‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 33 sur 65 · NAGUERE DU PLATRE-SAINT-JACQUES · texte numérisé non relu

NAGUERE DU PLATRE-SAINT-JACQUES

maisons appartenant h la communauté l'ont tellement obérée qu'elle ne défraye plus que trois boursiers, nommés Dubau, Morvan et Royou. Ces deux derniers font leur tliéologie, et le premier sa pliysi(jue à Louis-le-Grand. Trois autres étudiants en droit et en théologie, dont la pension se paye, sont : Dumetz, Dalibois, Bergier de Monligny. Nul professeur à demeure fixe ; ceux qui viennent régenter passagèrement rue du Plàtre-Saint-Jacques, se destinent h la Sorbonne. Deux maisons, que l'on trouve alors à main droite dans cette rue, appartiennent : l'une, avce l'enseigne du nom-de-Jésus, à Laurès, conseiller au parlement, et l'autre, appelée la Ville-de-Limoges, i\ Barbier, maître-graveur.

Le nombre des boursiers de Cornouailles, transférés tout-à-fait à Louis-Ie-Grand, s'élève bientôt h huit ; ils y prolitent d'un revenu amélioré par l'administration" centralisée des petits collèges annexés: 5,393 livres composent alors ce revenu. Quant à Royou, il y reste vingt années professeur de philosophie; il se fait un nom dans les lettres, continuateur de Fréron, son beau-frère, et cullaborateur de Geolïroy ; son dernier journal, VAmi du Roi, est supprimé en 179!2, du même coup que VAmi dîc Peuple de Marat.

Depuis la réunion du collège de Cornouailles Il plus de vingt autres rue Saint-Jacques, on a restauré les bâtiments qu'il avait occupés dans la rue du Plâtre. Ils oht fait ensuite retour h l'État, qui les a vendus aux criées le 5 avril 1806.

Rue des Saîiits-Pèi'os. (i)

Le plan de 1652 a}3pelle déjà rue des Saints- Pères celle qu'on a précédemment nommée des Jacobins-Réformés, de la Charité, de la Maladrerie, et qui a été, daus le principe, l'un des chemins dits par-là des Vaches. La dénomination prédominante est venue collectivement des petits-augustins, propriétaires dans la rue des n"' 13, 15 et 29 pour le moins, des jacobins et des religieux iiospitaliers de la Charité. Ces derniers ont eu les propriétés qu'y a conservées l'hôpital, plus un cimetière, lequel était à l'angle de la rue Taranne, avant de passer du côté opposé, un peu au-dessous de celle Saint-Guillaume, en un lieu dont le susdit plan indique encore l'affectation à la sépulture des « prétendus réformés. »

Les n°' 7 et 7 Ms y sont timbrés du nom de M. Falcoms, que j'aime mieux lire Falcomj ; h ce particulier se trouvera substitué, dans les droits de propriété, le baron de Montmorency, un siècle après, puis M. de Chahaunes sous Louis XVI, M. de Vertillac sous Louis XVIIT, et ensuite M. Roux, médecin réputé. La carte dont nous parlons marqué également la place d'un M. Le Coq au second coin de la rue de l'Université.

Mais elle ne daigne signaler la présence ni de M. Jean de Bernage, conseiller du roi, dans l'hôtel

(1) Notice écrite en 1800. Tout ce qui longe, dans la rue des Saints-Pères. J'hôpital de la Charité, a été plus récemment bâti de façon à élargir Ja rue, dont la prolongatiou jusqu'à celle de Sèvres est encore moins ancienne.

venant après celui de Falcony, ni de M. Jean Potier, écuyer, capitaine et contrôleur des chasses de France, à l'angle de la rue de Verneuil. Celui-ci a vendu, en 1656, à un descendant du maréchal de Gamaches et à sa femme, née de Loménie, la propriété qu'un autre membre de la même famille, époux d'une D"« de Bullion, a laissée au lieutenantgénéral RouauU, marquis do Gamaches, son fils. L'autre maison en formait déjà deux du temps de Louis de Bornage, intendant de la généralité de Limoges, héritier de Jean de Bornage, et le prévôt des marchands sorti de cette famille a ensuite résidé au même endroit. L'hôtel Bernage, qu'une famille suisse a fait ultérieurement d'AflVy, a été aussi sous Louis XVI hôtel de Gand, probablement garni; le ministère de la police y a fonctionné sous le premier empire ; Dupont de l'Eure, plus tard, y occupait un entresol. Presque en face de l'hôtel de Gand, les bureaux de M. Devins de Galande, intendant du commerce, suivaient ceux de M. Balainvilliers, intendant du Languedoc.

Le nom des Bouville s'accolait alors ii notre n" 22, qu'on a connu hôtel de Nanty h deux reprises : M. de Nanty de Frécot, conseiller au parlement, en jouissait sous le règne précédent.

A la fin de l'un et au commencement de l'autre, les écuries de la comtesse d'Artois et l'hôtel de Fraisgnes, ou de Fresnes, allaient de la rue de Bourbon, maintenant de Lille, à celle de Verneuil. D'après deux autres de nos notes, Pierre Catinat, conseiller au parlement, avait acquis en 1713 de Georges de Roize, son collègue, une maison h l'encoignure de la rue de Verneuil, tenant parderrière à l'académie du sieur Dugast, et Bernard, marchand de vin, avait en 1769 une grande propriété entre les rues de Verneuil et de l'Université.

L'école des Ponts-et-Chaussées, ministère des travaux publics sous Louis-Philippe, et des cultes

SOUS Louis XVIII, a dû ôlre d'abord un liôtel de Fleury, édillé eu 1788. A un abbé Langlois appartenait une coiistruclion irrégulière, et d'autant plus récréative à voir, dont la petite porte est tout près de la rue Saint-Guillauine (i), vis-à-vis de l'académie impériale de Médecine. M. de la Mazelière, au milieu du même siècle, logeait aun"88, où il y avait porte cocbère, comme M. de Lude, un conseiller aux aides, dans le petit hôtel qui suit. N'est-ce pas au même temps que M. de Salubis habitait, en l'egard de la rue Taranne, une maison dont le plan émanait de Gittard?Si c'était notre 48, quel dossier chargé que le sien ! Son plus beau titre est d'avoir abrité le duc de Saint-Simon, auteur des Mémoires qui nous initient aux secrets d'une cour dont il avait été le seigneur le plus accom.pli avant de s'en faire le peintre familier, avec autant d'aisance originale dans le pinceau que de variété dans les poses de ses innombrables portraits. Armand Nompar de Caumont, duc de Laforce, avait pourtant en 1749 les deux maisons venant après la rue Saint-Dominique, dont l'une au moins était l'ancien hôtel Saint-Simon. La principale avait été laissée à 1)1. de Laforce par son frère, acquéreur en 1714 de Henri Silvois, écuyer, et de Suzanne Duboulay, son épouse. Rappelons même que des deux propriétés latérales à celle-lù, l'une appartenait à Antoine Benoist, peintre ordinaire du roi, vers l'année 1700, puis à sa famille, ui eut pour acquéreur cinquante ans plus tard l'économiste Riquetti, marquis de Mirabeau, père de l'orateur. L'autre, formant équerre sur la rue Saint- Dominique, fut à M. Séguin, qui la vendit 50,000 livres au duc de Laforce en 1720. L'hôtel de Laforce, occupé par un Larochefoucauld avant la révolution de 89, devint Augereau sous l'Empire. Or

[Ij Ruo présentement Perrouet.

Augei'caii, pour passer du laubourj,^ Saint-Mai'ceau, où l'avait pour liis un fruitier, au Cdjur du faubourg Saint-Germain, avec le bâton de marécbal, avait pris surtout par Lodi et par Castiglione, et le cliemin lui avait paru court.

L'hôtel de Pons, qui touchait d'autre part à la maison de M. de Mirabeau, se retrouve avant les hôtels de Castres, ou de Castries, et de Labrilïe, alids 56 et 60, qu'habitèrent MM. de Flamarens et de Hautefort, contemporains du Larochefoucauld voisin et faisant presque vis-à-vis h MM. de Craon- Beauvau.

L'ancien hôtel dans lequel ces Craon succédaient aux Cossé-Brissac, avait été vaste. Plusieurs corpsde-logis en restent : celui qui conhne à la rue de Grenelle pourrait avoir logé l'un des maréchaux de Brissac du XVI*" siècle. Mais on y a remis la main h l'œuvre pour Charles de la Porte, duc de la Meilleraie, pair et maréchal de France, cousingermain du cardinal do Richelieu, et Marie de Cessé, qui lui devait d'être M"'*' la maréchale. L'hôtel sortit à peine delà famille, en 1701, par le fait de l'acquisition de Claude Pécoil, maîlre-desrequêtes, qui procéda à une restauration : Louis- Timoléon de Cessé, duc de Brissac, épousa la fdle de l'acheteur. Mais ne s'était-il pas détaché de la propriété deux maisons qui appartenaient en 1746 \\ Gabriel de la Porte, conseiller de la grar.d'chambre et doyen du parlement, portant le nom patronymique du maréchal? La duchesse eu aurait, audit cas,' gardé l'usufruit dans le veuvage, car elle tenait directement en l'an 1696 i\ Louis du Tronchay, marquis de Vaires, qui tenait d'autre part au marquis de Cavoye.

Ce dernier, le brave Cavoye, avait été élevé avec le roi et il était devenu son grand-maréchaldes-logis. Après l'hôtel a dû de passer Villars

au glorieux vainqueur de Denain, ou ii sou fils, qui protégea Voltaire.

Nous avons déjà touché uu mot de l'hôtel de Pons proprement dit, qui survit tout-à-tait en face. Le marquis de Clermont-Renel y séjourna, et sa tille épousa le comte de Stainville-Choiseul, qui fut ministre. M""* de Clermont-Renel avait pour grandpère le fermier-général Lemonnier, dont le faubourg Saint- Germain la déci-assait. Ce tlnancier, tlls d'un labricant de drap d'Elbeuf, avait commencé par être receveur des tailles ; il avait épousé une belle servante de cabaret, que Jacques de Vitry, autre fermier-général, avait eue depuis pour maîtresse, le duc de Luxembourg ensuite.

Rue Gaillon, ii]

Les Variantes de V Estampille. — V Intendant de M^^ de Maintenon. — i/"e d'Estrées. — Une Passion de Fille d'Opéra. — Les Notables de la Rue au XVI 11^ Siècle. — Les deux Portes de Sortie.

Hérault, lieutenaiit-de-police, fit mettre au coin des rues, en 17:28, des inscriptions dénominatives : il avait l'embarras du choix pour la rue Gaillon, qui s'appelait aussi de Lorges, avec la portion de la rue rs'euve-Saint-Augustiii, qui avoisinait l'hôtel du maréchal de Lorges. On t'avait déjà dite rue de la Porte-Gaillon, avant que fût jetée bas la porte urbaine, qui se trouvait auprès du 8 actuel de la rue de la Michodière; on l'avait connue tout d'abord, sous Charles VIII, comme rue Michel- Regnaut, du chef d'un voiturier y ayant maison et jardin. Cette désignation primitive avait appartenu simultanément à la rue Saint-Roch. Au xvni° siècle, un nouveau rapprochement mit pour quelque temps du Saint-Roch sur l'un et l'autre de leurs écriteaux.

Peu de temps après la mort de Louis XIV, quatre maisons de notre rue, notamment le n" 10, appartenaient à M""' du Fresnoy, et cette dame n'habitait que la dernière desdites propriétés qui se suivaient. Une maison plus modeste, qui était le o ou le 11, avait pour occupant Vacherot, intendant de M""" de Maintenon. La maison de Saint-Cyr devait, par

(1) Notice écrite en 1860.

acte constitutif, à son illustre fondatrice le logement et l'entretien, non-seulement pour elle-même, mais encore nour ses domestiques et ses chevaux ; M'"« de Maintenon avait gardé, en outre, d'assez grands revenus, qu'elle distribuait en bonnes œuvres. Le régent lui avait maintenu les 4,000 livres par mois qu'elle recevait à la tin du règne précédent, et elle continuait à jouir de sa terre de Maintenon. Saint-Simon, de plus, insinue avec son peu de bienveillance ordinaire pour M'"^ de Maintenon, qu'elle avait dû conserver la pension de gouvernante des enfants du roi et de M'"^ de Montespan, ainsi que les appointements de seconde dame d'atours de M"" la dauphine-Bavière. Sans cela même la place de Vacherot n'était pas une sinécure.

M'i*-* d'Estrées, quelques lustres plus tard, avait l'une des maisons doubles qui se retrouvent rue Gaillon, avec deux portes cochères et deux cours ; elle y tenait d'une part et par-derrière à M. de Monbarrey, et ce n'était pas d'autre part à une autre rue.

En 1787, le vicomte de Boursac et le chevalier de Sourdeille occupaient des appartements, iv 10, chez M. de Lubersac ; 3Ï. de Nointel avait les présidents Dupaty et de Voménil pour locataires, n" o ; l'hôtel des États-Unis était garni w 11, le républicain Saint-Just y logeait un petit nomljre d'années après.

Sur la fin du règne de Louis XV, M. Douet de Vichy fit bail à l'envoyé de Trêves du n" 8, même rue, occupé [irécedemment par le jeune prince Sultoscky. La D"'= Siam, simple figurante au théâtre, mais premier sujet à la ville, ayant donné à ce dernier des preuves d'affection dont s'est émerveillé à l'Opéra tout le corps de ballet, pourquoi les passer sous silence? Après avoir vécu un an avec cet étranger, princièrement endetté, la fille d'Opéra apprit que des créanciers

venaient de le faire arrêter; elle mit aussitôt tous ses diamants en gage, délivra celui qu'elle aimait, le conjura de se rendre en Pologne, pour arranger ses afiaires, et fit serment de ne pas l'oublier. M. Boulx de Quincy, maître-des-requètes, n'ayant pu étouller les sanglots de la belle tigurante, ne Ut que paraître chez elle et disparaître : il n'avait accepté que sous bénétlce d'inventaire l'héritage direct du prince Sultoscky. Le marquis de Paolucci, ministre de la cour de lùodène, essuya îi son tour des larmes que M. de Quincy ne laisait pas répandre, et le mouchoir ne fut pas moins humide lorsque le ramassa M. Roussel, un tîls de fermier-général. Le chagrin augmenta encore, crescendo fait pour étonner de l)lus en plus, entre les bras du comte de Limbourg: il était prince, il était étranger, mais plus il montrait de qualités, plus la mémoire en trouvait d'autres dont il était cruel de déroger. Il y en avait assez pour renoi?cer ix des comparaisons nouvelles. Ou les regrets changent d'objet, ou ils se changent en désespoir ! La danseuse essaya enfin de la solitude ; les bons effets de ce remède, souverainement consolateur, auquel elle n'avait songé qu'il la dernière extrémité, ne se tirent pas longtemps attendre : M. de Limbourg fut rappelé !

A peu d'années de là, M. Boutin, un conseiller d'État, qui était vraisemblablement le trésorier de la marine plus d'une fois évoqué en ce recueil, avait un bureau, et M""" de PiOth sa demeure dans la rue Gaillon, aux n*"' 12 et 14 : deux immeubles qui n'en ont fait qu'un. Le comte et le vicomte de Flavigny étaient n"' 13 et IS ; en leur hôtel {\ double entrée résidait également la famille de Lambilly et le chevalier de la Bourdonnaye. i\L de Latleurie se rencontrait avec M. et M""' Baltus de Pouilly dans une belle propriété dont la grande

porte a disparu, n° 16, et qu'on a appelée l'hôtel de Veynes. Enfin sur la ligne opposée, l'hôtel Lambert de la rue Neuve-des-Pelits-Champs avait une sortie, et . le Contrôle-général des finances une autre, par la cinquième ou sixième porte. Celle-ci ouvrait sur un petit hôtel, aliéné en 4826 avec divers emplacements qu'avaient occupés le ministère de finances et le Trésor.

Rue l§aiiite-Aniie. (0

La Chronique scandaleuse. — Les Hôtelleries. — Les Hôtels. — Les Nouvelles-Catholiques. — Deux Fermiers-Généraux .

Chez Brissault, rue Feydeau, M. dâi Moraiiival et deux de ses amis soupaient, le 5 octobre 1762, avec les D"'"'- Maisonville et Durozan ; ces lllleslà étaient eu pension chez la Pontois, couturière rue Sainte-Anne. Dans cette dernière rue demeurait alors la Gourdan, qui mettait autant d'entregent que le Brissault au service de la galanterie. En conséquence, deux maisons de ladite rue avaient un compte ouvert avec la chronique scandaleuse, et nous retrouvons justement les n''* 33 et 37, dont les volets sont fermés en plein jour. Traditions continuées avec trop peu de variantes pour qu'un siècle les reproche à l'autre !

Le 6 octobre, murmure la même chronique, M. de Baresse, conseiller-clerc au parlement de Toulouse, recevait à dîner et à souper M"« Kéry, rue Sainte-Anne, à l'hôtel de Suède, et lui donnait une robe superbe. La place exacte de cet hôtel, nous l'ignorons ; mais l'hôtel garni d'Orléans occupait, sous Louis XVI, le n° 73, et l'hôtel garni de Fleury, le n" 27 ou 29 : dans le dernier de ces immeubles étaient logés un certain nombre de conventionnels quajid la rue s'appelait Helvétius. Or une dame Fleury avait tenu hôtel, vers le

(1) Notice écrite on 1860. C'est depuis qu'on a abattu les huit premières maisons:;, de la rue Sainte-Anne pour faciliter le percement de nouvelles voies en même temps que l'aplanissement de la butte des Moulins. En revanche, la petite rue des Frondeurs paraît devoir êtro absorbée, de ce côté, par la rue Sainte-Anne.

milieu du siècle, dans la rue des Boucheries-Saint- Honoré, maintenant Jeannisson (i), et très-proba- ])lement son fils était venu s'établir rue Sainte- Anne. Un hôtel de Danemarck et des États- Généraux fut transféré, en 1828, du n" 27 au n" 36 : n'était-ce pas le même établissement?

Helvétius, lils du m.édecin de la reine, fut fermier-général ii 23 ans ; dès lors il pouvait disposer de 100,000 écus tous les ans : le plaisir lui était &ci!e ! Mais la bienfaisance préleva une dîme sur ses revenus, la culture des lettres sur son temps. Après des essais poétiques, il écrivit son livre De l'Esprit^ où il réduisait toutes les facultés humaines à la sensibilité physique : le parlement de Paris, la Sorbonne et le Saint-Siège condamnèrent en même temps l'ouvrage, qui fut brûlé par la main du bourreau. M"'' de Ligneville, femme du tinancier-pbilosophe, faisait princièrement les honneurs de son hôtel, rue Sainte-Anne, 18. Depuis vingt ans en avait hérité la marquise de Meun, une des fdles d'Helvétius, et elle y avait eu pour locataire Duchesnay des Près, trésorier du sceau de France, lorsque le nom du philosophe, en 1792, fut donné à la rue, au lieu de celui qu'elle devait à Anne d'Autriche, femme de Louis XITI. Dudit hôtel a dû dépendre le 22, bien que M. de Guerry en fût propriétaire avant la Révolution : l'économiste Dupont de Nemours, encore plus connu comme homme politique et comme royaliste, y demeurait sous le Directoire.

N"M4 et 16: ancien hôtel d'Estaing, décoré par le sculpteur Sarazin, où résida Boulogne l'aîné, peintre d'histoire, et puis M. Guyet (1707). Qui plus est, Bossuet y rendit le dernier soupir le 12 avril 1704, chez un de ses neveux, qui l'avait reçu malade : le corps de l'illustre défunt fut promptement

(]) L'ouverture de la place du Théâtre-Français a fait disparaître la rue Jeannisson,

transféré à Saint-Roch et de lii h Meaux. Le comte d'Estaing lit, comme vice-amiral, lacampagned'Amérique ; mais déjà son hôtel se trouvait divisé en 1 783 : M"'^ de Gramont avait le coin de la rue du Glos- Georgeau ; M""' Le Ménestrel, la propriété contiguë.

Vers le n° i2 il y avait, en ce temps-là, le bureau du Journal encyclopédique de Bouillon, chez M. Lutton. N" 4 : hôtel de Ximénès. Le marquis de ce nom, ancien guidon de gendarmerie, faisait des tragédies et d'autres vers. Les deux coins Villedo : au sieur Tarade. En face: le marquis de Gursay, contigu au baron d'Holbach, lequel y eut pour locataires MM. Dey de Saint-Achille, banquiers des gardes-suisses, du procureur du roi et du prévôt-général de la maréchaussée. N" 34 : M. Laporte de Sérincourt. N° 47 : ex-habitation de Grétry, comme nous l'avons vu rue Neuve-des-Petits- Champs. Lh finissait la rue Sainte-Anne, sur le plan de 1714, qui y sous-entendait 40 maisons et 11 lanternes. Gelui de 16S2 n'avait montré que des cultures entre les rues Villedo et du GIos-Georgeau. La rue n'allait même, sous Louis XIII, que du carrefour des Quatre-Chemins à des moulins, qui barraient le passage, et l'entrée en avait été, de 1528 à 1609, celle du marché aux Pourceaux. Aussi retrouvons-nous, au 8, un escalier en chêne d'avant la Fronde.

Les 20 autres maisons et les 9 autres lanternes, qui étaient reconnues en 1714 ji la rue de Lionne (car ainsi s'est appelé le reste de la rue Sainte- Anne) n'ont pas toujours fait bande à part. Du temps même de M. de Lionne, ce ministre dont l'hôtel avait ses deux entrées rue Neuve--des-Petits- Champs et rue Neuve-Sainl-Augustin, on ne disait pas : rue de Lionne, sans y ajouter : ou Sainte- Anne.

Cette portion de notre rue, en 1783, était bordée par les propriétés de MM. Martin, de La-

prade, Cheuré, de Villequier, Dulin (2 maisons), Colberi-Chabanais de Saint-Potiange, de Coislin (ci-devant hôtel de Jars) et de Louvois (4 maisons), du côté des numéros pairs. De l'autre côté, en commençant de même par la rue Neuve-des-Petits- Champs, les propriétaires se présentaient comme il va suivre : M""' Thévenin (2 maisons), M. de Ricard, M. de Meaupou (3 maisons), M"'- Chevalier (2 maisons), les nouvelles-catholiques, M, de Louvois (2 maisons), M. Pajot (3 maisons), M. de Belleforière, M. Fontaine, M. Rolland.

Quelques années après, on eût trouvé à la place de M""' Chevalier, n'^ 57, des MM. de Lévis, et, dans les deux maisons de M. de Louvois, 63, 65, le marquis de Girardin, seigneur d'Ermenonville. L'hôte suprême de Jean-Jacques Rousseau était colonel de dragons ; quoique favorable aux réformes, il fut dénoncé en 17Ô3 ; mais il put échapper h ses ennemis et passer dans une retraite libre les trois derniers lustres de sa vie.

Le passage Sainte-Anne s'est fait jour h travers le ci-devant établissement des nouvelles-catholiques, fondé en l'année 1634 par le père Hyacinthe, franciscain, dans la rue des Fossoyeurs (Servandoni), placé ensuite rue Pavée-au-Marais, puis rue Sainte- Anne. La duchesse de Verneuii, au nom d'Anne d'Autriche, le roi, les Créqui et Turenne, ce grand capitaine, qui avait adjuré lui-même le protestantisme, tels étaient les patrons, les preneurs zélés de l'œuvre qui réunissait et soutenait des protestantes converties. L'édifice carré des nouvelles-catholiques touchait par-derrière au jardin de M. de Lionne, dont l'hôtel fut plus tard h M. de Pontchartrain. Leur chapelle se trouvait au n" 61.

Cette rue de Lionne a eu aussi pour habitant un sous-fermier, que le système de Law enrichit, laijt il eut d'actions de première main ! C'était

M. Fillion de Villemur, qui devint à la fois fermier-général, secrétaire du roi et receveur de la généralité de Paris, sans pour cela se montrer moins poli qu'avant de s'être tiré des petits emplois. Rara avis!

La rue Sainte-Anne proprement dite avait au même temps son financier, pour attendre Helvétius. Il s'appelait Duché, il était fermier-général, et les jaloux ne lui reprochaient que d'aimer le beau sexe un peu trop jeune : défaut mignon que le roi David avait eu !

Rue ^aiiit«Rocli. (i)

Les Dames de Sainte-Anne. — Une petite communauté de Sainte-Anne était établie rue Saint- Roch ; on en revoit au n" 10 la chapelle, au premier, dans une classe de pensionnat. Deux escaliers à petits piliers de bois datent de plus loin que l'établissement religieux, qui y fut fondé pour quinze sœurs, en 1686, par Frémont, grandaudiencier de France. Des jeunes filles pauvres y étaient initiées aux travaux à l'aiguille et préparées à faire leur première communion ; mais la communauté ne se chargeait ni de leur logement ni de leur nourriture. Les dames de Sainte-Anne étaient remplacées, sous l'Empire, par des sœurs de charité.

Le Presbytère. — La fabrique de Saint-Roch avait huit maisons près l'église; mais la plupart n'étaient que des bicoques. Le presbytère actuel servait de siège -A la communauté des prêtres de Saint-Roch; le "é est l'ancien presbytère.

Le Maître de Chapelle. — En face du presbytère il a demeuré un de ces musiciens, formés à l'étranger, dont le talent a signé en France les lettres de naturalisation. Rigel, arrivé à Paris en 1768, n'avait eu qu'à s'y mettre au clavecin pour se faire tout de suite remarquer, puis il avait eu pour élève jusqu'à la princesse de Lamballe, tout en faisant exécuter des symphonies de sa composition aux concerts de l'hôtel Soubise, sous la direction de Gossec. Le Concert spirituel, dont les séances

(1) Notice écule en 1830,

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