‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 23 sur 85 · RUE CASSETTE · texte numérisé non relu

RUE CASSETTE

JMSf . Gamne. — M. Barihe. — M. Froelicber. — ]|f"« Guyon. — IJit ettu- Yeitt en «f 0«. » lies peiairee. -^ I<e» libraires. *• M. ArjtcHe^iiesBe. — Brisiiae. — JKÊ» de Salvandy. — lie freisième eonsiil. — liSS d'Hin» msdal.

Les héritiers de la marquise de Fiers ont vendu, vers 1 8i4, l'immeuble n° 4, datant d'un autre siècle, à M. Gaume, qui a maintenant son. fils pour successeur comme libraire, et comment ce nom ne rappellerait-il pas l'anathème qu'a

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lancé sur la littérature païenne Tabbé Gaume, membre de cette famille? Mais Técole romantique en avait déjà fait autant, à un point de vue différent, et le Dictionnaire de la Fable n'est pas le vade mecurtij que nous sachions, de Técole réaliste, qui l'emporte aujourd'hui en fait d'art, de littérature, de mœurs et de gouvernement. Quant à la rue Cassette, son nom lui vient par corruption d'un hôtel de Cassel existant sous François.!*' ; si elle aime les contrastes, une bicoque, au n* 3, fort peu distant du 7, la sert à souhait. Ce dernier numéro, hôtel de M. Barthe, ancien ministre, président de la Cour des comptes, a été pendant tout un siècle, ainsi que le 5, aux Rocher de Bazancourt, et avant eux on y a pris le voile, s'il faut en croire ce qu'on dit.

Au reste, phis d'une propriété de l'ancien Paris a dépendu d'une maison religieuse ou hospitalière, sans que nous puissions dire de laquelle; les immeubles qui ont fait retour à la nation, dans la Révolution , ont divorcé alors avec les parchemins fixant l'origine antérieure. Dans cette catégorie se trouve le 8, dont la grande cour, ombragée de tilleuls, dessert divers corps de logis. N'était-ce pas le couvent des religieux de Notre-Dame-de-Saint- Joseph, qui, pour sûr, habitèrent la rue avant qu'une partie du 8 fût occupée, au milieu du \y\t siècle , par Marie Zoccoli , sous-gouvernante des enfants de France, veuve de Robiecq, baron de Palier, y succédant aux auteurs de ses jours?

Un escalier convenablement ferré toumete entre les inur$

du 9, siège actuel d'une imprimerie, qui appartenait sous Louis XV à Rissoan, un pharmacien. Le censier de Saint- Germain-des-Prés cite au surplus comme propriétaires au xvn* siècle, rue Cassette, pas mal de fournisseurs et de valets de chambre de grande maison. Puis après la rue Carpentier venait rhôtel de Soullé, marquis de Grunenaux et de Martangis, acquis du marquis de Birague. Dans les mêmes appartements est né en 1735 Convers Désormeaux, qui a cessé de vivre à quatre-vingt-cinq ans , doyen des architectes de Paris, et dont la petite-fille a épousé ellemême un architecte recommandable, M. FroeUcher. Etonnez-vous encore, après cela, de l'excellent état de conservation d'une maison qui, depuis plus d'un siècle, appartient à des architectes! Parfaitement clos et couverts y ont été, comme de juste, le fameux archevêque de Pradt , le géographe Barbie du Bocage, le baron Feutrier, pair de France, Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, représentant du peuple, membre de l'Académie française. Autre hôtel, n** 1 7, duquel ont disposé, depuis le règne de Louis XVI jusqu'à celui de Charles X, les de Langlard, dynastie de.médecins. Le 213, construction récente, a remplacé la maison de Le Comte de la Chaussée, capitaine sotis Louis XV au Royal-Bombardiers.

Passons maintenant, si vous voulez, chez les dames du Saint-Sacrement, transférées rue Cassette en 1 654, sous les auspices d'Anne d'Autriche, et dont les chroniqueurs qui

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Dous ont précédé ont dit fort peu de chose. Ces religieuses bénédictines avaient acquis des pères de Saint-Joseph Tancien hôtel de Chemilly^ fort petit édifice attenant à deux arpents de jardin ; elles achetèrent ensuite des créanciers de Gontier de LongeviUe, président de la Cour des comptes avec le consentement du débiteur, un autre hôtel considéraUe, tenant à leurs premières possessions, puis tenant à M. deBezemaux, legouverneurde la Bastille, à Ledoux deMilleville, conseiller, et aussi à M. de Bourgneuf. Leurs constructions bordaient la rue Cassette, en face de la rue Mézières et de la rue Honoré-Chevalier ; leur chapelle se ' trouvait vis-à-vis de la grande porte, au fond d'une cour carrée, à trois corps de logis, sans compter d'autres bâtiments qui s'y rattachaient par derrière. C'est dans ladite chapelle que Bossuet confessa madame Guyon, la quiétiste, en 1696, après avoir été un des juges provisoires, chargés de la faire revenir de ses subtilités théologiques ; cette élève de Fénélon, belle-mère du fils de Fouquet, était persécutée comme hérésiarque et traquée de couvent en Bastille, depuis huit années ; on Tavait mise alors dans une maison de la rue Vaugirard, sous la direction de M. de la Chétardié, curé de Saint-Sulpice, et son procès pendait en cour de Rome. Pourtant, ni l'évêque de Cambrai, ni les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers , ni le comte de Vaux, son gendre, n'abandonnaient M"* Guyon, ce qui embarrassa M""* de Main tenon, qui l'avait reçue à Saint- Cyr. De Vaux,

fils du surintendant, dont la disgrâce rappelle aussi bien des rigueurs, avait constitué une petite rente au couvent, comme indemnité pour les soins que les sœurs avaient eus pour cette pénitente à la fin de ses controverses avec Mgr révoque de Meaux, lequel avait fait un séjour dans une des maisons leur appartenant rue Cassette.

Cettie rente figure aux comptes établis en 1709 pour M"** Radegonde de Beauvais (en religion, de la Présentation), prieure du Saint-Sacrement : de Taux, le marquis d'O, M. de Moussy, le marquis de la Trémoille, la marquise de Bressièux, M. dé Lancy, le président Lessaulle, M. Rolland, doivent alors au couvent 3,817 livres de rente. Son revenu se compose, en outre, de 2,393 livres sur la Ville et de 4,660, produit de cinq maisons dans le voisinage. Quelques pensions viagères sont payées, en sus, pour dfes sœurs qui les ont apportées en dot; elles s'élèvent à 2,400 livres et sont servies par les personnes suivantes : •Bosc, conseiller d'Etat; M"** Meusnier; le père de sœur Sainte-Ide, qu'on appelle M. le président, mais qui n'a pas donné son nom; M. deSéchelle; Robin; Camuset, avocat; Fournit, auditeur des comptes ; enfin M. de Lessaulle (deux autres noms sont peu lisibles). Puis 3,150 livres sont payées annuellement par quelques pensionnaires : M^** Dartigues et sa femme de chambre, 1,300 livres, outre le loyer {mais on est obligé de la nourrir de volailles et de petits pieds matin et soir y et de desserts) ; M"* de Thion-

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ville, 400 livres; trois autres h 300 pour chacune; une autre, 250 livres, puis deux autres à raison de 150. Total du revenu brut, 16,420 livres, et cette somnae, qui paraît modeste, est importante pour ceux qui se rendent compte de la valeur qu'avait alors l'argent.

Toutefois considérons les charges de la maison, en cette même année^ Tant religieuses, professes et novices, que pensionnaires, tourières et domestiques : 56 personnes à à nourrir. Aussi figure-t-il au .passif 4,275 livres^ dues à un seul boucher, 788 au rôtisseur^ 2,425 à l'épicier, 972^ au pâtissier, sans compter les autres fournisseurs. On ne donne rien au chirurgien, parce qu'il a mis sa fille depuis l'âge de sept ans dans la maison, et elle en a dix-neuf;; mais ou compte les visites du médecin Collot. Bref, de toutes les dépenses forcées il résulte^ pour les religieuses, im état de gêne assez sensible. Le couvent, outre ses dettes courantes, a, signé des obligations ou des billets aux xelir ^eux de Fonte vrault, àCaboust, à Maitrot, intendant de la marquise de Lamberty, à M""* Du Mesnil et à trois pensionïaaires, M"** Dartigues, de Vieuxville et de Bécourt : en tout, 14,146 livres. Ces dames du Saint-Sacrement n'en pensionnent pas moins sur le pied de 250 livres trois religieuses qu'elles ont exilées. Nous n'avons dressé ce bilan que pour donner une idée au lecteur de ce qu'était une commimauté sous Louis XIY.

De. ce couvent, il reste en grande partie, n**' 18, 20,

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2î2, 2î4, les bâtiments et les jardins adjugés aux enchères du 14 fructidor et du 27 prairial an vi. La comtesse de Bury jouissait du 1 8, et la marquise de Chauvallon du 20, comme locataires des religieuses, au commencement du xvm* siècle. Le détenteur actuel du 22 est M, Hersent, de Tlnstitut; ce peintre d'un mérite magistral a fait le portrait de Louis- Philippe, de plusieurs membres de la famille royale, et l'artiste a reçu plusieurs visites de ses modèles. M"''' Hersent y a elié-méme ouvert un ^atelier, pour enseigner aux dames la peinture; puis elle en a confié la direction à M!^^ Dénos, une de ses meilleures élèves ; c'est M. Galimard qui succède à M"** Dénos. Artiste d'un talent remarquable, dans les mains duquel le pinceau laisse quelquefois place à la plume, il a exposé publiquement Léda^ composition suave et savante, achetée eifsuite par Napoléon HI , son ateher fort connu est situé où se trouvait la chapelle du Saint-Sacrement, décorée par l'Espingola et Plate Montaigne.

Mais qu'est-ce que le 27, de l'autre côté de la rue? il ne faisait qu'un autrefois avec le numéro suivant, où M. Le Clère, éditeur, n'a aucun loyer à payer. Un autre grand libraire, M. Toulouse, tient de M. Dufougerais, qui a été rédacteur de la Mode^ représentant du peuple et avocat, le n* 33, qui, ainsi que le 31, dépendait de l'ancien Noviciat des Jésuites j dont nous avons parlé rue Bonaparte. Lors de la suppression de i'ordre, en 1763, Alaume de Triel en fit l'acquisition, puis le légua à sa cousine. Un des hôtels

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Molé se retrouve ensuite, occupé par M, Dodtin, qui y conserve le magnifique portrait de Dodun^ marquis d'Herbault, contrôleur des finances, peint par Rigaùlt ; toutefois, en 1677, Antoinette DoU^eau, veuve de Raoul Lé Boutin de Bellevue^ donnait ce même immeuble, dont Tescalier et la mmpe sont superbes, à l'hôpital de Sainte-Reine, en Bourgogne, Immédiatement après, un chef d'institution tient ses élèves dans le petit hôtel Cossé-Brissac, où sont reproduits encore, dans un cabinet, les traits de plusieurs maîtres de la maison. Et, le 41, sur quelle résidence se repliaient les battants de sa large porte? sur une propriété conventuelle, dit la tradition. Mais fit. Arachequesne, maire de Compiègne, veut bien nous adresser la liste des locataires notables qu'elle a comptés depuis la Révolution : Lebrun, consul ; M. le comte de Montalivet, M. de Vergés, M""' de Rostopchin, enfin M"* Corneille, laquelle a dû au glorieux nom qu'elle portait d'être assistée par la reine Amélie.

Que si de gauche nous revenons à droite pour tout à fait, nous en étions au n** 26, où commençait le vaste territoire des Carmes de la rue de Vaugirard; mais<îes pères, pour l'utiliser, lorsqu'on eut défendu aux grandes communautés d'acquérir de nouveaux terrains, firent bâtir des hôtels longeant la rue Cassette ; ceux que nous allons rencontrer ont donc une origine commune. Le marquis de Contades a succédé à des carmélites qui occupaient le 26, sous la Restauration. Encore un éditeur notable, M. Parent-

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Desbarres, propriétaire au n**2&, qu'a adjugé la première république à la famille Dubois^ qui a fourni un préfet de policeà la seconde ; des croisées par derrière de cette espècede villa^ onjouitd'unejolievue sur uae pelouse, desfleursetde&arbres. Un acadéinijcien, ancien ministre, le comte de Salvandy, est mort Tannée dernière, dans la maison d'aprèa,, .acquise avant 1830. C'était alors scindé en deux propriétés. II suffirait d'arracher le papier autour de quelques glaces, dans les appartements de M""* Salvandy, pour y remettre, en vue de belles arabesques, passées de mode sous le dernier règne, mais recouvertes avec des précautions, dues au bon goût et à la prévoyance de la maîtresse du logis, qui les sauvegardaient pour l'avenir. Un autre homme littéraire, qui a joué de même un grand rôle dans les affaires de l'Etat, avait précédemment vécu sous ce même toit; c'était Lebrun, duc de Plaisance. Tendons même une chaîne à la porte, si vous voulez, comme on £ait en Espagne, quand le souveriiin est entré quelque part! Napoléon a dîné chez Lebrun. Seulement le traducteur d'Homère* était encore* son collègue, et le troisième consul discourait quel" quefois, comme les héros du poëte grec, au lieu de venir, de voir et de vaincre àia fois toute difficulté, comme le César des temps modernes. Il s'agissait rue Cassette, ce jour-là, d'une mesure à prendre rapidement, au sujet de la- .quelle l'éloquence de l'amphytrion s'était exercée sans conclure. — On voit bien, dit Napoléon , qjae le consul

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Lebnm a été de la Can&tituante ; il en garde Tidéologie. Ici commence un mur, sur le plan de Paris en 163âl, qui ne finit qu'avec la rue. Mais tes Carmes continitent bientôt à bâtir par spéculation , et trois hôtels de plus surgissent bientôt sur la lisière de leur domaine? de beaut jardins les accompagnent toujours. Voici, «u n** 38, le grand hôtel Brissac, qui maintenant porte un autre nom. Comme oii vantait , sous Louis XIV, Pentablement dorique qui couronnait son édifice, et la commodité de Thabitation, et ses marroniers jeunes alors, et la belle grille en fer séparant la cour du jardin ! Germain Brice, dans sa Description de Paris y dit la date de sa construction : 1704. Mais ses dispositions ont été modifiées par le dernier gouverneur de Paris, M. de Brissac, auteur du pavillon de gauche, dont lé perron a disparu, qui menait à la salle des gardes pavée en marbre ; de chaque côté, à la porte de cette salle, il y avait un grand éteignoir, qui servait à éteindre les torches que les valets de pied tenaient, le soir, derrière tes voitures. Lors des massacres de septembre, le jardin du cidevant hôtel du gouverneur a servi de refuge à l'abbé Potel, vicaire de Saint-Sulpice, échappé de la prison des Catmes; mais cet ecclésiastique, en escaladant la muraille, s'est fait une blessure au pied, qui l'a estropié pour la vie. C'est vers 1808 que M. d'Hinnisdal a acheté la propriété, qui demeure l'hôtel de sa famille ; M. de Frénilly, pair de France, en a occupé une partie, et il y a donné l'hospitalité à on

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poète, Cordellier-Delanoue. N'e&t-ce pas le cas eofiu d'édifier nos aimés lecteurs sur Torigine de ce nom d'Hiûnîsdal, qui brille au-dessus de la porte? Dans ^a salle des croisades, il figure des ancêtres de François d'Hinnisdal, lequel a obtenu leJIO février 17213, de l'empereur Chartes VI, le titre de comte pour lui et ses descendants mâles et femelles; le baron Jean-Herman d'Hinnisdal , seigneur de Ferfay en Artois, brigadier des armées de Louis XIV, a épousé en 171 4 la fille du marquis de Lillers.

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