‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle: les luthiers et les fabricants dChapitre 30 sur 159 · Le Parnasse P'ançois · texte numérisé non relu

Le Parnasse P'ançois

ArmidCj dont la première représentation était attendue avec une vive curiosité : « Tu os donc bien malade mon pauvre Baptiste, lui dit le prince, puisque ton confesseur t'a fail brûler ton opéra d'Armidel — Hélas I oui Monseigneur 1

— Et tu as pu te décider à jeler au feu un si grand ouvrage?

— Paix, paix, Monseigneur, parlez plus bas, j'en ai gardé une copie ».

Courtisan habile autant que compositeur de grand mérite, Lully était aussi violent que bon :

« Pour l'orchestre, dit Dom Caffiaux, il avoit l'oreille si fine, que du fond du théâtre il déméloit un faux ton, accouroil^ et disoit au violon : C'est toy, il n'y a pas cela dans la partie ! Plus d'une fois, il a rompu le violon sur le dos de celuy qui n'exécutoit pas à son gré; mais la répétition fmie, Lully l'appeloit, lui payoil son violon au triple, et le nienoit diner avec lui*. »

En battant la mesure avec sa canne, pendant l'exécution d'un Te Deum qu'il avait composé pour célébrer la convalescence de Louis XIV, Lully se frappa au pied, et mourut, âgé de cinquante-quatre ans, des suites de la blessure qu'il s'était faite. Sa fortune était considérable, il laissa de nombreux immeubles, plus, six cent cinquante mille livres d'or dans ses coffres. Il fut inhumé dans l'église des Petits-Pères, près la place des Victoires, où sa famille lui fit élever un superbe tombeau.

Du temps de Lully, les joueurs de violon n'étaient que des ménétriers plus ou moins habiles, bons seulement pour faire danser ; et le plus faible de nos violonistes déchiffrerait

i. l)o.v Cafpiaux. Ilisioire de la musique. (Ms. bilil. nal., n» 22, p. ;i3G-ri37.)

sans hésiter la partie des Songes funestes d'Athys^ que LuIIy donnait à exécuter, comme épreuve, à ceux qui se présentaient à lui, pour faire partie de son orchestre. Ainsi s'explique le peu de considération accordé au violon à ses débuts.

On pourrait croire qu'il fut maltraité alors parce qu'il continua dans les fêtes le rôle du rebec, avec lequel on l'identiOait; mais il n'en est rien ! Il est bon joueur de reùeCy voulait dire un honvne habile; tandis que : C'est wi plaisant violon, ou simplement un violon^ était un terme de mépris : « Traiter un homme de violon ^ c'est comme si on le mettait au rang des ménétriers qui vont de cabaret en cabaret jouer du violon et augmenter la joie des irrognes », se lit aussi dans le Dictionnaire de Trévoux. Caslil Blaze doit donc avoir raison, lorsqu'il dit :

« Le luth, la viole, le téorbe, le clavecin étaient les instruments favoris des amateurs peu nombreux qui cultivaient la musique. Un fashionable aurait rougi si on l'avait surpris un violon h la main; c'était l'instrument du ménétrier, du maître à danser; et si quelques amateurs jouaient du violon, c'était pour leur usage particulier; ils n'osaient pas toujours avouer ce travers'. »

M. Arthur Pougîn, a publié dans Le Ménestrel une étude intéressante où il fait connaître les noms de quelques joueurs de violon que l'on doit considérer comme étant les élèves de Lully*. Ce sont: Lalouette et Cotasse, qui furent chefs d'orchestre, ou plutôt batteurs de mesure^ sous ses ordres; Joubert, puis, Jean-Baptiste Marchand, à la fois joueur de luth (luthérien, comme on disait alors), de la Chambre du roi, et dessus de violon à la Chapelle; Kebel père, lequel habitait, en 1667, rue Froidmanteau, et qui est probablement le chef delà dynastie des Rebel; et La Lande,

1. CASTif.-Bi.AZR. Chapolle-musique fies voh de France ^ p. 88,

2. L Orchestre de Lidbjy par ArUiiir Poiigin. Le Mdneslrel, Tévricr cl mors 1896.

ancien laquais, puis valet de chambre du maréchal de Grammont, qu'il ne faut pas confondre avec le compositeur Michel Richard de La Lande.

Voici les noms de deux cent-dix violons, « dessus, haute-contre, taille, quinte, basse et grosse basse », qui, de Louis XIII à Louis XVI, firent partie des Musiques de la Chapelle, de la Chambre (grands et petits violons), de la Grande Ecurie (grands hautbois et violons), de la reine et de Monsieur, frère du roi * :

Chevalier, Boileau, Jacques Cordier dit Bocan (dont il a déjà été question), Lazarin et Foucard étaient au service de Louis XIII, ainsi que François Hichommc, nommé roi des violons en 1620, et Louis Constantin, qui porta également la couronne ménétrière de 1624 à 1655.

C'est en 1652 que J.-U. Lully devint un des vingt-quatre violons. Michel Mazuel, nommé compositeur de la musique de cette Bande au mois de mai 1654, devait certainement être au nombre des exécutants, car il fut un des signataires de l'acte passé entre les Doctrinaires et la Corporation des Ménétriers en 1664 '.

Klevé h la dignité de roi des violons en 1655, Guillaume

i. On a vil plus haut, que : « Nicolas Pyroncl, Jehan Ifonry, Jehan l'ourcade, r.laiiilc Pironol, Pierre de (^aingiiilleherl, Paulc île Milan, Nicolas do I.nctjiiescl Doniiniquc de Liicques, Ions violons cl joueurs d'inslrumcus du Hoy », acconipa^çnèrenl François I<"' h Lyon, en 1533; el que BaUazarini, prenail le (ilre de : (I viol(»ns de la Clluunhre du Roy ».

2. Depuis leur fondation, la chapelle el Thùpilal de Sainl-Julien Turenl desservis par des pri^lres de la paroisse Sainl-Merry; mais le 22 novembre itiii, raiH^hevùque de Paris, Iransféra lous les dr(»ils el privilèges qui en dépendaienl aux Pères de la doctrine chrélienne. (!cu\-ci se coiisidt^ranl counnc les vt^rilahles propriétaires, réunirent, en IGiO, la chapelle h leur congrégation, el s approprièrent le revenu de l'hùpilal. La corporation des ménétriers protesta, cl après bien des dinicultés une transaction toute à l'avantage des joueurs d'instruments cul lieu le 15 avril IGtii.

Dumanoir V\ qui faisait alors partie des vingt-qualre, démissionna en faveur de Pierre Corneille; mais Louis XIV, craignant que son départ ur porlAt préjudice à ce corps do musique, créa pour Dumanoir une charge de vingt-cinquième violon de la Chambre, et, de plus, lui confia la direction de la Bande, que Ton continuai appeler les vingt-quatre violons, quoique leur nombre eût été porté à vingt-cinq*.

Cedoit être par erreur que rElat de la France de Vannée 1709 mentionne « Jaque de la Quièze Talné » comme dessus de violon de la petite Bande depuis 1051, puisque celle-ci ne fut constituéeque plus tard ; mais il est très probable qu'il en fit partie dès le début, c'est-àdire en lOijîJ. Nommé au même emploi h la Chapelle, en 1000, il était pensionnaire de la Musique de la Chambre en 1702 et touchait à ce titre 1.200 livres « païéz sur les Menus ». Il figurait encore à cette époque dans les violons

du Cabinet, et, six ans plus lard, en 1708, parmi ceux de la Chapelle*.

Il y a aussi une erreur similaire dans le môme ouvrage au sujet de Nicolas Roullé, porté comme joueur de « taille » dans les violons du Cabinet depuis 1G52\ Il ne put, ainsi que Jacques de la Quièze, y entrer qu'à la création. Le 2 septembre 1082, Nicolas Roullé fut admis dans les vingtquatre violons, à la place « d'Estienne Bonnard* ». On ne sait à quelle époque celui-ci avait été nommé.

Dessus de violon de la petite Bande, en lO'iO, Pierre

CIIBVALRT ]> ALTO d'à. BTRADIVARI

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