‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle: les luthiers et les fabricants dChapitre 1 sur 159 · LE VIOLON · texte numérisé non relu

LE VIOLON

FT HRH nRRIVRS

i;alto, i>e vior.oNCRiJ,K et la contrebasse

Nous voici arrivé à la dernière et définitive Iransformation du croulh, au violon, qui a reçu, non sans raison, le lilrc de roi des instruments. Clianleur par excellence, il possède une sonorité citaude et vibrante. Ses moyens d'expression, d'une si grande richesse, lui permettent de passer alternativement du grave au tendre, du badin au sévère; d'être, tour à tour, noble ou spirituel, et de faire pleurer ou rire, selon son gré. En

somme, grâce h ses qualités mulliples, il pcul traduire les sentiments les plus variés, les plus divers.

C'est en cherchant à donner du brillant et de Téclat à la sonorité du pardessus de viole, ou a violino piccolo alla francese », que la forme définitive du violon fut trouvée.

Pour obtenir ce résultat :

On diminua presque de moitié la hauteur des éclisses, beaucoup trop élevées pour la grandeur de la caisse de résonance du pardessus de viole, et cause principale de son manque de timbre et de sa sécheresse de son.

Les tables du fond furent voûtées comme Tétaient déjà les tables supérieures.

Afm de donner plus de solidité aux tables, on leur laissa des bords dépassant légèrement les éclisses, au lieu de les couper au ras de ces dernières.

Les échancrures des côtés restèrent en forme de (1, mais un peu plus fermées que dans les violes, et Tangle aigu des encoignures fut remplacé par une partie tronquée, ce qui rendit les contours plus gracieux. Les ouïes devinrent desy' /'.

Dans le but de faciliter le jeu de Tinstrunient, on supprima le mouvement concave de Téclisse du haut, pour la raccorder à angle droit avec le pied du manche.

Les cordes furent réduites au nombre de quatre et accordées en quintes:

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ce qui diminua le tirage imposé a la table d'harmonie, et, par suite, augmenta la sonorité, tout en conservant à peu près la même étendue qu'avec un plus grand nombre de cordes accordées en tierces et en quartes.

Enfîn, le manche fut rétréci en raison du nombre des cordes, et une volute rempla(;a les têtes sculptées à Textrémitédu cheviller.

Le premier violon fut donc un pardessus de viole Iransrornic et sinipliiié.

On aurait dû le nommer violin, puisque, en italien, « violino » veut dire petit violon, tandis que « violone », qui signifie grand violon, a toujours été employé pour désigner la contrebasse.

11 est bien certain que le pardessus de viole n'a pas été transformé en violon d'un seul coup, et que Ton est redevable de celui-ci au concours de plusieurs luthiers; mais on ignore leurs fioms et rien ne fait prévoir que Ton doive les

connaître un jour.

A cause de la dénomination : « violino piccolo alla francese ») donnée au pardessus de viole, tout simplement parce ipTil élait très usité en France, quelques aulcurs ont prétendu que le violon était d'origine française; mais jusqu'à présent rien n'est venu confirmer celte opinion. Le nom du luthier français à qui on devrait en attribuer la paternité esl encore à trouver, et tout porte à croire que le violon a été créé en Italie, pendant la première partie du xvf siècle. Andréa Amati, à Crémone, Gasparo da Salô et Giovanni- Paolo Maggini, h Brescia, ont le plus contribué à lui donner sa forme définitive. S'il a fallu bien des siècles pour amener le violon à son état de perfection, il n'a plus changé depuis 1550, et cela malgré les nombreuses tentatives qui ont été faites pour en modifier la forme et les conditions acoustiques.

L'élévation des voûtes a quelquefois varié ainsi que les dimensions du corps sonore ; mais aucun changement intérieur n'a été opéré, et les luthiers actuels conlruisent encore les conlre-éclisses, les tasseaux, l'âme et la barre, exactement comme les vieux maîtres de Crémone et de Brescia.

En examinant un violon, on y remarque :

La table supérieure, dite table (riiannome, et par abréviation la inble^ dans laquelle sont percées les //^ c'est-à-dire les ouïes.

Les éclisses, lames de bois qui fonl toul le lour de la caisse de résonance et relient la table d'barnionie avec la lablc de dessous, appelée iable de fond ^ ou simplement le fond.

Les ce, échancrures pratiquées de chaque côté de la caisse, pour faciliter le jeu de Tarchet, et qui se terminent en haut et en bas par les coins.

Le manche^ fixé par son ialon dans le haut de la caisse, et dont l'extrémité forme la télé, ornée d'une voluie et contenant les chevilles.

Le sillety petite pièce placée en travers au bas de la tête, et servant à surélever les cordes avant qu'elles ne passent au-dessus de la touche^ qui est collée sur la poignée du manche.

Le chevalet^ dont les pieds reposent sur la table d'harmonie, et qui soutient les cordes à une certaine hauteur.

Le boulon, placé au milieu de l'éclisse du bas, el auquel on accroche le cordier, ou tire-cordes, que l'on nommait autrefois la queue.

Lorsque le violon est ouvert, ou plutôt détablé, on aperçoit à rintérieur :

Les tasseaux, pièces de bois se trouvant aux extrémités des tables, et contre lesquelles sont collées les éclisses; de plus un trou est pratiqué dans le tasseau du bas, pour y mettre le bouton, et le talon du manche s'ajuste contre le tasseau du haut; les coins, ou petits tasseaux, doublures des coins extérieurs; les contre-écUsses , rubans en bois adhérents aux bords des éclisses, dans tous leurs contours, et assez larges pour que l'on puisse y coller les tables alin de rattacher celles-ci aux éclisses. La barre, dite barre d'harmonie, pièce très importante collée sous la table supérieure dans toute sa longueur, et passant sous le |)ied gauche du chevalet. Udme, petite tige de bois arrondie, qui ne se colle pas, mais se place entre les deux tables, un peu en arrière du pied droit du chevalet.

Les tasseaux, les coins et les conlre-éclisses sont là

LE VIOF.ON ET SES DÉRIVRS 5

pour consolider In caisse el lui donner la force de rc^sistance ni^cessaire.

Primilivomcnl, il n'y avait pas toujours des conlrcéclisses du côlé de la table de dessous ; nous avons vu des violons italiens anciens, dans lesquels une petite rainure était creusée sur les bords du fond pour recevoir les éclisses et les empêcher de se déplacer. Dans ce cas, les niels n'étaient que dessinés sur le fond.

Selon Hart, Brensius de Bologne, faiseur de violes du XV' siècle, plaçait déjà la barre de la même façon qu'on le fait encore de nos jours. Cet auteur ajoute : « La barre du violon ne sert pas seulement à fortifier cette partie de la table 011 la pression du clievalet se fait énergiqucment sentir; elle forme encore une partie fort curieuse et profondément intéressante de la construction du violon. On pourrait l'appeler, avec une grande vérité, le système nerveux du violon*. » En efTct, avec une barre trop faible, la table cède rapidement et les deux cordes graves sont cotonneuses et nasillardes; par contre, avec une barre trop forte, le côté gauche de la table est comme paralysé et n'a pas la souplesse nécessaire pour suivre les ondulations qui se produisent dans les autres parties lorsque la caisse est mise en vibration, et par suite les cordes basses sont dures, l'émission de certaines notes y devient très difficile.

L'âme, dont nous avons parlé longuement à propos du chevalet du crouth, joue aussi un rôle de la plus haute importance dans la construction du violon. F. Savart déclare qu'elle remplit trois fonctions : « 1* Elle communique le mouvement d'une table à l'autre; 2* elle rend normales les vibrations des tables; 3' elle rend immobile le pied droit du chevalet. L'âme ébranle la table dans toute son étendue et, quelle que soit la direction de l'ébranlement, elle le rend toujours normal dans les tables*. » En Italie et

!. Haut. Ia* Violon.

2. Cours lie physique cxp<frimrntalr, j)rnfrss(f au Collège de France jtendaul Vannée

fi LES ANCÊTRES DU YïOLON

en France, elle se nomme l'ftme, en Allemagne, la voix du violon, el Harl, assez heureux dans ses définitions, dit que TAme du violon : « remplit avec une infaillible régularité les fonctions du cœur * ».

Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'elle* exerce une très grande influence sur la qualité du son d'après la place qu'elle occupe : ainsi, lorsqu'on la rapproche un peu des bords, la chanterelle et le la deviennent plus mordants, plus incisifs, plus timbrés; mais, par contre, les troisième et quatrième cordes perdent en volume el en qualité. Au contraire, si on la repousse légèrement vers le milieu, le ré el le sol acquièrent de suite plus d'intensité et de rondeur. En somme, on peut régulariser la sonorité d'un violon en modifiant l'emplacement de l'âme; seulement, une main experte est nécessaire pour cela, et bien souvent le résultat n'est obtenu qu'après de nombreux tAtonnements.

Le chevalet, qui sert à la fois à maintenir les cordes à une certaine hauteur et à transmettre leurs vibrations à la table, demande aussi h être réglé avec beaucoup de soin. Trop épais, il produit l'eflct d'un étouiïoir; trop mince, le son est maigre; trop bas, les cordes frisent sur la louche ; trop élevé, le son devient sec et le jeu de la main gauche très difficile. La sonorité change étonnamment, selon qu'il est trop large, trop étroit, ou construit avec du bois dur, léger ou passé; il en est de même si ses pieds n'adhèrent pas complètement h la table, et si on le place un peu plus à gauche ou à droite. La partie supérieure est arrondie et la quatrième corde plus élevée que la chanterelle, afin de faciliter le jeu de l'archet.

Depuis bien longtemps déjà, la forme du chevalet généralement adoptée est à peu près celle de Stradivari.

En résumé, le violon, qui est de si petite dimension, et, à première vue, paraît si simple, se compose de quatre-vingt-

scolaire i838-i8S9^ par M. P. Savnrl, professeur. Publié dans 1*Institut, joui'niti lies sociétés et travaux scientifiques^ elc, i'^ scclioii, Sciences inalhémutiques^ physiques et naturelles^ 8» année, n<> 319, G février 1810, p. 5G. i. Ouvrage cilé.

LR VÎOF-ON ET SES DRUÏVfiS 7

Jrois pièces, y compris les cordes, quand les tables sont faites chacune d'une seule planchette, et de quatre-vingt-cinq, lorsquo cellos-ci se composent do doux. Voici lo di^lnil dos piocos :

1 ou

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