LÊtat de la France, 1702, p
■'. Les adresses de la ville de Paris avec le trésor des almanachs, livre commode, etc.,
n Maîtres pour la basse de violon. MM. Marchands père el fils et Converset, rue des Pouillies, Boudet, rue Saint- Antoine, Ressiet, rue des Vieux-Augustins, La Hue près Saint-Médéric '. »
Et ce n'est pas qu'en France que le violoncelle étaft répandu. On devait même le pratiquer beaucoup en Allemagne, au commencement du xvn" siècle; car, sur le frontispice du Currm triàmphalis «le Rauch, publié en 1018, lequel représente un orchestre avec canons el mousqueterie, on voit, à gauchi', un ange jouant du violoncelle .
Cet instrument fut surtout utilisé à ses débuts, pour sou tenir le chant dans les églises. On sait déjà que plusieurs chanoines violoncellistes furent obligés de prendre un brevet de maître à danser, afin d'avoir le droit d'accompagner le plain-chant. Parfois un trou était percé au milieu de la table de fond, pour permettre au joueur de suivre les processions en suspendant l'instrument à sa ceinture.
Les violoncelles destinés aux maîtrises étaient, en général, d'un plus grand patron que celui adopté depuis. Ils sont connus dans le commerce de la lutherie sous le nom de « basses ». Nicolo Amati en lit plusieurs pour l'église abbatiale de Cluny. M. Dupuis, habile violoncelliste à Chalon-sur-Saône, possède un de ceux-ci. daté de 1638. La caisse de ce magnifique instrument mesure 0m. 8(i centimètres de longueur, au lieu de 0m,76, grand patron de Stradivari; son cheviller est orné d'une tête de sirène dorée, et les armes des abbés de Cluny sont incrustées en argent sur le cordier. Stradivari a fait aussi plusieur- basses de ce format; celle que jouait de préférence le grand Servais est de ce nombre.
Puisque non- parlons des diverses grandeurs qui lurent données à la basse de violon, il est bon de l'aire remarquer
I / État de la r race, 1692, p. -210.
2. M \ Soubies .'i reproduil ce frontispice dans son Histoire de la allemande, p. 69.
que si le violoncelle était l'agrandissement exact du violon, par rapport à son diapason, sa caisse devrait avoir environ \ mètre de longueur, 70 centimètres dans sa plus grande largeur, et les éclisses seulement 85 millimètres de hauteur. Mais, pour la facilité du jeu, la longueur et la largeur ont été diminuées, et les éclisses haussées, afin que, par cette compensation, la caisse puisse contenir la masse d'air suffisante pour la bonne sonorité.
En réalité, le violoncelle ou basse de violon est accordé à l'octave au-dessous de l'alto ou quinte; car sa chanterelle ou première corde sonne à vide le la placé sur la cinquième ligne de la clef de fa, et les trois autres, à une distance de quinte en descendant : ré, sol et ut :
De même que sur l'alto, ces deux dernières cordes sont filées.
Le violoncelle de David Tecchler, daté de Rome 1-72 1 , que nous reproduisons, est à peu de chose près, de mêmes proportions que celui d'Antonio Stradivari, de Jules DeK.nl, déjà donné. Il mesure :
Longueur de la caisse 760 millimètres
Largeur dans le lias. . . \ J8
au milieu . . . 240 —
— (hms le haul . . 35o — Hauteur des éclisses, en bas 126
— en haut 118
Longueur des // i'io —
— de la tête 220 —
Les premiers violoncellistes n'étaient pas très habiles : tout leur talent consistait à frotter des parties de basse pour accompagner le chant, ou les instruments, principalement le violon dans ses sonates et ses concertos. Corelli
ne voyageai! jamais sans son accompagnateur violoncelliste, <i Tartini ne se séparait pas de son ami Vandini, lequel remplissait le même office auprès de lui. On a vu que Baptiste et Guignon se firent accompagner au Concert spirituel, l'un par une basse de viole, l'autre par ui< basson.
Nos virtuoses modernes ne se contenteraient pa* de si peu.
Ce fut pendant très longtemps le rôle des violoncellistes, qui n'exécutaient pas toujours la basse d'accompagnement avec beaucoup d'exactitude. Ils ne se gênaient aucunement, paraît-il, pour la broder, l'amplifier, la transfigurer même. Ouantz dut en souffrir, car il s'élève, en ces termes, contre cet abus :
« Le joueur de violoncelle, dit-il, se gardera de broder la basse, comme quelques grands joueurs ont eu autrefois cette mauvaise coutume : c'est faire montre de son babilelé fort
VIOLONS I 1 l I DE I) A v i li il
mal à propos. En voulant mettre <]ans la basse des broderies arbitraires, on fait encore plus de mal qu'un joueur de violon n'en peut faire dans une partie d'accompagnement. Il est absurde de vouloir faire une partie supérieure de la basse, qui ne doit avoir pour seul et unique but que de soutenir et de rendre barmonieux les ornements de l'autre partie1 ».
Francisello commença à jouer le violoncelle en solo. Ouantz, qui l'entendit à Naples, en 1725, en parleavec enthousiasme. Vandini ne se contenta pas toujours d'être le simple accompagnateur de Tartini, il se lit aussi connaître comme soliste et s'acquit une grande réputation.
Giorgio Antoniotti deMilan, et Salvatore Lanzetti5, lequel était au service du roi de Sardaigne, se firent également remarquer un peu après; mais c'est Bertault Yalenciennes, vers 1700 — Angers, lT.'iii qui est considéré comme le véritable fondateur de l'école du violoncelle, car il fut le premier à se servir du pouce comme sillet mobile, artifice d'exécution déjà employé sur la trompette marine, et qui permet de parcourir toute l'étendue.
On raconte à Valenciennes que c'est à la suite d'un concert, où il avait entendu accompagner une sonate de violon par un violoncelliste peu babile. mais très fantaisiste, qu'il abandonna la basse de viole pour le violoncelle.
Bertault se fil entendre pour la première fois au Concert spirituel, en [739, clans un concerto de sa composition; son succès fui prodigieux.
Caffiaux, son contemporain, rapporte ce fait amusant :
< Tandis qu'il jouissait à Paris de la gloire de n'avoir aucun égal, un ambassadeur, ami de la musique, l'engagea à venir faire les délices d'une nombreuse compagnie qu'il a\ ail
1. Q\ \mz. Méthode de flûte, Berlin. 1 7.2. L'auteur 1 ;i publiée m français. ■>. Dans -.•- Lettre!, sue l Italie 1739 à 1770 . le présidenl de Brosses parle avec admiration du violoncelliste Lanzctti.
assemblée. Le musicien complaisant obéil : il se présente, il joue, il enchante. L'ambassadeur satisl'ait lui fait donner lniil louis, et donne ordre de le conduire â son logis dans son propre carrosse. Bertault, sensible à cette politesse, mais ne croyant pas ses talents assez bien récompensés par un présent si modique, remet les huit louis au cocher en arrivant chez lui, pour la peine que celui-ci avait eue de le reconduire. L'ambassadeur le fit venir une autre fois et, sachant la générosité qu'il avait faite à son cocher, lui fil compter seize louis et ordonna qu'on le reconduisît encore dans sa voiture. Le cocher, qui s'attendait à de nouvelles largesses, avançait déjà la main, mais Bertault lui dit : « Mou ami, je t'ai payé pour deux fois1 ».
Ce grand artiste avait un penchant immodéré pour le vin, qu'il appelait sa colophane, et jouait rarement dans un salon, avant qu'un domestique ne lui en eût apporté une bouteille, qu'il pinçait sous son tabouret. 11 a publié, pour son instrument, des concertos et des sonates, 1res rares aujourd'hui.
Ses élèves, Janson, né aussi à Valeiiciennes, Dnport l'aîné, Cupis et Tillière, lui firent le plus grand honneur et rendirent justement célèbre l'Ecole française du violoncelle.
Jean-Baptiste-Aimé-Joseph Janson l'aîné Valenciennes, 17 12, — Paris, 1803) se fit entendre avec succès au Concert spirituel, pour la première fois, le 2.'t mars 1755. Depuis celle époque jusqu'en 1780, il en fut un des solistes habituels. Après de nombreux voyages en Italie, en Allemagne, en Suède, en Danemark et en Pologne, où il obtint partout les plus brillants triomphes, il fui nommé professeur au Conservatoire, lors de sa fondation, en 1796. S. m frère, Louis-Auguste-Joseph Janson, resta plus de vingt-cinq ans à l'orchestre del'< >péra. Né ;i Valenciennnes le 8 juillet 1749, on ignore la date de sa mort.
Jean-Pierre Duporl l'aîné (Paris, 1741 — Berlin. 1818
débuta au Concert spirituel en 1761, le jour de l'Ascension. L'année suivante il parut à chacun des concerts de la quinzaine de Pâques :
« M. Duport a fait entendre tous les jours sur le violoncelle de nouveaux prodiges et a mérité une nouvelle admiration. Cet instrument n'est plus reconnaissable entre ses mains : il parle, il exprime, il rend tout, au delà de ce charme qu'on croyoit exclusivement réservé au violon ' .»
Après être resté dans la Musique du prince de Conti, jusqu'en 1769, Duport fit un voyage en Angleterre; deux ans plus tard il alla en Espagne, et en 1773, il entra au service du roi de Prusse Guillaume II, à Berlin, auquel ilenseigna le violoncelle et qui le nomma surintendant de ses concerts. La plupart des violoncellistes allemands de celle époque furent ses élèves.
Jean-Baptiste Cupis, fils du violoniste François Cupis, et neveu de la célèbre danseuse Camargo, fit partie de l'orchestre de l'Opéra jusqu'en 1771. Il partit alors pour l'Allemagne, y remporta de grands succès, principalement à Hambourg, puis revint à Paris et entreprit, presque de suite, un voyage en Italie, où il épousa la cantatrice Julia Gasperini. Cupis était né à Paris en 17 'il ; la date de sa mort n'est pas connue. Il a fait paraître, chez Le Moine, à Paris, vers 1768, une méthode élémentaire de violoncelle.
C'est surtout par sa. Méthode pour le violoncelle, contenant tous les principes nécessaires pour bien jouer de cet instrument, que Joseph-Bonaventure Tillière se rendit célèbre. Parue chez Jolivet, à Paris, en 1774, on en fit plus tard d'autres éditions chez Sieber, Imbault el Frère. Elle fut pendant très longtemps le vade-mecumde tout violoncelliste.
On voit combien fut grande l'influence de Bertault, non seulement en France, mais encore en Europe, où ses élèves portèrent ses traditions. Nous n'exagérons donc pas en le