I. Le Pai nasse français
Mademoiselle de Limeuil, une des filles d'honneur de la reine Catherine de Médicis, se lit aussi jouer du violon à sa mort, et c'est encore la Défaite des Suisses' qui en fit les frais. Voici comment Sauvai raconte le l'ail :
« Mademoiselle de Limeuil, quand l'heure de sa morl fui venue, lit venir son valet Julien : — Julien, lui dit-elle alors, prenez votre violon et sonnez-moi toujours, jusqu'à ce que vous me voyez morte, la Défaite ili-^ Si/'isses. El quand vous serez sur le mot : Tout est perdu, sonnez le pas quatre ou cinq fois le plus piteusement que vous pourrez. — Ce que lit Julien, et elle-même aidait de la voix; et quand ce vint : Tout est perdu, elle réitéra par deux fois; puis se retournant de l'autre côté du chevet, elle dit à ses compagnes : — Toul est perdu à ce coup! — Et à bon escient, car elle décéda à l'instant \
Un joueur de violon était attaché à la personne de Louis XIII, pendant sa jeunesse :
•■ Le 'i février, mardi, à Saint-Germain. — Le Dauphin avoit pour violon et joueur de mandore Boileau, et pour joueur de luth, Florent Ilindret d'Orléans, pour l'endormir3. »
Ce prince aimait beaucoup la musique et la cultivait; il passe même pour avoir composé des pièces musicales en assez grand nombre :
« Si tôt que l'on etoit revenu, on alloit chez la Reine... L'on avoit règlement trois fois la semaine, le divertissement
I. C'esl le chœur célèbre de Jannequin, la Bataille de Warignan, ■ 1 1 1 . - l'on appe Lui la Retraite ou la Défaite des Suisses èl aussi la Guerre.
•. Galanteries des rois de France. Weckerlin, qui cite ce passage de Sauvai, ajoute : n Dans la chanson de Jannequin, les Suisses mis en scène, ne disenl pas : Toul est perdu, mais bien : Tout est verlore, el > ajoutant Bigolt! un gros 11: on. »
:;. Journal de Jean lléroard sur l'enfance et la jeunesse de Loxa •■ Mil 160 K.rlrnit drs manuscrits originau x et publié avec l'autorisation de M. le ministre de l'Instruction publique, par M. Eud. Soulié el Ed. Barthélémy, Paris, Didot, L868, I. I. p. G2.
LE VIOLON ET sliS I > i; 1 1 1 \ ES :jl
de la musique, que celle de la chambre du Roi venoil donner, cl la plupart des airs quon y chantoit étoient de sa composition '. »
L'histoire ne ilil pas toutefois s'il composa l'air de la sarabande qui fut dansée certain soir, dans la chambre d'Anne d'Autriche, par le cardinal de Richelieu, son premier ministre, lequel avait revêtu un costume de baladin, pour la circonstance.
Cette anecdote, curieuse est relatée dans les Mémoires du comte de Loménie-Brienne, qui la raconte ainsi :
<( Le (Jardinai, dit-il, etoit éperduement amoureux, et ne s'en cachoit point d'une grande princesse2. Le respecl que je dois à sa mémoire m'empêchera de la nommer. Le Cardinal avoit eu la pensée de mettre un terme à sa stérilité, mais on l'en remercia civilement, dit la chronique d'où je tire ce fait. La princesse et sa confidente avoient en ce temps-là l'espril tourné à la joie, pour le moins autant qu'à l'intrigue : un jour qu'elles causoient ensemble et qu'elles ne pensoienl qu'à rire aux dépens de l'amoureux Cardinal : « Il est passionnément épris, Madame, dit la confidente; je ne sache rien qu'il ne lit pour plaire à Votre Majesté. Voulez-vous que je VOUS l'envoie un soir dans voire chambre, vêtu en baladin, «pie je l'oblige ainsi à danser une sarabande; le voulez-vous? il y viendra. — Quelle folie! » dit la princesse. Elle doit jeune, elle etoit femme, elle etoil vive et gaie; l'idée d'un pareil spectacle lui parut divertissante. Elle prit au mot sa confidente, qui l'ut du même pas trouver le I iardinal.
Ce grand ministre, quoiqu'il eût dans la Lête toutes les affaires de l'Europe, ne laissoil pas en même temps de livrer son cœur à l'j ir : il accepta ce singulier rendez-
I l/i le M" i " i .1.1. p ;>> ,■,1,1. , heruel, Paria L8 18.
•J. Anne d'Autriche, femme de Louis MU. ',. Mm de « lus l'euse,
vous. 11 se croyoit déjà maître <!<' sa conquête; mais il en arriva autrement. Boccau, (sic), qui doit le Baptiste d'alors ', etjouoit admirablement du violon fut appelle. On lui recommanda le secret. De tels secrets se gardent-ils? C'est donc de lui qu'on a tout su.
« Richelieu etoit vêtu d'un pantalon de velours vert, il avoit à ses jarretières des sonnettes d'argent; il tenoit en main des castagneltes, et dansa la sarabande que joua Boccau. Les spectatrices et le violon ctoient cachés avec Vautier et Beringhen, derrière un paravent d'où l'on voyoit les gestes du danseur. On rioit à gorge déployée; et qui pourroit s'en empêcher, puisqu'après cinquante ans, j'en ris encore moi-même.
« On fit retirer Boccau, (sic), et la déclaration amoureuse fut faite dans toutes les formes. La princesse la traita toujours de pantalonade, et ses dédains assaisonnés du sel de la plaisanterie aigrirent tellement ce prélat orgueilleux, que. depuis, son amour se changea en haine. La princesse ne paya que trop cher le plaisir qu'elle avoit eu de voir danser une Eminence2. »
Jacques Cordier, dit Bocan, dont il vient d'être question, était né dans les dernières années du xvi" siècle. Maître à danser de la Cour, il suivit Henriette de France, à Londres, quand elle épousa Charles Ier, et revint à Paris lors de la révolution d'Angleterre. Bocan faisait encore partie de la Maison du roi, en 1648, car il figure, à cette date, sur la liste des officiers retraités et pensionnés par la cassette royale : « Jacques Bocan, balladin, 340 livres3. » Mersenne le cite comme un des meilleurs violonistes de son temps :