‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 59 sur 114 · RUE DE LA GRANGE-BATELIÈRE · texte numérisé non relu

RUE DE LA GRANGE-BATELIÈRE

maître de danse juré, en même temps que prêtre habitué à Saint-Roch?

Il avait pour voisine Caroline Véronèse, qui avait joué, comme sa sœur Camille, à la Comédie- Italienne. Le prince de Conti n'était encore que comte de la Marche lorsqu'il avait eu de Caroline un fils, cause de sa rupture avec la comtesse de la Marche, et il avait acheté pour sa maîtresse le marquisat de Silly.

Quelques années plus tard, la compagnie colonelle des gardes-suisses se trouvait casernée aux nos 43 et 45 actuels.

Duportail, secrétaire d'État au département de la Guerre, habitait la rue en 4794. Naguère compagnon d'armes de Lafayette en Amérique, ce ministre révolutionna et désorganisa l'armée, en autorisant les soldats à fréquenter les clubs. Les ordonnances y relatives ont-elles été signées par Duportail dans la ci-devant caserne, dans une des deux maisons d'en face, ou bien dans l'un des grands hôtels perdus pour la rue Grange-Batelière depuis que la rue Drouot la croise? Jusque-là aucun ministre de la guerre n'avait eu la même résidence que son prédécesseur ; mais alors que les mutations se succédèrent avec une rapidité imprévue, le portefeuille, ce meuble si portatif, devint immeuble par destination. Celui de la Guerre changea de mains dix ou douze fois en deux années. Le ministre Pache, en novembre 4792, prit pour secrétaire-général Xavier Ardouin, vicaire de Saint- Eustache, et mit des orateurs de club à la place d'employés dont les opinions ne lui paraissaient plus à la hauteur des circonstances. Pache avait vu le jour en Suisse ; son père avait été le suisse de l'hôtel de Castries : il ne lui manquait plus que d'occuper un ancien quartier de gardes-suisses.

Rue Popincourt et rue Folie-Mérieourt,

EN CE QUI S'EN APPELAIT NAGUERE

Popincourt. (1)

Les Annonciades. — Nicolas de Blégny. — Fronsac.

— La Comédie- Bourgeoise . — Le Mis de Pange.

— Le C" de Fodnas.

Jean de Popincourt, président au parlement sous Charles VI, avait une maison de campagne près Paris ; elle devint à l'époque des guerres religieuses un temple calviniste, que le connétable Anne de Montmorency prit d'assaut le 31 décembre 1561, en ne le ménageant guère. La même propriété était vendue plus tard par Angrand, secrétaire du roi, aux annonciades du Saint-Esprit. Ces religieuses avaient formé depuis peu d'années à Saint-Mandé un établissement, sur le modèle de leur maison de Melun ; elles se transférèrent à Popincourt le 12 août 1636 et puis l'ancienne chapelle de Sâinl-Marthe ou du Saint- Esprit y fut remplacée par la leur. Une médaille d'argent, retenue par un cordon bleu sur l'habit que portaient les sœurs, rappelait que leur ordre avait été institué eu l'honneur de l'Annonciation :

(1) Notice écrite en 1862. La queue de la rue Popincourt n'était pas encore devenue la tête de la rue Folie- Méricourt, entre celle Oberkampf (Meniimontant) et le boulevard du Prioce- Eugènç.

RUE POPINCOURT, ETC

l'ange Gabriel y figurait, annonçant à la Sainte-Vierge le mystère de l'Incarnation. En 1720, la 3me propriété et la 4me qui venaient sur la droite a partir de la rue Menilmontant, étaient au sieur Albert, maître à danser ; les annonciades, dames de Popincourt, en avaient quatre sur la même ligne affermées à deux jardiniers, en regard de leur monastère. La communauté devenait nombreuse ; mais de cet accroissement ne résulta pas la prospérité de ses affaires et force fut, pour y mettre ordre, d'aliéner une portion du domaine conventuel en l'année 1760. D'autres nécessités provoquèrent même le sacrifice du reste, qui fut vendu, en 1781, à MM. Perrot de Chezelles, de Blosseville et Valentin.

La caserne construite sur le territoire qu'elles avaient occupé servait de quartier originairement à deux compagnies de fusiliers et à une de grenadiers, en tout 310 hommes des gardes-françaises. Cette caserne, depuis un an ou deux, sert d'hospice aux Incurables (hommes). L'église des religieuses, vendue comme bien national le 2 prairial an V, fut érigée pendant le Consulat en seconde succursale de la paroisse Sainte-Marguerite, rachetée par la Ville en 1811 et restaurée en 1818. Cette église, dédiée à saint Ambroise, touche le presbytère, qui ouvre actuellement sur le boulevard du Prince-Eugène ; c'est une vieille maison où Chéradame, entrepreneur du pavé de Paris, remplaçait immédiatement les religieuses.

Le village de Pincourt, ainsi dit par abrévation, a eu beau entrer à demi et puis tout-à-fait dans la ville, les Parisiens n'ont cessé de s'y croire à la campagne que plus d'un siècle après l'annexion. Les maraîchers et les nourrisseurs n'en habitaient pourtant pas exclusivement la grande rue. Une maison de santé y a été fondée, sous Louis XIV, par Nicolas de Blégny, ainsi que le jardin médi-

RUE POPINCOURT, ETC

cinal de Pincourt. Le chef de l'établissement pratiquait principalement la chirurgie ; il s'était fait connaître comme bandagiste, avant d'ouvrir un cours d'anatomie et divers autres, voire même un cours sur les perruques. Ce M. de Blégny avait été jusqu'à se mettre à la tête d'une société académique, et elle publiait des mémoires, dont l'impression en France n'a été interdite, en 1682, que par égard pour tous les médecins qui se plaignaient d'y être maltraités. Au reste, notre chirurgien s'affichait de tous les côtés comme préposé à la recherche et à la vérification des nouvelles découvertes de la médecine, et il confiait au public des Secrets concernant la beauté et la santé ; donc ses écrits étaient d'un charlatan, exploitant l'ignorance et la crédulité dont le grand siècle n'était pas exempt. Il frappait d'une contribution à son profit, avec peu de savoir, avec beaucoup d'intrigue, la coquetterie et les infirmités, tous les vices, tous les accidents, en se donnant pour habile à guérir les descentes, les maux vénériens et généralement les maladies extraordinaires : spécialité des plus larges ! Son cabinet en ville était rue Guénégaud, tout près du théâtre dé Molière, qui faisait rire tout le monde des médecins, sans diminuer la clienlèle du praticien voisin en vogue. M11'' de Blégny, directrice honoraire et perpétuelle de la communauté des jurées sagesfemmes de Paris, pratiquait également sur les personnes de qualité et demeurait chez son lils, apothicaire du roi, rue Guénégaud. L'officine regorgeait de remèdes secrets, il est vrai, mais suffisamment garantis par celte annonce exceptionnelle : Une personne solvable qui en connaît la vertu s'oblige, quand on le veut, d'en payer la valeur en Vacquit des malades en cas qu'ils ne guérissent pas, pourvu quils conviennent de les payer au double pour une parfaite guériscn. Or la personne sol-

RUE POPINCOURT, ETC

vable, l'endosseur invisible, le compère anonyme, n'était-ce pas Nicolas de Blégny lui-même? Tout le dénonce. Homme d'esprit pour se mettre en vue et de génie pour en tirer parti, il ne visait pas directement qu'à l'argent ; il devait de fort belles places à la réputation qu'il s'était faite lui-même, car on l'avait nommé chirurgien de la reine en 1678, ordinaire du duc d'Orléans en 1683 et médecin du roi quatre ans après. De sa vaste et belle maison de santé, où il n'y avait pas qu'une seule porte, il subsiste plusieurs corps-de-bâtiments, rue Popincourt, entre l'hospice et les dernières maisons de la rue actuelle. Les malades et les convalescents y étaient traités à des prix différents, depuis 20 sols jusqu'à 6 livres par jour : ils ne vivaient donc pas ensemble. Un pavillon entièrement séparé recevait les femmes qui venaient faire leur couches. On reléguait enfin les vénériens à un bout et les fous à l'autre. Une bibliothèque dépendait de l'établissement ; elle était publique pour les médecins, les apothicaires et leurs élèves, ainsi que le jardin médicinal. En allant jusqu'au labyrinthe qui surgissait à l'extrémité, les promeneurs avaient en vue d'autres jardins et des maisons de plaisance, clair-semées près du couvent et de la maison de santé ; seulement il n'y avait encore à la hauteur de celle-ci que des marais bien cultivés entre la rue Popincourt et le Boulevard. Elle n'est pas demeurée au-delà de l'année 1693 à la disposition de Blégny, qui tombait de haut et bien bas. Des escroqueries avérées l'ayant fait dépouiller de ses charges et garder huit ans en prison au château d'Angers, il est mort septuagénaire à Avignon en 1722-

En face ou presque en face de la rue Saint- Sébastien, une petite-maison fut taillée pour le fils du maréchal de Richelieu dans l'ancien hôtel de santé. La niche de saint qu'on remarque au

RUE POPINCOURT, ETC. 285

même endroit est d'une origine antérieure. Puisque les roués du xvme siècle ne redoutaient pas trop l'indiscrétion à l'endroit de leurs galanteries, n'en citerons-nous pas une ou quelques-unes dont Pincourt ait été le théâtre ? Fronsac y fit une partie carrée, le 7 janvier 1763, avec le marquis de Conflans et deux filles de chez la Hecquet. Il donnait à souper, le 14 du même mois, au duc de Coigny, à son frère et à deux autres seigneurs, près desquels figuraient trois tilles, pensionnaires de la Deslongrais. Néanmoins, à la même époque, la liaison de Fronsac avec Sophie Arnould durait encore, et il aimait déjà la jeune Dubois, de la Comédie-Française, qui lui avait sacrifié ce que la plus belle fille du monde ne saurait donner plus d'une fois. Au mois d'octobre de la même année, la porte de la petite-maison s'ouvrait plusieurs fois par semaine pour la présidente de Boulainvilliers.

Le père de Fronsac, six ou sept ans plus tard, avait pour sous-secrétaire Joseph-Jean-Baptiste Albouy, fils d'un négociant de Marseille. Ce jeune homme avait fait chez les oratoriens de bonnes études, qui ne lui avaient pas donné le goût du commerce, et le maréchal l'employait à mettre en ordre les documents destinés à la rédaction de ses mémoires. Albouy ne vivait pas du produit de son travail ; il recevait une pension de sa famille, et, pour parfaire, il contractait des dettes ; mais les bontés de Richelieu lui permirent de s'ouvrir une carrière dans laquelle, entraîné par la vocation, il espérait mettre ordre à ses affaires. Ayant fréquenté le théâtre et appris des rôles â loisir, il joua d'abord en société et reçut des encouragements. La maison de plaisance de Fronsac était devenue, â cette époque, une petite sâlle de spectacle, appelée la Comédie-Bourgeoise de Popincourt, et ce théâtre avait pour sociétaires des fils

RUE POPINCOURT, ETC

de famille, tels que les comtes de Sabran, de Gouffier et de Loménie ; la jeune marquise de Folleville et sa sœur faisaient partie de la troupe ; le public y était aussi de la meilleure compagnie. Là débuta dans le rôle de Grispin, des Folies amoureuses, Albouy, qui illustra ensuite sur la scène française le pseudonyme de Dazincourt.

A égale distance de la salle de spectacle et de la rue Ménilmontant, il y avait une sparterie, manufacture dont le siège est maintenant une fabrique de bronzes d'art.

Reconnaissons pareillement, au coin de la rue Saint-Sébastien, quelque chose d'une propriété dont les trois corps-de-logis et le jardin ne mesuraient pas moins de 3 arpens. Ce bien fut vendu à l'abbé de Lanne par le marquis de Pange, qui en avait acquis un tiers de Caumont, médecin ordinaire du roi, en 1757, un tiers de Malderie, seigneur de Gatreville, et le reste de Bézodis, marchandbonnetier.

Une autre maison de la rue Popincourt, et ne l'apercevons-nous pas à l'angle de la rue du Chemin- Vert? fut louée au comte de Fodoas, ancien capitaine de cavalerie, qui peut-être y fit des folies, mais aux dépens de quelque riche douairière. La vieille princesse de Nassau, de laquelle il était aimé, dépensa 30,000 livres assez lestement avec lui. Létoiïère, son prédécesseur, n'en avait coûté que 6,000. Néanmoins Fodoas, médiocrement content de la princesse, chercha à mener plus loin la comtesse de Schlinfelt, décorée de l'ordre de Marie-Thérèse et qui n'avait guère moins d'un demi-siècle. M. Fontaine était propriétaire de la maison dont nous parions, et les carmélites en avaient quatre qui faisaient suite.

Rue Turenne,

NAGUÈRE

Saint-Louis-au-Marais* (\)

Contingent de noms et dates mémorables fjurriis à Vhistoire de Paris, pour le compte de cette rue y par des documents inédits et des livres.

Durant l'occupation anglaise, le duc de Bedfort obligea le prieur de Sainte-Catherinc-du-Val-des- Écoliers à renoncer, moyennant 16 sols parisis de chef-cens, à la propriété de 8 arpens et 1/2 détachés de la culture Sainte-Catherine et qui, depuis la fondation du prieuré, au commencement du xnie siècle, faisaient partie de son domaine direct. Mais des lettres-patentes de Charles VII, en date du 3 décembre 1437, cassèrent le contrat de renonciation passé devant Legras et Paris, notaires au Chàtelet, le 17 juin 1425. Après être rentrés en possession de leur terrain, théâtre de maints désordres, les pères jugèrent bon de le faire entourer d'un mur; les prévôt et échevins les autorisèrent, qui plus est, en l'année 1487, a enclore avec la culture l'égout dont elle était bordée, à la condition de laisser une porte pour la visite et le curage. On forma en 1560 sur cet

(1) Notice écrite en 18G-2. La rue Saint-Louis, n'ayant pas encore piis pour en-tête celle Hu Va'-Sainte- Catherine, ne se prolongeait pas, con,me aujourd'hui, jusqu'aux rues de Rivoli et Saint-Antoine. L'un des plus célèbres habitants qu'elle avait eus ne remplaçait pas encore saiut Louis sur ses estampilles.

RUE TURENNE

égout, jusque-là découvert, la rue dite des Nouveaux- Égouts, puis Saint-Louis sous le règne de Louis XIII.

Des constructions ne remplacèrent que successivement des jardins et des chantiers sur les 8 arpens et 1/2 provenant de Sainte-Catherine, qui s'aliénèrent en divers lots, au moyen de baux à vente consentis par les religieux à des particuliers, tels que Mathieu Mayert, orfèvre, le dernier jour de novembre 1545, et Gildart Millet, praticien au Palais, le 18 mai 1547. Une place audit terrain, derrière les maison et jardin de Jean Lair, procureur au Ghâtelet. était baillée à rente perpétuelle, le 28 février 1560, à Méderic de Donon, contrôleur du Domaine, et une autre place à Jacques Saulger, par Févêque, de Toul, prieur de Sainte- Catherine-du-Val-des-Écoliers, Marin Maupillé, sousprieur, Jean Hanielin, François Fouet, François Gottard, Jean Choquet, Jean de Sussy et Jean Chaillou, tous religieux-profès dudit prieuré et couvent.

Un petit lot, vingt ans après, était cédé à Marc Miron, seigneur de l'Ermitage, conseiller et premier médecin du roi, par François de Berne, prieur, Jean Chaillou, sous-prieur, docteur en théologie, Jean Choquet, procureur et syndic, Godefroy Hardy, Simon Hamelin, François Béranger et Jean Jacob, prêtres ; Charles Tallery, diacre, et Jean Dugué, tous religieux-profès. Il s'agissait d'un morceau de terre qui longeait les égouts de la ville, derrière le jardin de M,ne de Kernevenoy (Carnavalet), en tenant au jardin de Jean Lestelle, médecin. Déjà Miron, sept ans auparavant, avait acheté de Françoise de la Marche, femme de Yillequier, gouverneur d'Anjou, deux maisons contiguës à celle de son confrère Lestelle. Le père de ce dernier avait été marchand et succédé dans sa propriété à Périne de Pisseleu. De plus, Jeanne Barbedor, bellemère de Miron, avait été propriétaire par-là, avant

son gendre. Digne membre d'une famille de médecins célèbres, Miron avait suivi le duc d'Anjou en Pologne et contribué au retour en France de ce prince, devenu Henri III ; à deux reprises il avait siégé aux États de Blois, comme député de la Faculté de Paris, et on lui reconnaissait le titre de cornes archiatrorum :

Dicitur archiater qui princeps est medicorum.

Charles Miron, évêque d'Angers à 18 ans, siégeant l'année suivante aux États de Blois, était fils de Marc ; il s'arrangea d'une place attenante à celle que son père avait eue de même origine, rue des Égouts. L'hôtel Miron touchait à la maison de Laroche-Bonneuil et au petit hôtel d'Argouges, lorsque l'évêque hérita du médecin, c'est-à-dire en 1608. Charles Miron prononça l'éloge funèbre de Henri IV, après avoir été chaudement son partisan. Des querelles avec son chapitre le portèrent à accepter l'abbaye de Saint-Lomer de Blois, en échange de son évêché, qu'il reprit pour peu de temps en 1622, et puis vint sa nomination à l'archevêché de Lyon, qui fut déclarée par Talon attentatoire aux libertés de l'église gallicane.

Le mariage de Marie Miron avec Louis Lefèvre de Caumartin, garde-des-sceaux sous le règne de Louis XIII, fit changer le nom de l'hôtel, qui passa à Anne de Caumartin, évêque d'Amiens, et à Caumartin de Saint-Port, conseiller d'État, puis intendant des finances, pour qui la terre de Cailly fut érigée en marquisat. Celui-ci, premier homme de robe qui ait porté du velours, laissa ses biens à des créanciers. Pierre Delpech de Cailly, président en la cour des Aides, disposa de la propriété de la rue Saint-Louis, après son beau-père, Pajot de Villers, et il y ajouta deux maisons, acquises de la famille Arnaud de Pomponne et dont une fontaine, établie en 1687, marque encore la place.

RUE TURENNE

Le président maria sa fille au marquis de Joyeuse, colonel, qui vendit à Choux de Bussy, secrétaire du roi, en 1761.

Le plan de Paris en l'année 1652 place contre l'hôtel Caumartin un hôtel Villedo : quel était-il ? Un terrain clos de 166 toises, au coin de la rue Neuve-Saint-Catherine (i) et de la rue Saint-Louis, avait été cédé en 1634 par Lefèvre de Caumartin à Villedo, maître-maçon, en échange de 265 toises prises plus haut, dans la rue Saint-Louis, sur un terrain aliéné par les religieuses de Saint-Gervais, lesdites 265 toises tenant aux héritages de l'architecte Leroy et du président Lejay. Or Lejay, gouverneur d'Aire, a eu certainement un hôtel à l'encoignure de la rue du Parc-Royal et de la rue Culture-Sainfe-Catherine (2). La famille Villedo de Clichy, postérieurement à la cession de Caumartin, disposait de quatre maisons au moins qui se suivaient, à l'entrée de la nôtre, et notamment de l'hôtel occupé par un de ses membres devenu conseiller du roi et général des bâtiments, ponts-et-chaussées de France. Une des autres maisons appartenait à Marguerite Villedo, épouse d'Etienne Papot, maître des bâiiments-du-roi, et plus tard à Madeleine Villedo, femme Rostau. Une autre maison aussi avait été apportée par Catherine Villedo à son mari, Michel Noblet, architecte du roi et garde-desfontaines, qui en fit hériter son neveu, l'architecte Bruant. Une autre encore, contiguë à l'hôtel proprement dit, fut vendue par Villedo jeune, maîtredes-comptes des bâtiments-du-roi, à Marguerite Foucault, fille majeure, en 1658. Enfin, dix ans après, un partage de familie attribuait à une Dlle Villedo, temme de Michel Delavigne, docteur-

Présentement rue des Francs-Bourgeois.

(2) Présentement rue Sévigné.

régent, l'hôtel loué à l'abbé Colbert, puis acheté par Meynaud de Latour, secrétaire des finances, et ensuite hôtel Lowendal. M. de Lowendal, qui demeura rue Saint-Louis, était un fils du maréchalde-France ; il avait alors Beaumarchais pour ami.

Une masure, en face de la rue des Minimes, paraît tout ce que la rue Saint-Louis a conservé de l'hôtel Caumartin ; mais on revoit la plupart des constructions dont les Villedo ont posé la première pierre.

Que sont devenues les Tournelles, de l'autre côté de la rue? Sur l'emplacement du palais nous ne retrouvons pas que deux maisons modestes, pourvues encore d'escaliers à balustres, qui des premières y ont surgi, n° 8, n° 20. Quelles y sont les propriétés qui attirent le mieux l'attention? Pendant tout le règne de Louis XIV on n'appelait le n° 16, où le maréchal de Catinat a résidé, que l'hôtel de Vitry. Les .Minimes, monastère établi-par-derrière depuis 1611, n'ont pu l'englober que sous le règne suivant.

Girardin, ambassadeur de Louis XIV près du Grand-Turc, n'a pas manqué d'avoir sur l'ancien parc royal une grande maison rue Saint-Louis, près celle de Mivault, maître -des-comptes, et une autre maison par-derrière, qui le mettait en mitoyenneté avec Delisle-Mansart. Quand toutes deux, plus tard, appartenaient à Louis-Alexandre Girardin, maître-des-requêtes de Phôtel-du-roi, en sa qualité de donataire de Jean Girardin, chevalier, seigneur de la Cour-dcs-Bois, des Préaulx et du Cigne, la première no communiquait plus avec la rue que par une longue allée, et il y tenait d'une part à Petit-Destigny, d'autre part a Doublet, trésorier du duc d Orléans, dans le fond à luimême et à la veuve Ruelle ; il se trouvait également propriétaire derrière la seconde, qui, au coin de

RUE TURENNE

la rue Saint-Gilles, touchait encore à celle des ayant-droits De Mivault.

Après la rue des Douze-Portes (i), Claude Guénégaud, trésorier de l'Épargne, avait fait élever uu hôtel, qui est devenu la proie des flammes ; Mme de Sévigné raconte qu'elle a été témoin de l'incendie : elle habitait alors l'hôtel Carnavalet. On a réparé le désastre pour un nouveau propriétaire, le chancelier Boucherat, dont la bibliothèque était citée et dont le jardin allait jusqu'au Boulevard. De la propriété du chancelier ce qui restait de mieux au xviir3 siècle, par suite de réductions, était l'hôtel d'Ecqueyilly, occupé de nos jours par le couvent de Sainte-Elisabeth. Le marquis d'Eequevilly, capitaine-général des chasses du roi, après son père et son grand-oncle, épousait, en 1741, la fille d'un de ses voisins, le marquis de Joyeuse. Vers cette époque, Lesage était logé à l'angle de la rue des Douze-Portes : de bonnes positions avaient été offertes à l'auteur de Gu Bias et de Turcaret, qui préférait vivre de sa plume en faisant jouer des pièces à la foire.

Thévenin de Tanlay, premier président en la cour des Monnaies, n'avait-il pas ses bureaux, sous Louis XVI, au 30 ou au 32, que la famille de Gourgues a habités ? En cas d'erreur, ce serait au 44.

Enfin au vénérable hôtel que les n08 46 et 48 nous représentent sans ses dépendances, diverses traditions rattachent d'illustres noms : Turenne, Vauban, La Bruyère, M]Ie de la Valhère. Le plan de Gomboust y marque l'habitation de M. le Vasseur. On dit aussi que ce fût l'hôtel de Crosne, avant la nomination de M. Thiroux de Crosne,

(1) Piésentement Villehardouin.

intendant de Lorraine, à la lieutenance-générale de police. La Tour-d'Auvergne, duc de Bouillon, y avait résidé avant Turenne, son fils, qui recevait des frondeurs, lorsqu'il subissait l'influence de la duchesse de Longueville, et entretenait chez lui des assemblées protestantes périodiques, avant que Bossuet l'eût converti. Vauban lui-même, n'a-t-il pas commencé par servir dans les rangs de la Fronde, sous le grand Condé? Quant à l'auteur des Caractères, Bossuet l'a présenté pour enseigner l'histoire ou fils de Condé ; jusque-là il était trésorier de France à Caen. Outre le grand hôtel Turenne, aujourd'hui encore divisé, il y en a eu un petit, qui parfois s'en est détaché ; ainsi s'explique l'exubérance des souvenirs locaux par la simultanéité. Pendant que Turenne, rentré dans le devoir, tenait campagne contre Condé, sa femme, Charlotte de Caumont, qu'il avait fondée de pouvoir, faisait fermer une rue Neuve-des-Minimes en vertu d'une autorisât on royale du 17 avril 1655. De cette rue 17 toises étaient données par le roi au grand capitaine, qui les ajoutait à son jardin, et Guénégaud lui-même en gagnait un morceau entre Petit-Destigny et Mlle Scarron. Cette dernière n'était-elle pas la jeune femme du poète Scarron et par conséquent, propriétaire du chef de son mari ?

La duchesse d'Aiguillon a donné, le dernier jour d'avril 1684, au cardinal de Bouillon la terre et châiellenie de Pontoise, en échange de l'hôtel Turenne, afin d'y établir les bénédictines de l'Adoration-perpétuelle-du-Saint-Sacrement. Leur entiée a eu lieu le 16 septembre de la même année. Seulement elles acquéraient, le 9 avril suivant, une place contiguë de 384 toises, qui avait déjà fait partie de l'hôtel Turenne et qui se trouvait circonscrite par leur propriété, parcelles de MM. de Sainte-Foy, Boulin et Guénégaud, ainsi que par la rue Saint-Claude,

RUE TURENNE

sur laquelle un bâtiment à elles alignait 4 toises de façade. Ce monastère se composait en premier • lieu des révérendes mères: Marie de Saint-Françoisde-Paule, prieure, Marie-Bernardine de la Conception, Marie-Madeleine de Saint-Bernard, Marie-Anne de Saint-Joachim, Marie-Opportune de Sainte- Gertrude, Marie-Scolastique de Jésus, toutes religieuses de l'Adoration -perpétuelle- du- Saint- Sacrement-de-l'Au'tel, « maintenant établies rue Neuve-Saint-Louis, Marais du Temple, à l'hôtel de Turenne. » L'hôtel confisqué par la Nation sur les ci-devant religieuses a valu le nom de Turenne à la rue Saint-Louis depuis l'an IX jusqu'à la Restauration. Une congrégation de franciscaines a fait bâtir, à la place de l'église du couvent, Saint-Denis-de-Saint-Sacrement, qui est livré au culte depuis l'année 1835.

On appelait déjà Marais du Temple jusqu'à l'ancien jardin des rois lorsque l'hôtel Turenne, dont le terrain en provenait aussi, entraiten religion. Mais ce n'était pas encore le quartier vaste qui depuis se qualifie le Marais. M,ne Cornuel, dont les bons mots faisaient les délices de la place Royale, en était presque lorsqu'elle habitait le Marais du Temple, c'est-à-dire entre la place Royale et le Temple, où le xvue siècle était si bien représenté. Cette fille de Bigot, intendant de M. de Guise, était la seconde femme de Cornuel, qui avait senti naître son amour pour elle le jour même de l'enterrement de la première Le nom du mari semblait le prédestiner à une disgrâce qui ne lui fut pas épargnée ; il finit donc par en prendre son parti, et Mme Cornuel de dire : — Les cornes sont comme les dents, elles ont du mal à percer

et après on en rit Mais si l'esprit dans ce

ménage, comme dans beaucoup d'autres, venait de la femme, ce n'était pas sous le, régime dotal ; Cornuel en eut sa part dans la communauté. Il

était déjà vieux, très-vieux quand un accident de voiture le jeta, au péril de ses jours, dans le même fossé que deux filles toutes jeunes, qui, lestement relevées, l'aidèrent lui-même à se tirer de là ; en les remerciant il ajoutait : — Pauvres enfants, nous étions tous les trois du même âge il y a deux minutes !

Le 56 et le 60 ont abrité le chancelier Voysin, dont Mme de Maintenon avait fait la fortune, et qui eut d'Aguesseau pour successeur aux sceaux. La famille de Jumilhac en a disposé, avant ou après le comte d'Erlach, colonel de gardes-suisses ; le marquis de Jumilhac commandait en 1791 la garde constitutionnelle de Louis XVI. Mais ce n'était plus l'ancien parc royal et encore moins l'ancienne culture Sainte Catherine qu'on y foulait aux pieds ; c'était la superficie des plus anciens Marais du Temple.

De ce territoire proprement dit dépendait le terrain vendu par les hospitalières de Saint-Gervais à Barthélémy de Bissi, et n'avons-nous pas vu Villedo en transporter 265 toises à Lefèvre de Caumartin ? Les propriétaires qui s'y suivaient entre les rues du Parc-Royal et Sainte-Anastase, vers l'an 1780, étaient : Dubreuil, Hocquart, Brunet d'Évry, Dassy de Beaudreville, Gesly, le comte de Voisenon et Richard.

Sur l'alignement opposé, au coin de la rue du Pont-aux-Choux, Yvonnet, seigneur de Bammeville, avait laissé, sous la Régence, à sa fille, femme d'Amyot d'Inville, conseiller aux Aides, une maison accotée à celle du commissaire Cailly et adossée à celle de Blanchard. Le monastère des filles du Calvaire, fondé en 1640, se présentait, mais non de face, entre cette rue du Pont-aux-Choux et celle des Filles-du-Calvaire (Vieille-du-Temple).

La rue Boucherat n'avait servi de prolongement à la

RUE TURENNE, ETC

rue Saint-Louis, sur les Marais du Temple, entre les rues Vieille-du-Temple etCharlot, qu'au beau milieu du règne de Louis XIV. Jean Beausire, architecte du roi, maître-général, contrôleur et inspecteur des bâtiments de la Ville, qui avait dirigé les travaux pour l'établissement d'un nouvel égout, avait aussi spéculé sur les terrains mis en valeur par l'ouverture de la rue Boucherat, et Michel Richer. entrepreneur de bâtiments, avait fait de même à la suite. Sous le règne suivant, uue propriété à M. Louis de Monmerqué précédait immédiatement la fontaine de celte rue, qui ne s'est ajoutée à l'autre qu'en 1851 Bloin, valet-de-chambre de Louis XIV, avaitil habité la même maison? Nous pensons que c'était plutôt le n° 94, qu'on dit lui-même ancien hôtel Boucherat. La fille de Mignard, avant que le roi signât à son contrat de mariage avec le marquis de Feuquières, était publiquement entretenue par ce Bloin. Il rendit le dernier soupir dans le Marais, nous ne savons plus à quelle date ; mais peu importe, redirait Théophile,

Et dans les noirs flots de Poubli Où la Parque l'a fait descendre, Ne f lit-il mort que d'aujourd'hui, Il est aussi mort qu'Alexandre.

Rue de Miroménil. (i)

Percée au commencement du règne de Louis XVI sur un terrain qui appartenait à Armand- Gaston Camus, avocat, propriétaire de Fhôtel Beauvau, cette rue eut pour parrain Hue de Miroménil, garde-des-sceaux, sous le ministère duquel fut abolie la question. A ladite s'ajouta la rue Guyot, ouverte deux années après à la diligence de Senneville, Aubert et de Lettre. Deux autres crues poussèrent en 1813 et en 1826 cette voie de communication jusqu'à la rue de Valois.

Au moment de la première de ces trois annexions, tout un côté de la rue Miroménil appartenait au susnomméCamus, à l'exception d'une seule propriété enclavée entre deux des siennes et qui était acquise à Bigonet. Cinq propriétaires de l'autre côté de la rue semblent avoir dicté dans le même temps leurs noms à quelque scribe, qui les aurait écrits d'une manière encore moins irréprochable que celle-ci: D'Orgemont, la baronne d'AHeps ou le comte de Camille, Marcelin et de Casiellan, le marquis Andrault de Langeron. On remarquait pourtant, avant 89, un hôtel de Roquefeuil dans cette rue.

(1) Notice écrite en 1861. La rue Miroménil n'était encore coupée ni par les boulevards Hausmann et Malesherbes, ni par la place formée au bout de la rue de Laborde, ni par les rues <ie R «vigo et de Lisbonne. Elle ne s'est également prolongée que depuis entre la rue de Valois, qui s ajoutait à celle de Monceau, et le boulevard des Batignolles.

Page 1