; tropéle\ é, le son devient sec et le jeu de la main gauche très difficile. La sonorité change étonnamment, selon qu'il est trop large. trop étroit, ou construit avec du bois dur, léger ou passé; il en est de même si ses pieds n'adhèrent pas complètement à la table, et si on le place un peu plus à gauche ou à droite. La partie supérieure est arrondie et la cjuatrième corde plus élevée que la chanterelle, afin de faciliter le jeu de l'archet.
Depuis bien longtemps déjà, la forme du chevalel généralement adoptée est à peu près celle de Stradivari.
En résumé, le violon, qui est de si petite dimension, et, à première vue, paraît si simple, se compose de quatre-vingt-
scolaire 1838 I8S9, par M. P. Savart, professeur. Publié dans I'Institut, journal
des sociétés et travaux scientifiques, etc., I" secl Sciences mathématiques, phy si
ques et naturelles, 8e année, n" 319, 6 février 1840, p '>ii. 1. ( iu \ rage cité
dois pièces, y compris les cordes, quand les tables sont faites chacune d'une seule planchette, et de quatre-vingt-cinq, lorsque celles-ci se composent de deux. Voici le détail des
pièces :
i ou 2 pouf la table, î ou 2 — le fond,
les coins et les tasseaux,
les éclisses,
les contre-éelisses,
les filets de la table,
les iilets du fond,
le manche,
la touche,
le sillet île la touche,
le sillet du cordier,
le cordier,
l'attache du cordier,
le bouton,
les chevilles.
la liane.
l'âme,
le chevalet,
les cordes.
Et nous ne comptons pas les petits taquets, qui consolident le joint des tables, lorsque celles-ci -oui de deux pièces, ni les ornements en nacre que l'on mettait autrefois aux chevilles, au bouton el au cordier.
( >n peut considérer le \ iolon attribué à I luiffoprugcar, que
nous donnons, page 10, comme un des premier- i lèles
di' cet instrument. Construit à une époque où le dessin des
ouïes et celui des contours de la caisse étaient encore indéci-,
il offre non seulement certains points de ressemblance avec
les deux violons dessinés par Pierre Wœriot, sur le portrait du grand luthier lyonnais; mais, de plus, il est recouverl d'un vernis brun rouge tout à fait identique à celui de la délicieuse « viola a gambe » de ce maître, qui est actuellement au musée Donaldson, à Londres.
Il mesure :
Longueur de la caisse 35o millimètres.
Largeur dans le haul i52
— au milieu 98
— dans le lias 200 —
Longueur des ff 82
des CC 82
de la poignée du manche. i23
de la tète 110
Hauteur des éclisses en bas . . . 33
— en haut. . . 27 —
Le musée du Conservatoire de Paris possède un violon, que G. Chouquet décrit ainsi :