‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 81 sur 99 · NAGUÈRE PETITE RLE DE REUILLY · texte numérisé non relu

NAGUÈRE PETITE RLE DE REUILLY

de leur institution au n° 95 : un hospice, un pensionnat, une maison de refuse et une maison de correction y sont réunies sans se confondre. Un peu plus haut, les dames de Sainte-Clotilde, dont la communauté est enseip:nante, occupent, depuis 4824, l'ancienne propriété dans laquelle les carrosses du roi allaient prendre les ambassadeurs catholiques par la porte qui donne rue Picpus.

M,u<ts Pofc'âaléi^,

Saîute-iBarbc, et rue Villeiieii%'c,

8aiiit-Éiicnnc>Boniie-]\oiive1le. (0

Propriétaires en •]7'20 rue Sainte-Barbe

Calé des ijumcrot; impairs.

Godin.

Cudel.

Le l'as.

Dedieu, coin <]o In rue Je la

TjUT.c.

Les frères de Lenoncourt,

maîtres -cordonniers, auti-e

coin .

Idem.

Les filles de rUino!i-Ct:ré-

tienne.

Côté des numéros pairs.

Dame Lcdoux, à l'Ècu-de-

FrancL'.

Labarque, tailleur.

Frémont.

Denis, au Monarque.

Navet aux Trois-Cornefs.

Subtil, à Mainte-Anne.

Marchand, archiiecie, coin

de la rue de la Lune.

Héron, autre roi7i.

Les FiUes-Hieu.

Dame Lataux.

(1) Noies pnbliées en 1S(J2 Le bienfaisant M. Porlalè.^;, dont la rne Sainte-Barbe porte maintenaat le }iom, étdit encore vivant el curé de l'église Notre-Dame-de-Bonne- Nouvello. La i-uc Saint-Etienne-Bonne-Nouvelle n'avait pas encore reçu la dénomination do l'ancien quartier de la Ville-Neuvr, dont elle avait fait partie, comme la lue Sainte-Barbt^, comme la rue Bourbon-Villeneuve, à-piésent Aboukir^ etc.

RUE PORTALÉS, ETC.

Rue Sainte- Etienne :

Ml'e Mercier,

Questier.

Chanibon.

Nourjs avocat.

Leprince, marbrier.

Ferré, tailieur.

Idem.

Tirard, à la FJeur-de-Lis.

Levicomto.

Veuve Polsac. à Saint Louis.

/detn.

Courin, coin de la rue de la

Cheuvry.

Lune.

Idem.

X, autre rein.

Veuve Titon, à la Figure-

Huarl, caijituine du quartier.

ci u-Roi.

ïurpin.

Baudoin, coin de la rue de

la Lune.

Dame Leinaîlre, autre coin.

Dame Brion.

Rallolier.

Rue llaric-Stuard. (i)

En passant dans une rue qu'elle ne connaissait pas, Marie Sluard, reine d'Ecosse et de France, demanda comment elle s'appellait ; mais le nom en éiait si peu honnête qu'on le corrigea une première fois en répondant : — Rue Ïire-Boudin.

Cet adoucissement parut si nécessaire (ju'on en oublia l'autre nom, qui rappelait trop que la rue avait été de celles où se parquaient les femmes de mauvaises vie et mœurs. Deux siècles avaient déjk accepté cette pudique réforme quand Saint- Foix rappela, dans ses Essais sur Paris, l'anecdote à laquelle elle était due. Fouché s'en inspira, alors qu'il exerçait le commandement dans ' la police impériale, pour donner au même scrupule une satisfaction plus complète, en substituant le nom de Marie-Stuard à celui de Tire-Boudin.

Cinq paysans, chargés de provisions pour les halles, furent gelés dans la nuit du 20 janvier 1608, à l'entrée de ladite rue. Le froid avait eu, cette nuit-là, une intensité rigoureuse dont Henri IV lui-même s'était ressenti au Louvre. Le roi raconta, en effet, à Pierre Mathieu, assistant à son petit-lever, qu'il s'était réveillé la bai-be toute gelée dans le lit que partageait la reine : circonstance aggravante pour la rigueur de la température!

Le n° 24, à l'enseigne de Sahit-Sauveur, appartint simultanément à trois frères: Henri de Valois, écrivain critique, avocat, historiographe de Louis XIV; Charles de Valois et Adrien de Valois, seigneur de la Mare, poète latin, qui fut aussi historiographe du roi.

(1) Notice écrite en 1862.

RUE MARÎE-STUARD. 631

Sous le règne suivant, une maison plus voisine de la rue des Deux-Portes que de la rue Monlorgueil fut habitée par Carlin Bertinazzi. Cet arlequin célèbre de la Comédie-Italienne improvisait mieux qu'il ne récitait. Sa probité n'était pas moins connue dans le quartier que sa gaîté. Sa femme avait pourtant, sans sa permission, des amants,, et pouvait-il en rire? Quand on jouait des tours k l'arlequin, alors qu'il n'était plus en scène, il s'en consolait par ces mots: — Décidément je crois qu'il n'y a que moi de i)arfaitement honnête homme.

M'"^ de Hesse et M"« Trial, du même théâtre, ont demeuré aussi rue Tire-Boudin. La première était fille de Thomassin, l'ancien arlequin des Italiens ; elle avait débité, enfant, des petits rôles, avant d'être reçue en 1727 amoureuse et soubrette. M"« Trial eut pour mari l'acteur qui a laissé son nom à son emploi dans l'opéra-comique.

Rue 8aint-Joscphé (i)

Prudhomme, auteur du Miroir de Paris, fait mourir M""^ de Montespan dans la rue Saint-Joseph ; mais cette maîtresse de Louis XIV a passé les dernières années de sa vie tantôt au couvent de Saint-Joseph, situé rue Saint-Dominique, chez les filles de la Providence, dont elle était la bienfaitrice; tantôt à Bourbon-l'Archambault, où elle a rendu le dernier soupir.

Lorsque M""® de Montespan avait encore ses appartements à Versailles, Martin Le Pas, architecte des bâtiments-dii-roi, occupait déjà un hôtel dont le n" 44, rue Saint-Joseph, a pris la place dans notre siècle. La veuve de Leroquier, couvreur, était propriétaire n"* 7 et 9, et Guignes, valet-dechambre du roi, n'M. MM. de Maraude avaient sur l'autre ligne la troisième maison et la quatrième à partir de la rue du Gros-Chenet, présentement du Sentier.

Des scènes dramatiques d'un roman d'Alexandre Dumas, le Chevalier cCHarmental, se passent au n" 5 ; mais on n'y rencontrait réellement que Vincent père et fils, banquiers, dans la seconde moitié du dernier siècle. Au même temps, un payeur de rentes, nommé Maupetit, occupait le n" 4, postérieurement hôtel dHautpoul, qui appartient encore à M'""' la comtesse de Palarain, fille de la marquise d'Hautpoul.

Le Conservatoire de musique, dont les traditions furent sauvegardées pendant la Terreur par le corps de musique des ci-devant gardes-françaises, se réfugia, à cette époque, rue Saint- Joseph ; mais

(1) Notice écrite en 1862.

il y resta- peu de temps. N'était-ce pas dans la chapelle qui avait valu le nom de rue Saint-Joseph à l'ancienne rue du Temps-Perdu ? Ladite chapelle, en tout cas. avait été convertie en chef-lieu de la section de Brutus, précédemment section de Molière et Lafontaine, dite plus tôt encore de la Fontaine-Montmorency et tout d'ahord district de Saint-Joseph. Molière et Lafontaine avaient reçu la sépulture dans le cimetière contigu ; leurs corps furent relevés officiellement, et l'aliénation permit de métamorphoser, trois ans plus tard, en un marché le cimetière et la chnpelle. Le n" 28 servait de presbytère à celle-ci, que sa transformation ne rend méconnaissable qu'à l'extérieur. Le marché est moins bien construit sur l'emplacement du cimetière, c'est-à-dire du côté de la rue du Croissant. Aux frais du chancelier Séguier avait été bâtie, en 1640, la petite église, donnée avec le cimetière aux marguilliers de Saint-Eustache, en échange d'un autre cimetière, situé rue du Bouloi et que s'annexait l'hôtel Séguier.

Rue Naint-IIarc. (i)

Le mauvais Lieu. — La Gazette erotique. — Les Hôtels. — Les Cabinets cC Amateurs. — Le Pavillon du Duc de Montmorency. — Ernest Legouvé.

L'explorateur qui prend des notes en ville pour servir h la rédaction de nos notices croit que la maison angulaire qui relie la rue Feydeau à la rue Saint-Marc a toujours eu la destination qui l'oblige à tenir nuit et jour ou ses jalousies abaissées ou ses Persiennes fermées. Il paraît qu'on y retrouve jusqu'à de fausses portes d'une construction séculaire, et les précautions qu'elles servaient probablement à prendre n'étaient pas inutiles. L'appareilleuse Biissault, établie rue Feydeau, recevait jusqu'à des femmes mariées, réduites aux expédients par un moment de gêne et qui craignaient de rencontrer leurs maris en veine d'infidélité. Brissault, tailleur d'habits, s'était mis à la tête de la maison, avec sa femme, déjà connue comme fille du monde, et il en était résulté pour la Gourdan une sérieuse concurrence. L'engagement volontaire et le remplacement suffisent au recrutement incessant de l'armée féminine dont le service ne consiste qu'à remplacer l'amour et le mariage. Le poste que voici tient sous les armes, depuis plus de cent ans, le même nombre de jeunes soldats, d'autant plus braves qu'ils ne s'enrôlent pas sans avoir déjà vu le feu. Le chevrons n'y sont de mise que pour le capitaine, et les meilleurs soldats s'y

(1) Notice écrite en 1858.

renouvellent à la première ride. La jeunesse avant tout ! La manière d'exploiter le vice n'a pourtant pas toujours été la même dans cet établissement séculaire. Une femme, que la nuance de ses cheveux avait fait surnommer la Rouge, s'y prenait sous la République et le premier empire différemment que la Rrissault sous Louis XV : h plein verre elle versait h boire aux chalands du rez-de-chaussée, qui ne grimpaient plus tous aux étages supérieurs. La Vincent restitua ensuite ii la maison des habitudes moins soldatesques, afin de rivaliser avec la Saint- Aubin et la Mayancourt, établies rue Saint-Marc et rue Neuve-Saint-Marc, où leurs maisons du moins vivent toujours.

Le journal erotique rédigé pour Louis XV, sur les rapports de la police, traitait presque les femmes de qualité et les bourgeoises, dans leurs écarts, comme des filles du monde. Une belle blonde frisant la quarantaine, M"''' Magon de la Balue, dont la demeure était rue Saint-Marc, chez son mari, le fermier-général, n'avait-elle pas un ami de ce dernier pour amant? Jusque-là rien de surprenant. Mais la chronique scandaleuse ad icsum régis ajoutait que M'"<^ de la Balue avait eu raison de préférer h un galant delà première jeunesse le complice qu'elle avait choisi : ce bel homme était intéressé dans les manufactures de drap de Van Robais et encore garçon, n'ayant que .53 ans, âge compatible avec une saine vigueur. L'anecdote, ainsi présentée, flattait Louis XV, car il avait passé la quarantaine. Le fermier-général quitla bientôt pour la rue Grange-Batelière, puis pour la place Vendôme, la rue Saint-Marc, où son ancien hôtel porte aujourd'hui soit le chiffre 24, soit les chiffres 16 et 18, qui se rapportent également h un ancien hôtel Dubarry.

Un terrain affermé ii Duval, jardinier, fut acheté en l'an 1700 par Bodre, maître-maçon, qui y construisit le 17. Cette maison appartenait, peu

d'années après la mort de Louis XIV, à Pierre Marlinaut de Préneuf, secrétaiie du roi, lieutenant-général au bailliage de Cusset, et à l'épouse de Noïlas, seigneur de Montluisant, auxquels propriétaires le procureur Aillaux réclamait vingt-cinq ans d'arrérages de cens au profit du fief de la Grange-Batelière, dont le financier Law était tenancier.

Les galeries particulières d'objets d'art aflluaient rue Saint-Marc au wn^' siècle. On y vantait d'abord le cabinet d'histoire naturelle de M'"'' de Boisjourdaiii, puis celui du peintre Desmoulins ; la galerie des tableaux de M™« veuve Sorin et enfin le cabinet d'ornithologie du duc de Montmorency, établi dans un pavillon. Lecarpentier était l'architecte de ce pavillon, décoré de sculptures par Pineau et d'un plafond représentant les Quatre-Saisons, par Hallé.

Un chartrier et une salle de bain faisaient subsidiairement partie du pavillon, dont fut locataire le duc d'Orléans sous le règne de Louis-Philippe, et qu'occupe le café de l'Europe, rue Vivienne. L'hôtel de Montmorency-Luxembourg avait été édifié en 1704, sur le dessin de Lassurance, pour Thomas de Rivié, secrétaire du roi, prédécesseur en cet endroit du contrôleur-des-finances Desmarets. N'en survit-t-il pas d'autres bâtiments moins importants, de l'autre côté du passage des Panoramas? Le roi avait autorisé le duc, en 1782, à ouvrir la rue Neuve-Montmorency (i) à ses dépens, en face de l'hôtel. Les autres maisons principales de la rue étaient habitées en ce temps-là par M""* Sorin, par la famille d'Esparbès, par Leroy de Camilly, payeur de rentes, par Chaumont de la Millière, intendant au département des Ponts-et-chaussées, et par Desmouhns.

(1) Présentement rue des Panoramas.

Le 14 appartenait-il déjà à la famille Legouvé ? En tout cas, Ernest Legouvé, notre cher maître, membre de l'Académie-Française, occupe de nos jours, au 14, la chambre à coucher dans laquelle il est né. Son père, l'auteur du Mérite des femmes, fit décorer l'appartement sur le plan de Percier- Delatour.

Le patron de la rue Saint-Marc, qui a vu le jour au milieu du xvn*" siècle, était un Vivien, comme les patrons de la rue Vivienne : tous les Vivien connus depuis le régne de Louis XII jusqu'à celui de Louis XIV, étaient seigneurs de Saint- Marc près Dammartin. Elle a épousé, en 1847, la rue Neuve-Saint-Marc, née en 1780 sur le terrain du duc et de la duchesse de Choiseul-d'Amboise. Ceux-ci, en vendant par lots leur hôtel de la rue Richelieu, s'en étaient réservé toute la rue d'Amboise et presque toute la rue Neuve-Saint-Marc jusqu'à ce que leur hôtel à la Grange-Batelière fût prêt à les recevoir.

Rue des Anglaises. (i)

La rue Neuve-Saint-Jean-de-Latran, une de celles auxquelles s'étendait la censive du commandeur de Saint-Jean-de-Latran, doit d'être devenue rue des Anglaises à un couvent dont l'abbé Lebeuf ne dit pas mot dans son Histoire du Diocèse. Le Dictionnaire des Rues le place au n" 20, OÙ une communauté religieuse, mais différente, se trouvait établie il y a vingt ou trente ans.

Une autre encore, celle des Servîtes de la Sainte-Famille, s'installe, sous le patronage de Notre-Dame-des-Anges, aux n°« 4, 6 et 8, qui n'ont pas été davantage le monastère nominal de cette rue. Principe, bourgeois de Paris, y plantait ses choux en 1724. Un voilurier payait alors à Leplus le loyer d'une maison sise de l'aun'c côté et plus haut, en regard des Anglaises. Leur bâtiment conventuel porte le n'^SS.

Les lettres-patentes en vertu desquelles s'établirent ces religieuses bénédictines anglaises, sous l'autorité de l'archevêque de Paris, sont du mois de décembre 1677. Un des articles de leurs statuts ordonnait à ces dames de prier pour le rétablissement de la religion catholique en Angleterre. Leur propriété, ayant de snperlicie 1790 mètres, fut vendue au profit de TÉlat le l*"' brumaire an vni.

(1) Notice écrite eu 1870.

Rue Blondel,

NA.GUi5RE

IVcuve-8aiiit«Denis. (i)

Les portes Saint-Denis et Saint-Martin, avant de s'emparer des deux places qu'elles conservent à titre de monuments, se trouvaient sur la même ligne que la rue Neuve-Saint-Denis, qu'elles avaient fait naître au xyi« siècle sous ce nom : la rue des Deux-Portes.

La Ville adjugea, en 1675, à Julien Gervais, doyen de ses quarteniers, une maison et une place à bâtir, donnant à l'entrée de cette rue, ainsi que dans les rues • Saint-Martin et Sainte-Apolline. La petite fille de Gervais apporta ce bien en mariage à Thomas Ragon, trésorier-de-France au bureau des finances de 'la généralité de Rouen.

Du même côté que la famille Gervais, l'évêque de Clermont n'avait pas moins de 9 maisons, dont les enseignes se suivaient dans cet ordre : le Cheval-Blanc, la Perle, la Fleur-de-Lis, le Chapeau- Rouge (de bon augure, n'est-ce pas, pour un évêque?), Saint-Nicolas, le Saint-Esprit, Saint- Martin et le Pied-de-Biche. La dernière propriété épiscopale ne gardait-elle l'anonyme que par hasard? Si les habitantes n'en avaient pas de meilleures mœurs que celles du présent n'' 4, la pudeur ne conseillait que trop d'y voiler l'image d'une sainte.

(1) Notice écrile en 1864. La rue Neuve-Saint-Denis n'honorait pas encore d'une façon toute particulière Ja mémoire de Blondel, directeur de l'Ecole royale d'architecture et auteur de la porte Saint-Denis.

Page 1