Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III
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Rue Childebei-t. (i)
Celle-ci, le cardinal de Bissy, abbé de Saint- Germain -des-Près, l'ouvrit sur l'enclos monacal, dans l'année même où mourut Louis XIV, et la dédia à Cliildebert P', roi de France, qui, fondateur de l'abbaye, v avait été enterré en l'année o58.
Une fois livrées à la circulation, les rues d'origine conventuelle, comme l'était celle Childebert, ne jetaient pas entièrement le froc aux orties; elles avaient l'air, en devenant mondaines, de garder le petit-collet. Bien des commerces y restaient interdits, comme le bruit, comme les odeurs mauvaises, et ce n'était lieu de plaisance que pour des âmes délicates, dont la dévotion se prétait aux accommodements d'une demi-retraite, ou que désaltérait, dans leur soif de s'instruire, la riche bibliothèque des pères. Les rues de Saint-Germaindes-Près avaient pourtant leur animation propre ; elles ne sont guère plus vivantes depuis la révolution qui les a mises dans la voirie commune.
Aux différents étages des n"* 1 et 3, tels que nous les voyons rue Childebert, des pensionnaires de l'abbaye avaient leurs chambres, communiquant l'une avec l'autre, au-dessous desquelles se suivaient des boutiques, où se vendaient surplis et rabats.
(1) Notice écrite en 1858. La rue Childebert figurait encore sur Ja carte de Paris, où la remplacent un tronçon du nouTeau boulevard Saint-Germain et l'espace nouvellement laissé à découvert devant l'église Saint- Germain-des-Près.
Au rez-de-chaussée du o il y avait, sous Louis XVI, et une mercière et un inarciiand d'élixir de longue vie. Le M était aussi une maison k deux tins, habitation et boutique; le 13 pareillement, et M. Arnheiter, mécanicien, occupait ce dernier immeuble, avant d'avoir ses magasins au 8: il n'y a donc pas moins de 40 ans que ce fabricant d'instruments d'agriculture habite la petite rue Childebert. Par exemple, ;2, 4 et 6 n'avaient qu'un seul étage, lorsqu'ils étaient un bien monastique : on les a exhaussés depuis. Les personnes adonnées n'importe à quel commerce, en deçà des grilles qu'on fermait tous les soirs, y profitaient d'une rare immunité, en ce qu'il était interdit d'opérer chez elles une saisie ; dès qu'il avait le pied dans l'enclos, l'huissier perdait le droit d'instrumenter. N'en abusait-on pas pour faire banqueroute? La chose arriva quelquefois.
Un marchand de vin, nommé Chanfort, égayait le n" 10, dès le temps des moines; plus tard sa veuve prit sa place, en faisant la cuisine pour tous les peintres, sans en excepter un, dont le pinceau becquetait une palette aux environs de l'ancienne abbaye. M"^'^ Chanfort servait deux œufs sur le plat à ses habitués, pour 3 sous : confessons qu'elle les faisait cuire dans la graisse. La moyenne du prix de ses diners n'allait guère qu'à 60 centimes, le vin compris. Qu'on- se garde pourtant de comparer son petit restaurant aux gargottes dans lesquelles les rapins d'aujourd'hui sont réduits à prendre leur pâture, moins saine à coup sûr, mais plus chère!
Rue des Ciseaux* (i)
Nous avons essayé de retrouver l'hôtel des Ciseaux, dont cette rue tire sa dénomination, d'après le Dictionnaire ('es Rues de Paris. Surgissait-il rue du FoUr-Saint-Germain ? Son titre venait-il d'une enseigne de tailleur ou de coutelier? Une famille portait-elle ce nom ? Dernière version s'accordant mieux avec la qualité d'hôtel reconnue à l'habitation.
On en revoit un précisément à l'angle de la rue du Four ; ses proportions n'ont rien de vaste ; mais il a pu se détacher d'un plus grand, particulièrement de son jardin, car il faut surtout un jardin pour élever une maison au rang d'hôtel. De bonne bourgeoisie, pour le moins, était cette bâtisse d'encoignure, remontant pour sûr à l'époque où d'une rue qualifiée des Fossés-Saint-Germain on a fait une rue des Ciseaux, autrement dit au milieu du grand siècle. Sa façade donne sur les deux rues ; des arcades y sont dessinées, répétant les arceaux de ses caves, qui sont encore vierges de gerçure. Par suite d'une licitation, le 20 mars 1662, une sentence des requêtes-du-palais en rendait adjudicataire le collège des Écossais, et la seule mutation qui, depuis lors, se soit produite date de 1847 ; seulement il a fallu une ordonnance royale pour autoriser M. Caire, administrateur temporaire des fondations catholiques anglaises et écossaises en France, à aliéner ledit immeuble.
(1) Notice écrite en 1858.