RUE DU CLOITRE-NOTRE-DAME
dans V homme, honoré d'un bref de Pie VI. Cet ecclésiastique assistait, non sans émotion, au spectacle révolutionnaire, où ses amis jouaient les rôles de victimes, lorsqu'un érysipèle goutteux l'enleva aux consolations du travail, le 25 janvier 1793, c'est-à-dire quelques jours après la mort du roi. Les héritiers d'Élienne Brémont, par un arrêté des commissaires de l'administration des Domaines nationaux, le 12 juin de la même année, furent déclarés propriétaires de la maison sise au ci-devant cloître, payement étant fait du sixième appartenant à la Nation. Cette propriété, le 17 floréal an m, tenait par-derrière aux citoyens Despinas et Desfleux, ci-devant chanoines, d'un côté au citoyen Rivière, ci-devant chanoine, et à la ci-devant maîtrise des enfants de chœur, d'autre part au citoyen de Lostanges, ci-devant chanoine, et au citoyen Destîeux, déjà nommé.
M. Bouchardat, ex-pharmacien en chef de l'Hôtel- Dieu, possède en ce temps-ci la maison du précité chanoine Rivière. Une rampe de fer, bien que depuis longtemps le style en soit passé de mode, rajeunit encore cet hôtel, qui a été la résidence du médecin de Charles VI. L'habileté de ce médecin royal est rappelée par Sismondi ; son domicile dans le cloître, vis-à-vis de la porte Rouge, est constaté de même par Barante, dans y Histoire des Ducs de Bourgogne. Probablement ce médecin, qui s'appelait Claude Fréron, était prêtre ; on l'estimait le plus des médecins attachés au roi, dont la démence fut traitée plusieurs fois par des astrologues et des sorciers.
Rue de la Colombe, (t)
Des colombes de ranliquitë faisaient leur nid dans des casques de guerriers, afin de prouver que la bonne intelligence l'égnait entre Mars et Vénus ; à plus forte raison, ces oiseaux de paix et d'amour trouvaient un refuge facile, au moyenâge, dang les mitres des saints ëvêqnes scuiplés sur la face des églises, et il n'en manquait pas dans la Cité. Paris est une forêt de Dodone où des colombes à voix bumaine ont toujours rendu des oracles ; la plupart sont belles et fêt(''es, tant que leur cœur est pur de liel, comme !e dit Lucrèce de ses colombes :
Quas oilmm nullum, nec fellcus inquinat ardor.
Quand la haine succède aux caresses, l'oiseau de Cypris devient une chouette.
De la petite rue qui nous occupe parle une charte de l'an 1223, sans dire quelle imago douce et blanche, quelle colombe fut d'abord son signe particulier. Peu de lllles d'Eve faisaient parler d'elles, depuis la célèbre Héloïse, sur le territoire canonial ; or le cloître de Notre-Dame s'étendait, en suivant la rue de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des Marmouzets. Un amour dénué de poésie y fut tout au plus inspiré à un Italien, M. de Salze, secrétaire de l'ambassadeur de Naples sous Louis XV, par une lille Mercier, dite la Cauchoise ; son oncle, chantre au lutrin de l'église de Paris, logeait dans une maison, n^ 10, dont les fenêtres à coulisses et l'escalier de bois à balustres n'ont
(1) Notice écrite en 1859.
6f) RUE DE LA COLOMBE.
pas encore changé de physionomie. Gel éti-anger, qu'y était abbé de cour, avait rencontré la normande en se rendant chez un chanoine : elle était grande, corsée et brune, mais d'un teint do lait, avec d'aussi blanches dents; on ne lui reprochait guère ([ue d'être bête et de savoir où demeurait la Varenne, complaisante duègne de la rue Feydeau. M. de Salze Ht offrir une chambre garnie, rue de Beaune, à la colombe sans déiénse ; mais il y mit une condition, c'est- que, revêtue d'un manteau de lit, sans robe qui lui permît de sortir, elle garderait nuit et jour la chambre. La nièce du chantre ne dit pas non et s'envola tout-à-fait de chez son oncle.
La rue ne comptait alors que 6 maisons et 2 lanternes ; c'est seulement en 1811 qu'on l'a prolongée jusqu'au quai. De ses vieilles maisons, qui plus est, la plupart ouvrent sur d'autres rues ; tels sont le 9, le 7 et le 5. Cette dernière propriété à double face comporte les restes d'une chapelle Saint-Aignan, près de laquelle nous ne pouvions moins faire que de passer deux fois. Une ancienne porte cochère est aussi condamnée au n" 4, dont l'enseigne h Saint-Nicolas doit remonter au moyen-àge ; néanmoins sa façade est décorée de rinceaux, et ses fenêtres, de grilles d'appui, qui prouvent une reconstruction datant seulement du dernier siècle. On remarque au 8, grâce aux marches d'un café, un changement de niveau, qui porte à soupçonner que d'anciens fossés servaient par-là de limite au cloître. Nul doute que le sol de la Cité, au lieu de s'abaisser, s'est élevé. Le 12, une construction haute à escalier d'autant plus ténébreux, s'accote depuis longtemps sur le 14, dont le seuil est rue Chanoinesse ; l'origine de l'un et de l'autre remonte à celle de la rue de la Colombe.
Place Germon du Collég^e-Loiiis-lc-fjîB'aiKS. (t)
Substituée en 1839 à la rue des Poirées, cette place méritait à double titre de porter le nom du collège dont iîlle a dégagé les abords et qui a contribué aux frais de son établissement.
Le bouquiniste Loisel y a sa boutique n" 3, après avoir été rue Saint-Jacques et rue de» Grès ; il acliète et vend des livres d'occasion depuis un demi-siècle pour le moins. Chaque édilion de la grammaire grecque de Burnoal', en dépréciant la précédente, a fait perdre quelque argent audit revendeur, que pourtant cet helléniste, son client, honorait autrefois d'une protection familière. La boutique de Loisel était occupée, avant lui, par un gargotier plus heureux, en ce qu'il regrâttait à coup sûr, servant le malin en ragoût les rôtis rebutés la veille, et ne meilant rien au pilon, ainsi que le tait un libraire des ouvrages classiques répudiés par les programmes de l'L'n'.versité. A la maison du bouquiniste est conliguë une maison du même âge, mais d'une importance augmentée par douze marchands d'habits ambulants qui se cotisèrent il y a quinze ans pour en devenir propriétaires.
De l'autre côté de la place, voici le 4, qu'on
(1) Notice écrite en 185!), avant que Ja place rsçût le nom d'un ancien chancelier de l'université de Paris,