RUE LOUIS-I.K-GRAND
ment la place à des maisons de revenu sur ce point de la rue Louis-le-Crand. La fameuse pension Morin et cet hôtel, pour lequel elle avait renoncé à l'ancien théâtre de Pierre, seraient-ils morts dans les bras l'un de l'autre? UHistoire duh/cée Bonaparte donne sur la pension 3Iorin des détails plus circonstanciés, qui seraient pour nous une répétition. Renvoyons aussi le lecteur à la notice de la rue Grange-Batelière (1) s'il tient ;i s'éditler sur le compte de M. Daugny, le second voisin des d'Egmont. Mais les Gontaut ont eu évidemment, eux aussi, majeur et mineur hôtels. L'un des deux a passé Nadara et ouvre plus bas : vous pénétrez dans son sous-sol d'autrefois en allant prendre une glace chez Durant, sur le boulevard des Gapucines, où le jardin de l'hôtel a touché au jardin du ci-devant couvent de femmes déboisé par le percement de la rue de la Paix.
L'an 1738, il n'y avait encore à l'angle du Rempart et de notre rue, à l'extrémité de sa ligne gauche, que le magasin des marbres du roi. L'autre angle n'était qu'un fossé. L'égout de la Yillegrouillait, à n'en pas douter, entre les deux.
Le financier Lacour-Deschiens, sieur de Neuville, avait fait bâtir, en l'année 1707, sur les plans de Pierre Levée, un bel hôtel rue Neuve-Saint Augustin, dont le jardin allait jusqu'au boulevard, entre les rue.^ de la Michodièreet Louis-le-Grand. Il en reste, sur celle-ci, notamment le 11" 16, marqué déjà sur le plan de Lacaille. Le duc d'Antin, ingénieux couitisan du roi, surintendant de ses bâtiments, s'était rendu acquéreur, en 1713, de l'hôtel qui a pris son nom pour le laisser à un
(1) La portion de Ja rue Drouot dans laquelle se retrouve l'ancien hôtel Daugny appartenait naguère à la rue de la Grange-Batelière.
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quartier. Le maréchal de Richelieu en était propriétaire dès 1757, et il y faisait faire des embellissements. Alors fut dessiné par Chevautet ce joli pavillon qui forme encore le coin du boulevard, à la place de l'ancien fossé : sa rotonde y délasse la vue des monotones pans coupés que présentent tant d'autres angles ! Les masques qu'on y a sculptés demeurent les chefs-d'œuvre du genre. Un balcon tourne autour de l'éditice, comme une ceinture glissante, et c'est pourtant la seule que Richelieu ait nouée, dans son pavillon de Hanovre : il faisait le contraire aux autres ! On sait que la plupart des femmes préféraient sa maturité à la jeunesse de ses rivaux, le poursuivaient encore, octogénaire, de leurs envies de pardonner, qui étaient des lettres de rappel : plus d'une finissait môme par le coucher, consolation désespérée, dans la ruelle de son testament ! Il disait à son tils, goutteux : — Imitez votre père, Fronsac ; quand un de mes pieds a la goutte, c'est l'autre qui en soutîre le plus : je ne fais pas un pas de moins.
En ce qui regarde notre rue, le duc plaida avec M. Arthur, prédécessseur des frères Robert : cet Arthur avait établi, à l'autre encoignure du Cours, c'est-à-dire à la place qu'avait occupée le dépôt des marbres du roi, une fabrique de papiers peints, qui masquait la moitié de la vue. Fronsac n'hérita de son père qu'en 1788, et des entrepreneurs de fêtes publiques accaparèrent l'hôtel de seconde main, dans la Révolution. Il était dès-lors divisé, car la rue de Hanovre, dont le terrain avait été acquis par Chéradame, et celle de Port-Mahon, dont le nom rappelait aussi une victorieuse campagne du maréchal, avaient été, celle-ci tracée et l'autre ouverte, avant que Richelieu rendît le dernier soupir dans l'hôtel, séparé déjà du pavillon. On y assista à des fêtes,