RUE DE L'ÉPERON
par un marchand de vin, dont la boutique figurait parmi celles du pont Saint-Michel, c'est que son emplacement avait dépendu jusque-là d'une des deux maisons adjacentes.
La vieille porte bâtarde du 12 fait double emploi avec sa grande, ce qui annoncerait une division antérieure. Il est vrai que les actes de Leroux de Plémone, trésorier de France, qui possédait la grande maison, ne soufflaient pas mot de la petite; toutefois, M. Hénin, conseiller au grand-conserl, a eu pour acquéreur de l'une et de l'autre, en 1775, M. Mercier, bijoutier; enfin la baronne de Calambert, qui est morte nonagénaire en 1848, en a fait légataire sa bonne, sans la moindre séparation. Si le percement de quelque rue nouvelle rasait cette maison, nous en serions fâché pour ses balustres d'escalier, qu'aucun choc n'a pu écorner depuis le règne de Louis Xn.
A qui appartenait, de l'autre côté de la rue, la propriété formant le premier angle de la rue du Cimetière-Saint-André, aujourd'hui Suger? A messire Le Fèvre d'Eaubonne, président au grandconseil, qui a cessé de vivre en l'année 1735. Huzard, qui était à la fois libraire et vétérinaire, se rendit possesseur, vers 1793, de deux immeubles, n°' 5 et 7, qui provenaient de la ci-devant fabrique de Saint-André-des-Arts. Le président Dodun, de la quatrième chambre des enquêtes, jouissait de la maison suivante avant la mort de Louis XIV, pour la céder quinze ans après à l'avocat Gillet ; celui-ci y a précédé François Amé, et cet autre, Limanton, conseiller et maître-des-requêtes de la reine Marie-Antoinette. Pour en finir, l'imprimerie Bachelier, qui fait le coin de la rue du Jardinet, n'est déjà pas si mal placée dans l'ancien collège de Vendôme, qui dura du xiv« au x\if siècle !
Rue d'Ecosse, (i)
— Parlez-moi donc, cher collaborateur, de vos découvertes rue d'Ecosse, disait le rédacteur du présent recueil à son éclaireur accoutumé.
— La rue d'Ecosse, répondit avec franchise M. Rousseau, était du petit nombre de celles que je connaissais mal. Je l'ai cherchée près de la rue des Postes, où je n'ai trouvé que celle des Irlandais. Je lui ai cru aussi de l'accointance avec l'ancien collège des Écossais, rue des Fossés- Saint-Victor; mais je n'ai pu la rencontrer que sur cet autre penchant de la montagne Sainte- Geneviève qui s'est appelé mont Saint-Hilaire.
La demande est à-peu-près la même chaque fois qu'il s'agit d'ajouter un chapitre au livre des Anciennes Maisons de Paris. Mais la réponse varie à l'infini. M. Rousseau la fait, le plus souvent, d'après les notes qui l'empêchent d'oublier ce qu'il a appris ou remarqué dans un examen préalable. Voici la page de son carnet relative à la rue d'Ecosse :
N° l, a dû avoir son importance ; i, bien bâti, s' arrondissant sur la rue Saint-Hilaire ; 3, inégal tt tassé; 4, vieux et haut ; 5 et 7, ne faisant qu'un, ont gardé des fenêtres à coulisses ; 6, petite porte à clous comme un soulier de porteur d'eau; 8, derrière du collège de Reims, devenu une division de Sainte-Barhe ; 9, trois petites portes, dont une cintrée. La moitié des maisons de la l'ue paraissent du xv^ siècle, et les autres du xvii* ; depuis lors, le mur de Sainte-Barbe est le seul qu'oyi ait refait dans la rue : presque partout sont des garnis à Vusage des élameurs, des marchands d'habits ambula7iis, des balayeuses, etc.
(1) Notice écrite ea 1859.
lU RUE D'ECOSSE.
Sans de pareils renseignements, pris pas à pas, que ferions-nous des notes plus difficilement recueillies au milieu des livres, sur les cartes et dans les pièces authentiques?
Le plan de Tapisserie du temps de Charles IX montre surtout un grand cimetière devant l'églige Saint-Hilaire. Deux autres plans établissent qu'en l'année, 1652 cette église avait une petite entrée rue d'Ecosse, à-peu-près au n° 3 de notre époque, mais qu'avant 1739 la suppression de ce passage avait permis d'élever les maisons qui y sont encore. D'autre part, nous avons fixé, à propos de l'ancienne Sainte-Barbe (i), l'historique du collège de Cocqueret, qui touchait h celui de Reims et qui se trouvait justement, dans la petite rue dont nous parlons, à la place du mur neuf de Sainte-Barbe qui fait coude à l'extrémité du côté droit. Plus d'un curé de Saint-Hilaire a été principal h Cocqueret, à Sainte-Barbe, comme nous l'avons rappelé, et la fondation du premier de ces collèges s'est fondue dans celle de l'autre en 1556.
Presque tout le côté gauche de la rue d'Ecosse appartenait aussi h Sainte-Barbe, qui en tirait revenu, au moment de la réunion des petits collèges h Louis-le-Graiid, et il se décomposait ainsi : maison à l'enseigne de l'Ecusson, maison à l'image du Mûrier et une troisième, dont le pavillon reste pour nous anonyme. La rue d'alors ne manquait pas de boutiques ; elle n'avait pas, comme à présent, pour unique industrie déloger en garni une population relativement nombreuse. Au commencement de la grande révolution, d'autres états s'y exerçaient encore, la trinité de maisons susdèsignée ayant pour locataires : Ganot, relieur;
(1) Histoire du collège Rollin et de l'ancienne Sainte- Barbe, par M. Lefeuve, iu-8, 1853.