‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets;Chapitre 77 sur 181 · I.AMARTINL · texte numérisé non relu

I.AMARTINL

Donner les violons. Payer l'orchestre d'un bal. organiser une fête à ses frais, régaler, divertir autrui.

Madelon. — « Mon Dieu, mes chères, nous vous demandons pardon. Ces messieurs uni eu la fantaisie de nous donner les âmes aux pieds, et nous avons envoyé quérir pour remplir le- vides de notre assemblée. » Molière, Les Précieuses ridicules, se. Mil.

C'étaient les violons que les belles petites précieuses désignaient par les âmes aux pieds, dans leur argot parfumé.

Donner du mou <) lu chanterelle, faire un cadeau a un personnage influent.

En avant 1rs violons! c'est-à-dire : Vive la joie ! Vive le plaisir :

/;'//■<■ un pi, usant violon, se dit d'un homme ridicule.

Faire entendre les violons, offrir un concert, une fête.

- En causant avec M"" Bigot, M. Servian lui dit qu'il n'aimoit rien tant que les violons, et qu'étant procureur à Grenoble, il quittoil tous se- procès pour écouter s'il y avoil le moindre rebec dans la rue. — A propos, lui dit-elle, on dit que yous nous le- ferez entendre bientôt

i. /..■ Figaro, I : septembre in 9,

les violons; mais la salle de M"0 Avril est un peu bien petite, il faudra que sa grand'mère vous prèle la sienne '. »

Faire danser avec un violon à bourrique, frapper une personne avec un bàlon.

Gouverner la chanterelle, indique un homme puissant.

Il a beau jeu si la corde ne rompt, pour tout ira bien s'il n'arrive pas un empêchement.

// a payé les violons pour que les autres dansent. — Les autres ont dansé et il a payé les violons, manière ironique de dire que quelqu'un a eu tout l'embarras d'une affaire, sans en bénéficier. Equivalent de tirer les marrons du feu.

« Les grands font les folles entreprises ou les fautes, et le peuple

paye les violons. »

(Le père Joubert, Dict. français-latin.

Les violons sont commandés, indique tout est préparé pour une fête ou une cérémonie.

Monsieur Crincrin, le ménétrier.

Mettre au violon, conduire quelqu'un dans la cellule du corps de garde qui sert de prison provisoire.

Selon Roquefort, cette expression est analogue à mettre au psaltérion, et il cite ce passage à l'appui de son dire :

« Ce prisonnier et lui furent mis au saltérion. »

{Lettres de rémission en I iil.

Kastner vient confirmer l'opinion de Roquefort par ces citations :

« Et apprès le su pliant fut mis en une autre prison au dit Chastel, avec un autre homme prisonnier; et furent mis ensemble au psaltérion. »

[Lettres de rémission de 1359.

« Robert le fournier, pour le soupçon d'avoir robe Colin le varlet,

rompu sa huche et prins 11 solz tournois, fut mis au cep dit saltérion

des dites prisons. »

lutres hii, es de 1377.

i. /■ de Tallement des Réaus, t. 111. p. 79.

Il semble résulter de ceci que le cep, sorte de poutre percée de trous et servant à entraver les prisonniers, reçut le nom de psallérion à cause de sa ressemblance avec cet instrument de musique'; que la salle où se trouvait placé le cep ou psaltérion porta bientôt ce nom, qu'elle changea pour celui de violon, répandu partout, lorsque le psaltérion ne fut plus usité.

Cette origine de la dénomination populaire de violon, donnée à la salle d'un corps de garde qui sert de prison temporaire, nous paraît assez logique, et bien préférable au mauvais calembour :

On appelle la prison un violon, parce qu'autrefois on y était conduit par un archer.

Par trop lire,' la corde rompt, en italien : Chi troppo lira la corda, la str'appa.

Racler le boyau, tenue vulgaire pour désigner l'action 'l'un violoniste.

Se donner les violons, faire le grand seigneur, le généreux.

Selon l'argent les violons, on est plus ou moins bien servi, selon que

Ton dépense.

Sentir le violon, être sur le point de devenir misérable; sentir la prison.

Jeter Vépervieren violon, se «lit d'un pécheur maladroit.

Toucher une corde toucher un mot , aborder une question, appeler l'attention sur tel point, tel cédé d'une affaire.

Toucher la corde sensible :

« Parler de ce qui intéresse le plus vivement une personne, de ce qui l'ail le plus de peine, ou le plus de plaisir. »

i 6 édit.

Toucher la grosse corde :

« Parler de ce qu'il y a de principal el d'essentiel <\;u\< une affaire. »

I. N'en- avons parlé du psallérion dans le chapitre consacré à la

Paganini, qui exécutait souvent des morceaux entiers sur la grosse corde, la quatrième, racontait à son ami le peintre Ziem, de qui nous le tenons, que si les grands Luthiers italiens ont laissé des violons excellents, c'est parce qu'ils prenaient toujours le soin, pour les construire, de n'employer que du bois provenant des arbres sur lesquels avaient chanté les rossignols.

Nous ignorons si les maîtres de la lutherie n'avaient pas d'autre secret. En tout cas, la légende est charmante.

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