‹ Les ancêtres flamands de BeethovenChapitre 15 sur 39 · A NE "A · texte numérisé non relu

A NE "A

BAPT. LUDOVICUS, FILIUS MICHAELIS VAN BEETHOVEN ET MARIAE LUDOVICAE STUYCKERS.

SusC. LUDOVICUS STUYCKERS ET ANTHONIA SCHREVENS NOM ÉLISABETH VAN LEEMPOEL.

Le nom de Louis fut donné à cet enfant; l’aîné, portant le même nom, était mort trois mois après sa naissance.

Le dernier fils de Michel naquit, dans la maison de la rue du Mhivre le 2Sullet 1715:

4 Lambertus-Michael

filius legitimus Michaelis van Beethoven et Mariae Ludovicae Stuyckens.

Susc. Lambertus Ponselet et Maria Schudermant.

Après le décès de son père Corneille, survenu le 29 mars 1716, Michel quitta la rue du Poivre pour occuper la maison paternelle rue des Pierres. Le livre des impôts estimait cet immeuble à une valeur locative annuelle de soixante florins, Michel payait de ce fait, au fisc, une taxe annuelle de trois florins en 1722 (1). La maison de la rue des Pierres était inscrite au nom de la veuve de Corneille van Beethoven qui possédait également la maison voisine, (immeuble de moindre importance, puisque son loyer n’était estimé qu’à trente florins), occupée en 1722 par Jean-Baptiste van Meerbeeck.

Installé dans la maison “ Het Moleke ” avec sa femme et ses trois fils, Michel continua son métier de boulanger, mais il s’occupa également d’achats et ventes de tableaux. Nous en avons trouvé la preuve dans un registre de la Judicature des échevins (2). Le 5 mars 1/32, le notaire J. F. van Mompeyen, en sa qualité de curateur de la mortuaire de feu dame Catherine-Aldegonde Verpoorten, assigne Michel van Beethoven devant le tribunal

(1) Archives de Malines, registre des impôts sur maisons. (2) Ibid., Judicature des Echevins. S. V. n° 61, 1725 à 1734, fol. 149 verso.

des Echevins de Malines. Ceux-ci lui demandent s’il ne détenait pas des objets ayant appartenu à la mortuaire Verpoorten. “ Si, répondit-il, je possède un tableau de la veuve Verpoorten, mais je suis prêt à le restituer, s’il le faut. Quant à d’autres objets, je n’en ai point et suis prêt à vous l’affirmer sous serment ”.

Les juges ne s’en tiennent pas là. Le 21 mars 1732, le curateur exige une seconde comparution de Michel van Beethoven au banc des Echevins. Il réclame cette fois l’aveu sous serment de de ce que Michel van Beethoven a vendu, soit publiquement, soit de gré à gré, durant ces douze dernières années, surtout en tableaux, lits et autres objets de l’espèce. Le 5 août suivant, Michel se rend à l'invitation qui lui est faite en vertu de la “ sustinue ” du 21 mai. Il déclare que dans les douze dernières années, 1l n’a vendu n1 tableaux, n1 lits, n1 autres meubles, soit de la main à la main, soit publiquement, et moins encore des objets ayant appartenu à la mortuaire Verpoorten. Tout cela, il est prêt à l’affirmer sous serment. Sur quoi l’incident fut clos.

On peut inférer de ces actes de procédure que Michel van Beethoven exerça le métier de brocanteur probablement dès le début de son mariage, et tout au moins avant l’année 1720. Il est possible que les troubles populaires, qui agitèrent Malines à cette époque et dressèrent la ville contre la politique malheureuse de Charles VII, compromirent le négoce de Michel, car nous le voyons, dès 1720, chercher d’autres sources d’activité et s’adonner notamment au commerce de la dentelle.

La “ Malines ” était déjà fort recherchée et exportée par quantités importantes en France, en Angleterre, en Hollande et même en Espagne et au Portugal. C’était un objet de luxe et de toilette à la fois, qualité double qui lui assurait un marché lucratif. Le négociant en dentelles (kantoorhouder) n’était guère embarrassé pour son installation! Il lui suffisait de quelques tiroirs, de quelques boîtes pour classer les modèles et

Industries Malinoises. — La Dentelle de Malines

les échantillons; d’ajouter à cela une ou deux armoires pour ranger les provisions de fil et d’aiguilles, et autres accessoires, le tout pouvait tenir dans une pièce de dimensions moyennes. Les dentellières travaillaient à domicile ou dans les écoles et ateliers que visitaient les ouvrières expertes; les dames amateurs de la bourgeoisie s’y intéressaient aussi. L’ouvrage terminé, on

portait les pièces chez le marchand qui se chargeait de les lancer. Celui-ci possédait en propre les patrons et modèles d’après lesquels il faisait travailler les dentellières. C’était lui qui établissait les prix, fixait le terme de livraison, avançait des fonds si le travail présentait quelque importance. Très nombreuses furent les Malinoises qui se livrèrent au maniement des fuseaux. Il s’en trouvait dans tous les rangs de la société et maintes dames de la haute bourgeoisie cédèrent une de leurs chambres pour la transformer en ouvroir. Les grandes familles éprouvées par des revers trouvèrent dans la confection de la dentelle un moyen de se créer quelques ressources.

Voici donc Michel van Beethoven paraissant, entre deux fournées de pains, devant son comptoir de la rue des Pierres pour étaler ses modèles à la clientèle. Ornée des vingt tableaux conservés de l’ancienne brocante, meublée des deux “ scribains ” et des étagères garnies de porcelaines, la pièce où se faisait ce négoce offrait un cadre approprié à la vente des délicates “ malinoises ”.

À considérer l’état de fortune de Michel van Beethoven, on est porté à croire qu’il faisait de bonnes affaires. Son fils aîné, Corneille, hérita des aptitudes commerciales de son père qui dut trouver en lui un collaborateur utile.

Quant au petit Louis, il se distinguait par ses goûts pour la musique et possédait une belle voix qu’il exerçait pour son plaisir. Michel exploita ce don de la nature pour faire de son fils un petit chantre d'église. Lorsque l’enfant eut atteint l’âge requis pour être admis à l’école des “ choraux ”, Michel le fit inscrire à la classe du maître de chant de Saint-Rombaut, Charles Major.

Quant au cadet de la famille, Lambert-Michel, nous ignorons quel fut son sort. Quitta-t-1l la maison paternelle ? Mourut-il à l’étranger ? Mystère. Ce que l’on sait, c’est qu’en 1744, lors de la liquidation des biens de Malines ayant appartenu à Michel

van Beethoven, on ne compte plus que deux fils en vie, Corneille et Louis.

Le 11 septembre 1715, le boulanger de la rue des Pierres devint propriétaire d’une bonne maison de commerce, avec terrain et atelier, dénommée “ Akelei ” (l’Ancolie), avantageusement située au coin de la rue du Cimetière (aujourd’hui rue de Stassart) et de la rue des Juifs, immeuble qu’il paya huit cents florins argent de change, entre les mains de Walter van den Bossche, mandataire du sieur Pierre Vermeulen, avocat au Grand Conseil, agissant comme curateur de la succession du notaire C. A. Jacobs (1).

Les livres des sections (Wijkboeken) (2) nous apprennent que le 7 juin 1727, Michel van Beethoven et son épouse achetèrent une maison dans la rue des Juifs. Les époux possédaient encore, dans cette même rue,deux autres immeubles nouvellement construits, sur lesquels ils prirent une hypothèque de trois mille florins, qui leur furent comptés par les Pères Carmes (0. L. V. Broeders). Ces maisons étaient contiguës à celle dite “ Akelei ”, de sorte que Michel était propriétaire d’un lot de quatre immeubles dans cette rue. En outre, il recueillit en héritage de ses parents les deux maisons de la rue des Pierres (3), et des parents de sa femme les biens suivants :

1° Une hypothèque de 1000 florins, argent de change, au taux de 3 °/,; consentie par Madeleine Gouffau (4), veuve Louis Stuyckers, sur la maison “ De Meersman ”, sous la Tour, appartenant à Joseph Gouffau et à sa femme Catherine Del Sart

(1) La maison “ Akelei ” porte le n° 88, rue de Stassart. Dès 1526, elle était connue sous le nom de la fleur dite Ancolie (Akelei). On trouve ce nom sous diverses formes : Ackeley, Akeleï, Ankeleij. Archives de Malines, actes scabinaux, reg. 336, fol. 99, v*.

(2) Ibid., wijkboeken, n° 6, fol. 150 v°.

(3) Ibid., actes scabinaux, reg. 362, fol. 39 vo. (4) On trouve les formes : Gouffau, Gouffaut, Goffau.

ou Delsair. Cette créance hypothécaire était datée du 4 décembre 1724 (1).

2° Deux maisons situées dans la rue du Soufflet : l’une dite “ Appolonia Gilde ”, l’autre de “ Molenkarre ” (la Charette du moulin). La veuve Stuyckers avait acquis ces biens en 1737.

3° La maison “ De Bonten Os” (le Bœuf tacheté) du Marché au Cuir, où Michel avait passé sa lune de miel (2).

La veuve Stuyckers avait payé, pour le “ Molenkarre ?, 235 florins, argent comptant, en dehors d’une obligation hypothécaire de 300 florins qu’elle remboursa le même jour, soit le 1* avril 1737. — Michel van Beethoven intervint pour ce marché (3). — La maison “ Appolonia ”, acquise le 29 mars de la même année, fut payée 945 florins. Pour solder cet achat, Madeleine Gouffau, veuve Stuyckers et Marie-Louise Stuyckers, sa fille, épouse Michel van Beethoven, en vertu d’une procuration de son mari, recourent à l’emprunt. Elles se présentent le 8 avril 1737 devant le notaire Pierre Broers pour signer un acte par lequel elles reconnaissent avoir reçu la somme de 600 florins des mains de Jean et Guillaume Mergaerts, agissant au nom de leur frère Albert, absent. Cette somme sera productive de 3 florins 10 sols pour cent et sera garantie par les deux maisons de la rue du Souflet citées plus haut (4).

On voit par ce qui précède que le ménage Michel van Beethoven-Maria Stuyckers jouissait d’une certaine aisance. Les archives nous dévoilent en outre que Michel traita avec plusieurs dames de Malines pour l’achat des produits de leur ouvroir et qu’il étendit son commerce de luxe au point de Courtrai, de Bruxelles et d'Anvers.

(1) Archives de Malines, actes scabinaux, reg. 345, fol. 174 r°. (2) Ibid., actes scabinaux, reg. 362, fol. 53.

(3) Ibid., actes scabinaux, reg. 358, fol. 34; wijkboeken.

(4) Ibid., actes scabinaux, reg. 358,

Il était, semble-t-il, d'humeur assez procédurière. Le 28 novembre 1727, nous le voyons comparaître devant les échevins pour s'entendre condamner dans un litige relatif à une servitude avec les enfants de la veuve Lens (1). Une autre sommation à comparoir lui parvient le 28 juillet 1728, à la suite d’une réclamation de Jeanne-Catherine Govaerts (2). Le jour suivant, 29 juillet 1728, Michel proteste devant le tribunal des échevins contre une réformation d’un jugement prononcé en faveur des proviseurs de la Fabrique de l’église Ste-Catherine (3).

Notre homme eut encore maille à partir avec dame Marie Claret dont la propriété touchait à l’une de ses maisons de la rue des Juifs. Devant construire un atelier dans la cour de son immeuble, Michel voulait en faire passer le toit par-dessus le mur de la dame Claret. D'où conflit. Les parties finirent cependant par se mettre d’accord devant le notaire Broers, qui rédigea un acte à cet effet le 2 décembre 1726 (4).

Les locataires ne donnaient pas moins de tracas au propriétaire de la rue des Pierres. Le 22 septembre 1731, Marie Stuyckers, avec l’autorisation de son mari absent (5), loue la maison “ Akelei ” à Henri Wauters pour un terme de six ans, au loyer annuel de 40 florins. L’acte spécifie que le locataire est autorisé à y construire un four de boulanger, à ses frais (6).

Ce Henri Wauters, époux d’Albertine Clouwez ou Clauwez, ne tint pas ses promesses. Quatre ans après, l’épouse van Beethoven (le mari paraît être toujours absent) se vit obligée de

(1) Archives de Malines, judicature des échevins, série IV, n° 25. Ed Gbid série VII, no 10.

(3) Ibid., ibid., série VII, n° 10.

(4) Ibid., Protocoles du notaire Broers, anno 1726.

(5) Ibid., Op heden den 22 September 1731 comparerende voor mij onderg.notaris.Jouffr. Marie Stuyckens, huisvrouwe van Michiel Van Beethoven, meester backer ende borgher alhier, welck comparante verclaert met consent van haeren man mits d’absentie.…… Actes du not.

Buydens, 1731.

(6) Ibid., Protocoles du notaire J. A. Buydens, anno 1731.

où

faire expulser son locataire. Le 7 février 1735, les échevins de Malines sanctionnèrent l’expulsion (1).

Le 9 mars 1735, l'immeuble “ Akelei ” fut loué à Henri Tollenaers. L’acte stipule que le loyer prendra cours à partir de la St-Jean 1735, à raison de quarante florins l’an, payable par trimestre (2).

Viennent maintenant les jours noirs. Nous venons de voir que Michel van Beethoven faisait de longues absences et qu’il laissait agir sa femme en son nom. Pourquoi ces absences ? Voyageait-il pour son commerce? Ce qui est certain, c’est que Michel a besoin d’argent. Les immeubles de la rue des Pierres étaient déjà hypothéqués pour 200 florins au profit de Gilles de Grauw (3) et pour 500 florins au profit de son parent Henri Willems; ceux de la rue du Soufflet “ Appolonia gilde ” et “ de Molenkarre ”, le furent comme garantie d’un prêt de 600 florins, versés par Jean et Guillaume Mergaerts, au nom de leur frère Albert, habitant Breda (4).

Ces emprunts contractés successivement par Michel ne peuvent avoir été motivés que par la volonté d'installer confortablement ses fils, Corneille et Louis, à Bonn, avec l’intention d'aller les y rejoindre plus tard. Dans ce cas, l’obligation de faire flèche de tout bois expliquerait la débâcle finale.

L'année 17/40 est celle de la détresse accusée. Michel se voit obligé de passer contrat avec une dame Claire-Anne de Meester, marchande de dentelles à Malines (5). Le 11 janvier 1740, il comparaît avec sa femme en l’étude du notaire C. J. Claessens où Claire-Anne de Meester déclare avoir adressé

(1) Archives de Malines, judicature des échevins.

(2) Ibid., Protocoles du notaire F. A. Festraets, anno 1735. (3) Ibid., Livre des sections (Wykboeken) n° 10 fol. 21. (4) Ibid., Protocoles du notaire Broers, 6 avril 1737.

(5) Voir document n° 2.

requête aux échevins de Malines (pièce apostillée le 4 janvier 1740) pour se plaindre du non-paiement par Michel van Beethoven d’une dette de 855 florins 16 sols courant, reliquat d’une facture pour marchandises fournies. Van Beethoven ayant déclaré que sa situation actuelle ne lui permettait pas de s’acquitter entièrement, les parties firent l’accord suivant :

Michel reconnaît devoir à Anne-Claire de Meester le montant déclaré ci-dessus, qu’il lui versera en trois fois : 300 florins dans la huitaine, 300 autres à la St-Remi de la même année, le restant, 255 florins 13 sols, devant être remboursé en 1741. Michel et son épouse se déclarent solidaires de la dette ; à cet effet, ils engagent leur personne et leurs biens, spécialement leurs deux immeubles de la rue des Pierres, déjà hypothéqués pour 1406 florins au profit du sieur Estrix et pour 600 florins au profit du sieur Henri Willems. En plus, ils donnent comme garantie la maison De Bonten Os, du Marché au Cuir, hypothéquée pour 1800 florins au profit du Bureau de Bienfaisance de Malines (1).

Michel ne put faire honneur à ses engagements et recourut à la “ condamnation volontaire ”, laquelle fut prononcée au Tribunal des Echevins le 13 janvier 1741 (2). Le fat executio, déclaré par le commissaire Lassus, fut confié à l’huissier des échevins B. Le Clercq qui procéda à la saisie des deux maisons de la rue des Pierres et des trois immeubles de la rue des Juifs dénommés : À. Roosencrans (le St-Rosaire), Ste-Agnès a monte politiano et Ankeleytien (V Ancolie).

L’exploit fut remis à Marie-Louise Stuyckers. Michel, encore une fois, avait quitté la ville.

Ce même mois de janvier 1741, les échevins de Malines

(1) Archives de Malines, Protocoles du notaire C. J. Claessens, anno 1740. (2) Ibid. judicature des échevins, S. XIV n° 1. Cfr. document n° 3.

reçoivent une requête d’un certain Mathias-Simon van Eupen, marchand à Anvers. Ce commerçant se plaint de ce que, depuis l’année 1739, il a fourni à Michel van Beethoven quantité de dentelles dont il n’obtient pas le payement, malgré de nombreuses et très courtoises “ interpellations ”. La dette s’élevant à la coquette somme de 920 florins, 13 sols, 1 liard et, d’autre part, le sieur van Beethoven ayant quitté le domicile conjugal depuis “ un an et un jour ” sans laisser d’adresse, le suppliant demande aux échevins de vouloir procéder à la saisie des immeubles du débiteur (1).

Cette pièce fut actée et signée par J. A. van der Zype le 1" février 1741. Trois jours après, le Procureur C. van den Broeck ordonna la saisie-arrêt des biens de Michel van Beethoven.

Un jour, Michel vint trouver son parent Henri Willems pour lui demander de vouloir payer l’échéance, prévue par contrat, de 300 florins à la dame Anne-Claire de Meester. Le brave homme satisfit à ce désir, mais, hélas! ce n’était là qu’une goutte d’eau enlevée à la rivière! Bien d’autres créanciers harcelaient le boulanger de la rue des Pierres. Ne sachant plus à quel saint se vouer, Michel jugea prudent de quitter Malines. Il savait qu’à Bonn il serait le bienvenu : ses fils Corneille et Louis, tous deux mariés et bien installés, ne demandaient qu’à avoir leurs parents auprès d’eux.

Avant d’entreprendre le voyage, Michel van Beethoven se mit en règle avec le bon Henri Willems qui l’avait si généreusement tiré d’embarras. Il lui proposa de lui céder son mobilier en échange des 300 florins avancés pour payer le solde de Meester. L'autre s’étant déclaré d’accord, les parties se réunirent chez le notaire de Rees pour y signer, le 12 mars 1741, l’acte par lequel Michel van Beethoven et son épouse Marie-Louise Stuyckers

(1) Archives de Malines. Registre J, Grand Conseil, série II, n° 1. Voir document n° 4.

cédaient à Henri Willems les meubles et autres effets garnissant leur demeure. Ce mobilier comprenait :

Une garde-robe, trois tables, deux scribains avec leurs accessoires, vingt tableaux, deux glaces, trois chiffonnières, un bois de lit (ledikant), trois lits, trois douzaines de chaises, deux chenêts de cuivre pour foyer, une pelle et des pinces à feu, une douzaine d’assiettes d’étain, quatre plats du même métal, deux “ ménagères ”” (meuble ?) dont l’une ornée de porcelaine, deux étagères en bois pour verres, dix paires de draps de lit, deux douzaines de serviettes, quatre coussins, deux marmites, un chaudron, un vêtement d'homme, veston (jupon) et culotte (1).

L’acte dûment signé, Michel et son épouse quittèrent Malines “ à la cloche de bois ”, laissant-là, avec les immeubles saisis, leurs soucis et leurs tracas de commerce. Avant son départ, Michel avait encore reconnu la facture du 29 mars 1/41 de la dame Jeanne de Biest, ainsi qu’une lettre de change de 453 florins le 31 mars, solde en faveur de la même, pour marchandises livrées. Ces signatures n’avaient évidemment aucune valeur puisque le répondant avait quitté les lieux. La dame de Biest ayant adressé une plainte aux échevins, ceux-ci sommèrent Michel à comparaître au banc de justice. Il ne se présenta naturellement pas et fut condamné par défaut, le 13 octobre 1/41, au payement de sa dette plus les frais, soit 253 florins, 4 sols, 1 liard plus 200 florins. Un fiat executio en forme, délivré le 21 octobre 1741 par H. J. B. van der Laen et de Lassus, autorisa l’huissier B. le Clercq à saisir, pour la troisième fois (!), les biens immeubles de Michel van Beethoven (2).

La nouvelle de la fugue des van Beethoven se répandit aussitôt et les réclamations d’affluer au tribunal des échevins,

(1) Archives de Malines. Protocoles du notaire R. de Rees, anno 1741. Voir document n° 5. | (2) Ibid. Reg. Grand Conseil, S. XII, n° 1.

seul compétent, suivant la Coutume de Malines, pour liquider la banqueroute.

Nous touchons à-présent au point capital, -au document d'archives qui va nous éclairer sur l’origine réelle des ascendants flamands de Beethoven. On nous permettra auparavant, pour bien mettre ce point en lumière, d’entrer dans quelques détails sur le droit malinois à l’époque qui nous intéresse.

D’après les “ Coustumen, usancien ende styl van Procederen der stadt, vryheyt, ende jurisdictie van Mechelen ” (1), le créancier d’un débiteur absent (mort ou fugitif) était obligé, faute de parents ou héritiers présents disposés à assumer les dettes, de lui intenter un procès pour obtenir la saisie de ses biens. Ce procès était de la compétence des échevins. La saisie une fois admise judiciairement, les propriétés et biens de l’absent se trouvaient confisqués au profit des créanciers. Ces derniers étaient obligés de faire inscrire au préalable, par le grefñer des échevins, sur le registre de la “ Vierschaer ” (tribunal) le nom du débiteur, le montant de la dette réclamée et le nom de l’échevin qui avait autorisé la saisie. Ces formalités remplies, on fixait le premier jour de comparution devant l’écoutète et les échevins. Cette séance était annoncée au son de la trompette du haut du perron (2) de l’hôtel-de-ville. Au cours de cette première séance, on décidait de faire appel à tous ceux qui avaient quelque droit à faire valoir sur les biens délaissés et saisis du fugitif. L’amman, chargé de cet appel, usait de tous les moyens de publication en son pouvoir. Après quoi le créancier devait signifier la saisie des biens au débiteur. Cet avis était transmis par un bedeau du tribunal. Si le débiteur était absent, l’agent se présentait, à cet effet, dans la

(1) Titre XII, p. 72. Edit. de 1735. Van bezette ende beleyden met datter aankleeft.

(2) Les actes officiels disent : bretesque, ©. à d. bretèche, terme de fortification ou partie crénelée de muraille, improprement employé au X VIIIme siècle pour désigner le perron de l’hôtel de ville.

maison qu'il avait occupée en dernier lieu. Le même avis de saisie était transmis aux proches et amis malinois de l’inculpé. Rentré à l’hôtel-de-ville, le bedeau transmettait au greffier, sous serment, le nom des personnes avisées de la saisie et ces noms étaient inscrits au registre du tribunal.

Ces formalités remplies, le procès commençait. Trois séances, espacées de quinze jours chacune, étaient annoncées du haut du perron de la maison communale et par voie d’avis écrits et affichés. Le tribunal des échevins s’adressait à tous ceux qui avaient quelque intérêt dans la liquidation forcée du fugitif. L’amman assignait à ces séances le débiteur, ou, à son défaut, ses enfants ou ses plus proches parents. Si le débiteur ne se montrait pas, on déclarait la saisie d’office, avec désignation d’un curateur, et le condamné perdait tous ses droits civils, libertés et privilèges à Malines.

Telle fut, en résumé, la procédure appliquée pour le cas de Michel van Beethoven.

Le délai légal de trois ans écoulé, le tribunal procéda à la liquidation. Le 28 juillet 1744, D’Olnit paraphe une pièce signée par G. F. de Robiano, greffier au Grand Conseil de Sa Majesté, disant que le sieur Pierre Steenmans (1), marchand à Malines, est nommé curateur des biens de Michel van Beethoven.

Le 3 août 1744, l’huissier Picard monte au perron pour faire appel, au nom du curateur impétrant de lettres d’assignation, “ à tous ceux connus et inconnus créanciers de la masse susdite ”. Le 12 août 1744, le Procureur van den Broeck comparaît pour Michel van Beethoven devant le tribunal des échevins. Il y transmet les lettres d’assignation au curateur P.Steenmans, lettres paraphées et signées au Grand Conseil de Malines le 28 juillet 1744 et contenant la relation de l’assignation avec pouvoir d’in-

(1) Ce nom se présente sous les formes de : Steemans et Steenmans.

timer. Le même Procureur invite les assignés à faire connaître leurs prétentions sur les biens du failli, sous peine de perte définitive de leurs droits.

En même temps que la publication au perron, le curateur avait lancé des assignations écrites aux parents du failli, notamment à Louis et Corneille, ses fils, et aux autres parents connus.

C’est ici que se place le document, d’une valeur inappréciable à notre point de vue, affirmant la filiation malinoise du grand-père du compositeur. LE CURATEUR PIERRE STEENMANS (1) LANCE A BONN DEUX SOMMATIONS POUR LE PROCÈS MICHEL VAN BEETHOVEN. L’UNE EST ADRESSÉE A

S' LOUIS VAN BEETHOVEN, MUSICIEN IN HET CABINET VAN SYNE HOOGHEYT DEN CEURVORST VAN CEULEN TOT BONN.

(Sieur Louis van Beethoven, musicien du Cabinet de Sa Grandeur le Prince Electeur de Cologne à Bonn).

L'autre à

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