‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 19 sur 99 · RUE LOUIS-LE-GRAND. J · texte numérisé non relu

RUE LOUIS-LE-GRAND. J

bals, concerts, petits spectacles, feux d'artifice ; on put s'y loger en garni ; une maison de jeu s'y essaya, qu'éclipsa bientôt Frascati ; enlin tortoni y fonda sa réputation de glacier, comme associé de Velloni. Puis, les maçons revenant à la charge, de nouveau les lustres s'éteigiiirent dans les salons où, au milieu d'un bal, la générale Bonaparte avait reçu le glorieux surnom, qui déj^ était justifié en 1798, de Notre-Dame-des-Victoires. iSimon, marchand de papiers peints, devint le locataire du pavillon, occupé aujourd'hui par un marchand de ruoltz.

Comment en un vil plomb l'or pur s'est-il changé?

Rue de Vareiiiio.

Documents recueillis aux Archives de l'Empire et mis d'accord, autant que possible, avec le peu de découvertes ciui jusquà 2}résent a suffi, sur le même sujet, aux livres reloiifs à V histoire de Paris.

Les persomiages historiques ne laissent pas souvent leurs noms aux demeures que semblait pourtant leur assimiler pour jamais l'empreinte de leurs succès ou de leurs infortunes, de leurs exploits ou de leurs défaillances, de leurs vertus ou de leurs vices, de leurs croyances ou de leurs doutes. Le caractère et le rang d'un logis ne changent ni aussi vite ni aussi complètement que ceux des liabitants qui s'y succèdent. Un hidalgo a beau devenir gueux, il drape son manteau troué d'une façoi^ qui le distingue encore, et il eu est de même pour un hôtel, qui fo révèle, en dépit de ses transformations, jusque dans la décrépitude, et ne tombe lout-à-iait qu'en ruine. Pour nous, qui n'avons le fanatisme ni de Tliabit noir, ni de la blouse bleue, il y a des maisons qui portent des pelisses à la Louis XI ; d'autres, une coiifure à bandelette nouée par un camée ou une pierre précieuse, comme la belle ferronière, et plus encore, un des costumes des personnages de Molière. Cela dépend de l'époque où elles ont été le plus remarquées.

Le 11 de la rue de Varenne porte ù nos yeux

(1) Notice éciite en 1860.

une perruque. volumineuse, qui retombe sur les épaules de Potier de Novion, présideiil à mortier, pour lequel il tut édifié par Leduc sous Louis XIV : le pelit-tils de ce président, ayant la survivance de sa charge, se trouva président à quinze ans. Raphaël delà Planche, trésorier des bàiimenls-duroi, laisse au lo comme une IVaiso du temps de Henri IV ; il a créé la rue qui s'est dite de la Planche, entre les rues de la Chaise et du Bac, jusqu'à la présidence républicaine de Napoléon IlL Une manufacture de tapisseries y avait le même fondateur, avec entrée rue de la Chaise. Tout ou partie de l'hôtel Novion passa Saint-Agnant, et M. Portail, président au parlement, l'aclietaii en 1750 d'Edme Duban, marquis de la Feuillée, capitaine au régiment d'Harcourt. La moitié indivise de l'ancien hôtel était celui de Venise, conversion due probablement à l'ambassadeur de cette l'épublique, lorsque le mar(|uis de la Feuillée vendit à Marie-Florence du Chàtelei, veuve deMelchior Esprit de la Baume, comte de Monlrevei, maréclialde-camp, qui ne tarda pas à acquéiir l'autre moitié. M""' Amelot, née de Brion, laissa la maison patronymique de la rue de la IManche à Amelot, ministre d'État, qui la céda au procureur-général Joiy de Fleui-y. La famille de ce magistrat a eu pour acquéreur le marquis de i^Iontmoj'ency, avec lequel traitaient dernièrement les pères de la Miséricorde. Au momeiil oi^i Napoléon F'"' nominait grande-duchesse de Toscane la princesse Élisa Bacciochi, sa sœur, qui avait déjà exercé le pouvoir sous le nom de son mari, couronné prince de Lucques et de Piombino, elle avait pour palais l'un de ces deux hôtels.

Une varenne est un terrain inculte et fertile en gibier, ou une réserve de chasse, et cette traduction étymologicjue convient à une rue où tombe celle Bellechasse. Néanmoins la localité

pourrait avoir eu pour parrain un abbé de Varennes, un seigneur de Varennes ou eneore Florent de Varennes, amiral de France. Mathieu Pen-ot, chancelier de l'académie et de l'église de Bourges, était abbé de Varennes sous Charles IX; Jacob de Nuchez, coadjuîeur de l'évêque de Chalon-sur- Saône, l'était sous Louis XIV et avait pour contemporain François Perron, écuyer, sieur de Varennes. Enfin le bailliage et le greffe de la Varenne, juridiction forestière, se tenaient au Louvre; mais il y avait aussi une capitainerie des chasses de cette Varenne du Louvre, et rien n'aurait empêché le chef-lieu de la capitainerie de s'asseoir originairement à une petite distance du palais des rois. Cai'on de Beaumarchais fut lui-même lieutenantgénéral des bailliage et capitainerie royale des chasses de la Varenne du Louvre, grande vénerie et fauconnerie de France.

L'hôtel Saint-Gelais, occupé sous Louis XV par la duchesse de Lauzun, se délabre, n"' 24, 26 et 28. Quelque chose aussi appartenait aux récollettes dans la ci-devant rue de la Planche, habitée en notre siècle par M. de Musset, M. de Goyon, la duchesse de Lorges, le prince de 3Iontmorency-Tancarviile, la marquise de Paris, le duc de Narbonne.

Une salle d'a.sile réunit des enfants au 89 ; 41 et 4o n'ont fait qu'un ; la duchesse de Narbonne, née Serraîit, a disposé du io ; le duc de Larochefoucauld-Doudeauville a le 47. A coup sûr, ce pàlé d'hôtels n'a pas cuit tout d'une pièce. L'hospice des Convalescents, que nous mentionnons rue du Bac, donnait aussi rue de Varenne sur ce poinl. L'abbé de Fontenille demeurait, en l'année 1736, dans une pvopi-iélé tenant des deux côtés et par-derrière à cet établissement de charité, et le duc de Laui'agais, qui cultivait les ietti'es et les sciences., en était locataire ensuite. Cartaud, en

173i2, dessinait |30ur 3T. de Janvry une lielle maison, près des Convalescents.

M'"« de Narbonne a possédé aussi le 46 ; les Baignières, le 48, ancienne résidence de Cliailes Skelton, marécha!-dc-canip. L'iiôtel do la duchesse d'Estrées, que nous avoiis vu rue de Grenelle, s'étendait jus(j,ue-l:i. Goullier, marquis de Thoix, Mérita de son père le n" 56, qu'il céda à Cliaumont, marquis de la Galaizière, en 1768. La comtesse Bernard du Prat, née Bouigoiiig, inaugura l'hôtel d'Auroy, qui suit, sur lequel est assis le majorât créé pour le comte Bampont, général de l'Empire. A M. de la Galaizière tut encoi'e le 60, dit plus tard hôtel de ïingry : M. le comte de Béthune- Sully y succède il M. de MontmoreiK^y-Luxembourg.

Ce Chaumont de la Galaizière n'avait-il pas pour proche Guy-François de Cliaumont-Quitry, qui j)renait la qualité de « républicain IVaneais » en lôte d'une brochure politique, parue en tliermidor an vu ? Ce graiid-père du marquis de Chaumont- Quitry, chambellan de l'empereur actuel et député, habi'ait aussi la 'me de Varenne ; il était gard'edu-corps en 1789. Il y avait un fusil à lui parmi 16s armes données en nantissement c|ue le Montde-Piété distribua au peuple pour la journée du 14 Juillet. La restitution de ces gages étant devenue impossible, on vota à l'Hôtel-de-Ville, pour les porteurs de reconnaissances, une indemnité dont la répartition a été l'aiie sur des pièces qui se retro'uvent à la Bibliothèque impériale, section des Manuscrits. Le reçu de Ghaumont-Quitry s'y produit, le premier, pour 80 francs ûa boni sur son fusil.

Le millésime 1787 ligure dans la seriurerie de la porte du 49. En l'absence d'autres documents, nous regrettons de n'y pas introduire un Jaucourt, un Boisgelin ou un Ségur : nous chei'chons en vain rue de Yarenne la place exacte de ces trois contemporains îles deux Gliainiiont.

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M"" d'Aiigeiines, dont la vie a Uni avec le xvni" siècle, a laissé h M. de Vérac la propriété qui précède le superbe hôtel Monaco. Celui-ci, dessiné par Corlonne pour le maréchal de Montmorency, prince de Tingry, Tut vendu inachevé, en 1723, à Jacques Goyon de Matignon, comte de Thorigny. On y revoit, au fond d'un grand jardin, un petit Trianon, pavillon ajouté par M. de Matignon, A son fils, pair-dc-France, qui prit le nom de Grimaldi en devenant prince régnant de Monaco et duc de Valentinois, ct^tte demeure donnait pour voisins Roise, conseiller au parlement, d'une part, et le marquis de Latour-Maubourg, de l'autre. M. de Quélen, duc de la Vauguyon, ce lieutenant-général qui devint le précepteur des quatre petits-lils de Louis XV, n'avait été là que locataire de Matignon oudeïingry. Mademoiselle, princesse Adélaïde, a occupé l'hôtel sous la Restauralion ; puis le général Cavaignac, étant chef du pouvoir exécutif; après cela, M. Raroche, président du Conseil d'État.

Le su.^noinmé de Fay de Latour-Maubourg, lieutenanl-générai, avait "^ eu pour prédécesseur Pliiiipi'.e de Vendôme, le grand-prieur de France, acquéreur du comte de Tessé en 1719. La duchesse de Mazarin, née Françoise de Mailly, mais d'abord femme du marquis de la Vrillière, avait pris pour son (compte la moitié de la vaste propriété adjugéûen 1733 à M. de Latour-Maubourg, après une saisie pratiquée sur les héritiers du grand-prieur à la requête de ses créanciers ; si bien que cet hôtel en faisait deux. I^e premier échut à Duprat, marquis de Barban<.;on, et ù sa femme, Éléonore de Latour-Maubourg ; il fut, au proht de eniïmts mineui's du marquis, vendu au duc de Rohan, qui devait le partager avec le piince de Monaco, déjà nommé ; puis il passa Chimay : M""-' Tallien, grâce au divorce, y enti-a princesse de Chimay.

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Reynaukl, curateur à la succession vacaute de la duchesse de Mazarin, céda l'autre à Frédéric de la ïrémoille, prince de Talmond, duc de Chàtellerault, qui eut pour acheteur eu 1750 Dominique de Rohan-Chahot, prince de l.éon, président de la noblesse de Bretagne. Ledit hôtel n'est devenu Montebello que bien après la mort du maréchal Launes sur le champ-de-bataille d'Essling. Rougevin, arcliitecte, avait, les deux immeul)les à sa disi)Osition en Tannée 18^6 ; mais il perpétua leur divorce en les séparant par une rue, qui s'appela d'abord Mademoiselle, à cause du voisinage de la princesse d'Oi'léans, mais qui prit ensuite le nom de Vanneau, élève de l'école Polytechnique, tué le 29 juillet 1830 en commandant l'attaque de l;:i caserne Babylone.

C'est en 1708 que l'hôtel (Wm lace est acquis par Lacroix, marquis de Casti'ies, et sa lémme, une Rochechouart-3Iorte;nart, d'Angéliqu(; de Guynes, veuve de Diifoui', seigneur de iSogent, à l'expiration d'un l)ail consenti au président Etienne d'Aligre. Leur tils épouse la lille du duc de Lévis, nommée dame d'honneur de la duchesse de Chartres sur la présentation du duc du 3Iaine ; il devient lieutenant-généi'ai, maréciial de France, puis ministre. C'est, nous le raiipelons, c'est à la suite d'un duel entre Charles de Lameth et 31. deCaslries, mestrede-camp de cavalci'ie, qui a blessé son adversaire, que tout un peuple excité se poiie rue de Varenne, le 13 mars 1790 : l'hôtel est mis à sac, et, au bout d'une demi-heure, il n'en reste plus que les murs, avec des monceaux de débris. Des petitsneveux du maréchal occupent de nos jours la maison.

M"'' Desmarcs crée un liôlel au commencement du wnr siècle : le plan en est dressé ])ar Aubry, ai'ehitectc du roi. Elle dilïëre tellement de M"* Guimard, avec huptelle des historiographes la

confondent, que, In première, elle joue le principal rôle (VAthaiiecl celui ôeS(^m>ramis. Les amoureuses (le (îomédie sont égîilement dans ses cordes, et, grâce à ses talents de rechange, l'emploi des soubrettes lui vaut encore les suffrages du public. Vive, jolie, intelligente, M"- Desmares obtient des succès à la ville, "auxquels elle sacrilie ceux de la scène en n'ayant encore que 39 ans ; mais ce n'est qu'une demi-retraite, car elle jone encore h la cour et sur des tlii^àtres de société, où de vrais seigneurs lui donnent la réplique. Hoguier, baron de Presles, devient ensuite propriétaire de la même maison, dont il est exproprié par des créanciei's, alors que l'ambassadeur d'Angleterre l'occupe, et dont se rend adjudicataire le duc deVilleroi, qui en augmente les proportions. Ce gouverneur de l'enlant-roi était un favori de Louis XIV ; le duc du Maine, moins heureux, a vu passer en d'autres mains la sui'intendanee de l'éducation de Louis XV, que lui conhait le testament royal. Aussi bien Villeroi ne refuse pas à son élève un exemple dont le roi défunt se montrait encore moins avare: il est lié publiquement avec la spii'itnelle et belle M""^ de Caylus. Ne voihVt-il pas des précédents un peu légers, pour un immeuble qui maintenant est de ceux qu'on pi-end le plus au sérieux? Il se trouvait déjà ministériel au départe^ ment du Commerce, lorsque lui a été confié le portefeuille de la Police générale ; la présidence du Conseil-d'Élat a quitté depuis sept ans l'hôtel Monaco, pour nous l'emettre ici en présence de l'avocat distingué qui est le chef de ce grand corps de l'État?

Notre 59 est fouvrage du duc de Fornari, un Sicilien, mettant ses talents d'architecte' au service du marquis Chailes d'Étaaq)es. Le cardinal de Polignac l'habite i)endant la Régence, h l'époiiue où la conspiration de Collamare recrute plus d'un

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conjuré rue do Varenne. Cet auteur de 1'^?/^/- Lvcrêre, poëme latin, que commence à traduii-e le duc du Maine, occupe le lautcuil de Bossuel à l'Académie. Comme ambassadeur de Louis XIY, il a pi'is h Utreclît une revanche de précédeiites humiliations, en traitant avec l'Angielerre sans l'assejUimeiit de la Hollande, et c'est alors qu'il a répondu aux néi;ocialeui's du pays, qui essayaient de l'écarter: — Nous traitons do vous et chez vous; mais il faut qu(î ce soit i^ans vous... Le successeur de M. d'Élampes est le marquis de Mézières-Bélhisi, que Saint-Simon nous représente comme u)) èlre vaniteux et dilVorme, ayanL épousé une Anglaise dont la mère a été blanchisseuse de la reine, femme de Jacques IL Cette marquise, qu'on ose appelci' M"'' de Mézières, comme si elle n'était pas femme de qualité, fait restaurer par Dulin son hôtel. L'un de ses enfants devient lieutenant-général et gouverneur de Long^Yy, tout en cultivant les lettres et les arts. Des Rohan, alliés aux Mézières, les remplacent quelque temps à l'hôtel d'Étampes-Mézières-Montauban.

Le 6ô'-67 a été fondé, mais plus tard que les habitations qui l'environnent, par la marquise de la Suze et la vicomtesse de la Rochefoucauld, grand'nière du duc de la Rochefoucauld- JJoudeauville. Cet auteur de Memorcs en cours de publication habite maintenant riiôlel : il y est né.

Si nous cherchons sur le plan de Comboust l'immeuble où M. Ducbâtel, ancien ministre, réside en ce temps-ci, nous y trouvons la plaine de Grenelle ; mais Lacaille nous montre, dès 1714, l'hôtel deChàtillon, qui n'est pas autre. L'architecte Leblond Ta bâti pour la sœur du duc de Chevreuse, qui venait d'épouser, quoique jeune, un vieillard, le marquis de Seissac, grand-maître de la gai-del'obe. Ce mari avait pour le noir ime aversion, qui lui survécut poiu" sa l'emme et (pii la (lisi)cnsa

(lu (leuii. Au lieu de M"'" de Seissac, qui faisait empleUe plus lard de la maison de Lauzun à Passy, la rue do Varenne logea la duchesse de CluUillou, dame d'atours de Madame. Louis de Bourbon-Coudé, eomle de Clermoiit, eutra postérieurement en possession. Il jeta le l'roe aux orties, pour se distinguer h Fonlenoy, et voulut même ôtie d« rAcadémie. Pour un pi'ince du sang, n'était-ce pas un peu déroger ? L'égalité commençait au liiuteuil ! Pendant que M. de Clermont, ses bénélices résignés, allait finir sa vie plus loin du monde, son liôtel devenait d'Orsai. C'était vers 1815 riiabitalion d'Armand Séguin, économiste et louinisseur des armées, ami de Fourcroy et de Berlhollet, mais qui l'était aussi d'Ouvrard, qu'il fit écrouer pour une dette s'élevant à 60 millions. A la tète d'une immense fortune, Séguin était un grand original, un UKirquis de Brunoy parvenu ! M. Barbet de J('uy, en 1838, a pris sur la propriété, qui se trouvait "^ alors entre ses mains, de quoi ouvrir la rue poilant son nom, et qu'il a défrayée de pavé, de trottoirs, de bornes-fontaines et de conduits pour le gaz, en acceptant l'interdiction d'y élever des bâtiments au-dessus de 16'", 50. Remarquez-vous que dans cet historique il y a un blanc pour le |)remier empire? L'hôtel auraitil échappé aux billets de logement que le maitre signait alors au profit de hauts dignitaires, qu'il défrayait aussi du train de maison? Oh! il était tombé an sort, dans cette conscription des hôtels, à en juger par la nombreuse livrée que l'on y voyait dans son neuf. N'était-elle pas au service de son Excellence Bigot de Préameneu, l'un des auteurs du Gode, fiue Napoléon avait fait ministre des Cultes? Cet ancier avocat au parlement, qui avait (Hé député à l'Assemblée législative, resta au pouvoir jusqu'à la Restauration ; mais l'ancien hôtel d'Orsai cessa pi-obablement d'être ministériel avant

la fin de l'Empire. L'hôtel de Préameneu était le n°17 de l'année 1812, et il y en avait un de Bénévent, numéroté 23, que nous liésitons plus encore à reconnaître. Son altesse Talleyrand avait perdu en 1807 le portefeuille des Aflaires-Étrangères, pour avoir b.âti d'autres châteaux en Espagne que ceux de l'empereur ; mais il avait reçu, outre la principauté de Bénévent, le titre de vice-grandélecteur, avec 300,000 Iraiics de traitement!

Le comte de Langonnay a précédé la famille de Brotrlie, dans un hôlel édifié en 1704 près ceUii de Châtillon et embelli an bout de sept années par Bofifrand. En 1815 y résidait Lebrun, prince de Plaisance, archi-trésorier (leTEmpiie, qui avait gardé son fauteuil de sénateur à la chambre des Pairs de Louis XVIII quand la nouvelle du retour de l'île d'Elbe vint le surprend le, comme tant d'autres! M. Valette, son secrétaire, en l'abordiint dans le jardin, lui rendit aussitôt un titre qu'il avait cessé de porter : — Comment se porte Voire Altesse ? — Moi, je vais bien, lui répondit Lebrun ; mais mon altesse îi la migraine Toutefois, pendant les Cent-Jours. l'ancien consul J^ebrun était grand-maître de l'Université: au milieu même de ses grandeurs, il avait toujours fait état de sa qualité d'homme de lettres.

Dernier hôtel de la rue deVarenne. îl eut pouiarchitectes Gabi-iel et Aubert, dont le client était Peyrenc de Moras, chef du conseil de la maison de Cohdé, inspecteur-général de la Banque. Son altesse sérénissime la duchesse du Maine, princesse vive et ambitieuse, pelite-lille du grand Condé, que la conspiration découverte par Dubois avait éloignée de la cour, ne reparut qu'en 1721 ; son mari l'accusait de ses malheurs et de trop dépenser : elle acheta donc, toute seule, mais à vie, la maison Moras. L'excellent accueil que tous deux faisaient aux poètes, aux benux-'espril s du temps, les aidait

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à se consoler séparément de leurs disgrâces ; cette passion qu'ils avaient pour les lettres finit même paries j-approclier, dans le brillaul domaine de Sceaux. La duchesse mourut à 77 ans, dans son liôlel, où le maréchal de Matignon la remplaça. Néanmoins Gonlaut duc de Biron. lieutonantgénéral, colonel des gardes-françaises, achetait des héritiers d'Anne Farges, veuve Moras. Lauzun, qui ne signa duc de Biron qu'en 1788, s'installait à l'hôtel en revenant d'Amérique, épris des libertés qu'il avait contribué ù rendre au Nouveau-Monde. Aux États-Généraux, le déj)uté Lauzun était encore l'ami du duc de Chartres, et tous deux eurent la même lin en 1793. L'hôtel, dont les jardins avaient été publics à certaines heures, sous l'ancien régime, servait de geôle sous la Terreur, comme succursale du Luxembourg. Maintenant, c'est le Sacré-Ctt'ur qui en occupe les bâtiments.

Rue de Béarii,

de la C!iaiisséc*de*<t-illiiisiiie*4. (i)

Se l'estreii^iiaiit à une sorte de carré, elle l'ormait comme une boîte dont une maison dite \\à Pavillon de la Reine, sur la place Royale, iigurait le couvercle, ouvert îi angle droit, avec les arcades du Pavillon pour cliainièi'es. Commencer à la place Royale pour aboutir rue des Minimes, n'éiail-cc mesurer plus de longueur que de largeur? Elle n'en avait pas moins porté la dénomination de rue du Parc-Royal, en mé noire du parc des Tournelles, lors de son ouverture, en 1607, à la place d'un cliemin bordé par des terrains appartenant aux seigneurs de Vitry. De I8O0 date son prolongement sur l'emplacement de l'église des Minimes. Les religieux de cet ordre avaient eu tout près une bibliothèque îi citer*

Le bureau de bientaisance de l'arrondissement occupe le n" 10, qui dépendait jadis du couvent des Hospitalières, dont une impasse garde le nom (2). Fondé en 1624 pour donner du soulagement à de pauvres fdles et iémmes malades, cet établissement fut fermé en 1792 ; mais il est remplacé depuis lors, au-delà du cul-de-sac, par une tilature à l'usage des indigents, qui appartient à l'administration générale de l'Assistance-Publique.

Au commencement du règne de Louis-Philippe, le second étage du li" 5 se complaisait à tenir clos et couvert un vieux ménage, dont la maison restait l'aînée assurément, mais qui avait déjà célébré depuis huit ou dix ans ia cinquantaine.

(1) Notice écrite eu 1858. L ancieune oliaussée ues Minimes n'avait pas encore pris le nom d'une ancienne province.

(2) Maintenant impasse de Béaru.

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