‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 62 sur 65 · RUE DES OISEAUX ET RUE DE BEAUCE · texte numérisé non relu

RUE DES OISEAUX ET RUE DE BEAUCE

l'âge OÙ il est le plus difficile à une femme de fermer sa porte à l'amour, dans une maison surtout qui eu a deux. Mais combien il est rare qu'une vie qui se prolonge autant que celle de M"'' de Scudéri, n'ait pas aussi plus d'une jeunesse ! Cette dixième muse de l'hôtel Rambouillet avait écrit force romans dans lesquels l'amour jouait un rôle qui nous paraîtrait ridicule ; néanmoins les contemporains s'en régalaient, et l'auteur savait racheter parles agréments de son esprit jusqu'aux disgrâces de sa personne.

La rue de Beauce, plus étroite et plus longue que celle des Oiseaux, qui lui est perpendiculaire, a eu des intermittences d'esclavage et de liberté. Nous l'avons vue fermée k clef du côté de la rue d'Anjou-au-Marais, à la notice de laquelle le lecteur ne ferait pas mal de recourir. Elle a eu sous l'Empire au nombre de ses habitants l'abbé Léger, qui n'avait jamais porté que le pelit-collet, mais qui était devenu auteur dramatique, acteur et directeur de théâtre. Ce collaborateur de Désaugiers avait eu la haute-main au théâtre Louvois et au Vaudeville.

Rïio <lii Cendrier, (i)

Où est-elle? se demandera d'abord plus d'un lecteur. M. Rousseau ne l'a pas découverte sans peine, à travers les méandres du quartier Saint- Marceau. Ses naturels eux-mêmes ne sont-ils pas des Judas qui la renient ? A cent pas à la ronde on prétend encore ne la pas connaître. Notre envoyé jouait à colin-maillard, comme s'il avait les yeux bandés, attendant qu'on lui dit: Tu brûles ! Mais vain espoir ! Un sens précieux, le flair, qu'oftensent pourtant au faubourg Saint-Marceau les exhalaisons des tanneries, lui permit seul de s'écrier, après mainte et mainte voltes: — C'est sans doute

Exclamation poussée rue des Fossés, en face d'une petite butte assez abrupte et où commence une rue dont l'écriteau est, de ce côté, prudemment illisible. Le pavé y évite avec soin la chaussée et fait seulement trottoir sur les deux rives : il est vrai qu'à Paris rien n'est plus distingué, plus rare que de toucher la terre.

On dit que le nom de Cendrier vient d'un clos; mais l'élymologie de Lourcine, nom de la rue voisine, peut bien avoir fait double emploi ; la voici: Locus dn,^rum. En attendant que la cendre vole, en cette ]'ue du Cendrier, autour des tuniques de soie, elle y peint des grisailles sur les murs d'un hoi-liculleur, et le jardinage, lui aussi, n'estil pas devenu un luxe?

(1) Notice écrite en 1858. Elle survit à Ja rue du Cendrier, dont le nouveau boulevard Saint-Marcel a g.irdé deux maisons, qui Je surplombent, aux deux angles de Ja nie Duméril, laquelle l'aisait nnguère partie de la rue du Marché-aux-Cheyaux.

Un fabricant de berceaux, industrie non moins villageoise, occupe, n" 2, une maisonnette que, sous le Directoire, un maître-maçon a bâtie, pour y installer sa maîtresse; celte destination et les matériaux employés, débris de quelque démolition, feraient croire, mais à tort, que cette petitemaison, à croisées garnies de vieilles ferrures, date du temps de la Régence.

Hue Ceiisier. (0

De riulertilité de la rue du Cendrier, ô Rousseau ! tu t'es consolé en moissonnant tout de suite une gerbe nuire de renseignements, rue Censier. Celle-ci, parallèle au cours de la Bièvre, était qualifiée en l'année 1668 Vieille-Rue-Saint-Jacques par Jouvin, sur son plan de Paris. Elle avait été une inipasse et dite par cela même rue saus cidef, d'où l'on estime communément que vient par corruption la dénomination Censier; mais une autre étymologie nous sourit mieux. N'y eut-il pas là un bureau dans lequel s'enregistraient les cens dus k la seigneurie du séjour d'Orléans, ou bien à celle de l'abbaye Sainte-Geneviève, si ce n'est une terme tenue de l'une ou de l'autre? On a appelé censier et le registre censuel d'un fief et le mélayer qui tenait une censé à ferme. En tout cas, voici le résultat, sobrement historié, de l'enquête qu'a ouverte notre Rousseau, commissaire-voyer de la chronique, sur les maisons anciennes de ladite rue:

N" 6. — Il a été maison de santé sous la Restauration. Les tanneries y faisant tis- à-vis coutribuaiciit déjà à troubler l'eau de la Bièvre quand les génovéi'ains étaient en procès avec les victorins, au sujet du dé-

(1) Notice écrite en 1S58. La rue Censier a depuis lors sacrifié des immeubles, surtout dans les numéros })aiis, à l'ouverture de la rue Santeuil, dite d'abord do la Halle aux-Cuirs, ri de la rue Monpe, ainsi qu'au prolongement de la rue de l'Abbé de-i'Epée.

tournement de cette petite rivière, dsnt l'embouchure, transfuge de la rue de Bièvre, baignait le clos Saint- Victor.

N" 13. — Cette maison, avec laquelle son jardin a divorcé, garde la petite porte, ornée d'un mascaron, qui était celle d'un président, sous Louis XIV; un capitaine, dans le cours du règne suivant, en a. fait le quartier de sa propre compagnie ; puis la propriété a fusionné avec les deux qui suivent.

No 15. — Depuis près de deux siècles c'est une brasserie. Guillaume Arnoult, fabricant de bière et propriétaire, peut n'avoir eu qu'en celte dernière qualité pour successeur, à l'image de là Madeleine, le sieur Deshaizes , puis sa veuve, née Marie-Claire Santerre ; mais déjà le père ou le frère de cette dernière exploitait la brasserie avant la mort de son mari, qui avait lieu vers 1758. Un pàlé de maisons fut, au reste, le siège de cet établissement industriel : Antoine Santerre, brasseur, en achetait une le 3 février 1766, et celle-là appartenait un peu plus tôt à Dufresnay, écuyer, conseiller au Châtelet.

No 17. — Au susnommé Arnoult cette autre propriété fut donnée à bail par l'hôpital, y tenant d'autre part et ayant pour fondé de pouvoir Gerbier, l'aigle du barreau ; l'hôpital l'avait acquise de Gunaïde, médecin, en 167'i. De locataire. Santerre n'y passait propriétaire que vers 1780 ; son enseigne, gravée sur marbre, gît encore, à titre de souvenir, dans la cour de la brasserie. Néanmoins on ne retrouve plus qu une porte du corpsde-bàtiment où est né le hls du brasseur, l.'rasseur lui-môme au faubourg Saint-Antoine, puis héros du 10 août et d'autres journées mémorables, comme commandaui de la garde nationale, et ayant réellement, par l'industrie de son père et par la sienne, les deux pieds à la fois dans ces deux quartiers populeux qui fout toutes les insurrections. Quand Santerre fut promu au grade de maréchal-de-camp, son père se décida à vendre la brasserie et la maisoq qu'il avait rue Censier ;

c'était en 1792. M. Cartier, maintenant chef de l'établissement et possesseur des trois maisons où il est exploité, a servi ju^qii'f^n 1850 une rente hj'pothéquée au capital de 4,000 lirres tournois, qui n'était rachetable qu'à la mort de la fille du général Santerre, laquelle a cessé de vivre sous la dernier» république (1) et dont est resté veuf le greffier de la justice de paix de Loujumeau ; la substitution d'où résultait celte rente forcée témoignait de la prudence de Santerre père et du peu de conliance qu'il avait encore, pendant qu'on instruisait le procès de Louis XVI, dans la solidité du poste et de l'influence de son fils.

Nos 19, 21, 23: — ancien hôpital des Cent-Filles ou de Notre-Darae-de-la-Miséricorde, fondé en l'an 1624 par le président Antoine Séguier, ancien ambassadeur à Venise, pour 100 jeunes orphelines, qu'on y élevaitdepuis l'âge de 7 jusqu'à celui de 25 ans. En vertu des lettrespatentes que le roi avait délivrées pour l'institution de cette œuvre, les compagnons d'arts-et-métiers qui, après . avoir fait leur apprentissage, épousaient l'une desdites cent filles, étaient reçus maîtres sans qu'on exigeât d'eux le chi^f-d'œnvre qu'ils devaient réglementairement produire et sans payer de droits de réception. L'hospice de la Miséricorde, que. la rue Censier séparait des derrières du domaine des dames de la Croix, fut supprimé à la Révolution ; diverses fabrications exploitent, de nos jours, ceux de ses bâtiments qui ne servent pas de grenier à la boulangerie Scipion, cette Manutention de l'Assistance publique.

No 29. -- Si des jardins se retrouvent encore à cette hauteur de !a rue, du côté droit, tout comme sur le plan de Paris tracé en l'an de grâce 1739. de vénérables maisons aussi continuent à border le côté gauche, parmi lesquelles, pour n'en citer qu'une, le 29 est une fabrique de maroquin, tenue de père en fils depuis un siècle. Plusieurs des immeubles qui précèdent ont con-

(1 ) Celle de 1818.

serve des portes cintrées, contemporaines de l'époque où la rue n'était qu'une impas' e ; presque tous ont pour occupants des mégissiers, des corroyenrs et des tanneurs, dont toutes les préparations sont facilitées à la fois par la Bièvre canalisée qui donne, en passant par-derrière, la vie à ces propriétés.

N» 34 : — petit hôtel à rampe d'escalier en fer bien conservé, qui a réi)ondu à l'eiiseigne de la Belle-Etoile et qui a fait partie GsriginairemeiAt d'une grande propriété de la rue d'Orléans. N'y faut-il pas appliquer tout ou partie du do«urnent qui nous apprend »qu'en l'année 1660 maître Gervaise ci. sa femme, Suzanne de Sobre, étaient propriétaires par-là de deux maisons, lesquelles avaient été vendues 86 ans plus tôt à Antoine Legault p.rr mrssirc Henri de Mesrae, sieur de Malaissise, de Roissy et du séjour d'Orléans, plus tard chancelier de la reine Louise, veuve de Henri HI ? Tenez du moins pour assuré que ce 34 appartenait en 1756 à Anne Beaucheron, dame d'honneur de la princesse de Sa!m et veuve en premières noces de Goussault de Champcninet, capitaine des carabiniers, en deuxièmes noces de M. de Calan, gentilhomme de la reine, qui était veuve elle même de Jean Sobieski, roi de Pologne. Louis de Goussault d'Atimont, fils de cette dame d'iion- Reur, hérita de la maison. Pour la vendre en l'an 1765 à Ml'e Cottiau, qui en fit pendant vingt années une fabrique de couvertures, à l'enseigne parlante du Cygne, il fallut à M. d'Atimont: 1° l'ensaisinement des abbé et religieux de Sainte-Geneviève, seigneurs censitaires ; 2" la légalisation authentique de ladite vente par Marie- Thérèse d'Autriche, impératrice d'Allemagne, reine de Hongrie, duchesse de Luxembourg, au service de laquelle était, attaché le vendeur.

Huei^ CaïaSiaiiais et Ciiôrubiiii. (i)

Le M^^ de Chahanais. — Chéruhini. — Les Demi- Cours. — M. Deléeluze. — Le général Digeon. — La Maîtresse clé Chénier. — Laclvocat: — Huvé. — Chamfort. — Pichegru.

A la première année du règne de Louis XVI remonte seulement l'ouverture de cette rue, sur terrain provenant de l'hôtel de Saint-Pouange et aux frais de Claude-Théophile-Gilbert de Colbert, marquis de Chabanais : les Saint-Pouange étaient aussi des Colbert. Cette rue formait d'abord rectangle en partant de la rue Neuve-des-Petits-Champs pour rejoindre la rue Sainte-Anne ; mais les propriétaires riverains ouvrirent, en 1838, une souscription, pour subvenir à la dépense d'un percement, qui fut autorisé après qu'elle fut couverte. Ainsi se prolongea jusqu'à la place Louvois l'une des des deux branches de la rue en équerre, pendant que l'autre s'émancipait, entre les rues Chabanais et Sainte- Anne, sous le nom du célèbre compositeur Chériibini, dont le Requiem venait de se chanter pour lui-même. Cette séparation n'a supprimé que l'immeuble qui se trouvait le plus au milieu. La plupart des autres maisons ont conservé l'uniformité extérieure de leurs entresols, aux ouvertures arquées, et d'autres rapports de physionomie originels. L'éclaircie intermédiaire n'a pas manqué de donner plus de jour aux fa^'ades ; mais les cours n'en sont pas moins exiguës qu'avant ; la demi-obscurité y maintient une odeur stagnante

(1) Nolii^e écrite eu 18;')8.

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